Manufacturier 2024: incertitude, risques et occasions à saisir

Publié le 05/02/2024 à 09:52

Manufacturier 2024: incertitude, risques et occasions à saisir

Publié le 05/02/2024 à 09:52

Le déclenchement d’une énième grève au port de Montréal dans les prochaines semaines est une possibilité plus que probable. (Photo: 123RF)

EXPERTE INVITÉE. On le sent, la prochaine année s’annonce sous le signe d’un ralentissement économique au Québec.

Ce ralentissement a déjà commencé à se faire sentir en 2023. On vit maintenant une réelle incertitude sur ce que nous réserve 2024.

À très court terme, nous avons les yeux bien fixés sur trois risques bien précis pour nos entreprises.

 

1. Une nouvelle grève au port de Montréal?

Le déclenchement d’une énième grève dans les prochaines semaines est une possibilité plus que probable. Et, encore une fois, nos entreprises se trouveraient prises en otage par ce conflit de travail.

Le gouvernement fédéral doit dès maintenant prendre la situation au sérieux et éviter une interruption comme nous l’avons connue en Colombie-Britannique, l’été dernier.

Les conséquences de ces interruptions à répétition pèsent lourdement sur notre économie. Uniquement pour le port de Montréal, plus de 6000 entreprises seraient directement touchées!

 

2.  Oui, encore la pénurie de main-d’œuvre

Malgré une accalmie récente, le manque de travailleurs et travailleuses demeure encore le principal frein à la croissance de notre économie, ce qui affecte plus particulièrement les PME québécoises.

Vous en connaissez déjà très bien les effets sur nos entreprises.

Vos entreprises.

 

3. Inflation et taux d’intérêt élevés

Dans un sondage mené récemment par Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), nous avons pu constater à quel point les coûts élevés sur les emprunts affectent nos entreprises.

Concrètement, trois entreprises sur quatre qui ont répondu au sondage sont touchées :

  • 56% des entreprises ont subi une hausse des paiements d’intérêt;
  • 26% doivent retarder ou annuler un projet d’investissement;
  • 20% connaissent un manque de liquidités.

 

Au Québec, en 2023, ce ralentissement économique a aussi été ressenti au niveau des investissements résidentiels, en baisse de 18,4%, et non résidentiels, en diminution de 1,4%.

Les incidences de cette nouvelle réalité économique difficile compliquent le développement de plusieurs entreprises ou fragilisent leur santé économique à long terme.

Dans ce contexte, il y a des trains à ne pas manquer.

Nos gouvernements ont l'occasion — je dirais aussi la responsabilité — d’actionner les bons leviers pour permettre à nos entreprises de faire face à la conjoncture actuelle et stimuler l’économie québécoise.

 

Les occasions à saisir en 2024

Il est d’abord nécessaire d’encourager les manufacturiers à accélérer l’intégration de nouvelles technologies pour moderniser leurs usines et leurs pratiques.

C’est la clé pour accroitre la productivité.

Le ministre des Finances du Québec aura une occasion importante de rehausser le financement du crédit d'impôt pour investissement et innovation (C3i), ainsi que de bonifier les crédits d’impôt à la recherche et au développement.

Pour le Canada, cela passe par une accélération majeure de la réponse canadienne à l’IRA américaine.

La riposte se fait déjà attendre depuis beaucoup trop longtemps.

Il y a aussi à relever le défi d’assurer notre avenir énergétique et d’ainsi permettre de la prévisibilité pour les entreprises.

Dans les prochaines semaines, le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, M. Pierre Fitzgibbon, déposera un projet de loi très attendu visant à permettre la réalisation des ambitions présentées par le PDG d’Hydro-Québec, Michael Sabia.

Ce grand débat représente une occasion exceptionnelle, celle qu’on voit seulement une fois par génération pour créer de la richesse au Québec.

Il faut également s’attaquer de façon agressive à la pénurie de logement et de main-d’œuvre.

Les gouvernements du Québec et du Canada ont déjà chacun injecté 900 millions de dollars dans la mise à jour économique de l’automne pour favoriser la création de nouveaux logements dans toutes les régions du Québec.

C’est un pas dans la bonne direction même si les besoins sont énormes.

On doit maintenant espérer que les municipalités passent à l’action et accélèrent à leur tour leurs processus pour relancer la construction.

En somme, 2024 recèle beaucoup d’inconnus, mais il est toujours possible d’en influencer la tournure.

Avec un peu de retard, vous me permettrez donc, chers lecteurs, de vous et de nous offrir les meilleurs souhaits de prospérité pour la prochaine année.

 

À propos de ce blogue

Véronique Proulx est PDG de Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ) et vice-présidente principale, Politiques et Affaires publiques, pour la maison-mère, Manufacturiers et Exportateurs du Canada (MEC). Depuis son arrivée en 2017, MEQ et MEC sont devenus des voix influentes pour les entreprises manufacturières sur les scènes québécoise et canadienne. Véronique Proulx possède une longue feuille de route en entrepreneuriat et une solide expertise du milieu de l’exportation et de l’économie manufacturière québécoise. Elle a notamment œuvré pendant 14 ans au sein de Laval Technopole. Mme Proulx est administratrice au sein du conseil d’administration de INO et de Palette Skills. Véronique Proulx a été nommée dans le prestigieux Top 100 2021 des femmes les plus influentes au Canada du Women’s Executive Network (WXN), dans la catégorie Prix des leaders émergentes Mercedes-Benz. Elle est détentrice d’un MBA exécutif de l’université Paris-Dauphine et de l’UQAM.

Véronique Proulx
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