Lumine Group: croître dans l’ombre de Constellation Software


Édition du 10 Avril 2024

Lumine Group: croître dans l’ombre de Constellation Software


Édition du 10 Avril 2024

(Photo: 123RF)

EXPERTS INVITÉS. «Il se passe quelque chose d’extraordinaire lorsqu’on crée une nouvelle société distincte. L’équipe s’installe dans un bureau ouvert où la communication est efficace et où il n’y a pas de dépenses administratives superflues. Les gens se couvrent mutuellement et laissent derrière eux toute la bureaucratie et la paperasserie.»

Voilà une des phrases marquantes prononcées par Mark Leonard, président et chef de la direction de Constellation Software (CSU, 3600,21 $), au sujet de l’essaimage de divisions de la société de logiciels torontoise, comme celui de Lumine Group (LMN, 33,75 $), réalisé il y a un peu plus d’un an.

La performance économique exemplaire de Constellation a été bien récompensée en Bourse. Depuis les premiers achats d’actions que nous avons réalisés pour nos clients, aux environs de 91 $il y a 12 ans, le titre a procuré un rendement annuel composé de plus de 40 %, dividendes et essaimages inclus.

Une telle feuille de route nous incite évidemment à examiner avec minutie toutes les grandes décisions en matière d’allocation de capital que prend Mark Leonard. Comme celles de donner l’occasion à certaines divisions de voler de leurs propres ailes et d’être cotées séparément en Bourse.

C’est la stratégie mise en oeuvre par le dirigeant au cours des dernières années pour déployer plus rapidement les abondants capitaux que les activités de Constellation dégagent. Le conglomérat a envoyé une première division en Bourse en 2021 lorsqu’il a jumelé ses activités européennes, Total Specific Solutions, à une entreprise néerlandaise en forte croissance, Topicus, pour former Topicus.com (TOI, 119 $).

Mark Leonard a reproduit la même formule il y a plus d’un an avec Lumine Group. Cette division spécialisée dans les logiciels utilisés par les groupes de médias et de télécommunications a été fusionnée au fournisseur de logiciels américain WideOrbit au même moment où elle a été inscrite en Bourse.

Lumine partage de nombreuses caractéristiques de Constellation. Tout comme sa société mère, elle constitue une véritable machine à acquisitions. Au cours des quatre dernières années, elle a déployé environ 850 millions de dollars américains (M $US) en acquisitions. Depuis 2014, le groupe a acquis près de 30 entreprises, dont l’imposante bouchée de WideOrbit, évaluée à 505 M$US.

À l’instar de Constellation, Lumine bénéficie d’avantages concurrentiels importants. Il se révélerait en effet difficile pour une rivale potentielle de lui ravir des clients, étant donné la nature essentielle des logiciels qui assurent la gestion au quotidien des stations de télévision, de radio ou encore de centres d’appels. Les coûts liés à un changement de système et la formation requise qu’une telle décision entraînerait rend en effet les clients de Lumine captifs.

La direction de Lumine reprend aussi l’idée de Constellation de viser à demeurer propriétaire des entreprises qu’elle acquiert «pour toujours». Cette démarche se révèle particulièrement utile pour convaincre les dirigeants souhaitant se départir d’activités de favoriser Lumine à des rivales opportunistes, dont l’horizon de placement est souvent de quelques années seulement.

Imaginez le scénario non désiré par un dirigeant souhaitant se défaire d’une division:un grand groupe de télécommunications comme Bell (BCE, 32,53 $) cède une division à un fonds privé qui, quelques années plus tard, revend cette même entité à… Telus (T, 21,25 $). Grâce à l’intégration réussie de nombreuses divisions de grands groupes, Lumine s’est forgé une réputation qui se veut rassurante pour un dirigeant vendeur.

 

Potentiel d’acquisitions

À la fin de 2023, Lumine a annoncé deux acquisitions d’envergure. Elle a d’abord annoncé qu’elle débourserait environ 34 M $US pour mettre la main sur deux divisions de Synchronoss. Cette transaction a selon nous été réalisée à des termes fort avantageux, car la société vendeuse était contrainte de se départir rapidement d’activités non prioritaires à cause d’un endettement excessif.

Puis, en décembre, elle a ratifié une entente en vue d’acquérir certaines activités de l’équipementier de télécommunications Nokia pour plus de 200 M $US. Début avril, Lumine a annoncé une autre acquisition qui nous semble extrêmement avantageuse:deux divisions en croissance de Casa Systems, un fournisseur clé de l’industrie des télécommunications placé sous la protection de la loi sur les faillites.

Acquérir une division d’un plus grand groupe est une tâche complexe que de nombreux acquéreurs évitent comme la peste. La création d’une entité juridique d’accueil ou la mise sur pied d’une entente de transition d’employés font partie des tâches additionnelles requises pour ce genre d’acquisition. Comme la liste de prétendants est généralement courte, les prix payés sont d’autant plus raisonnables. Voilà qui nous porte à croire que Lumine aspire à un rendement du capital investi supérieur à celui déjà exemplaire de Constellation Software.

Si Lumine s’apparente à sa société mère à plusieurs égards, elle présente aussi certaines différences. Sa taille est relativement plus petite. Ses activités sont diversifiées, mais Lumine demeure active dans un nombre plus restreint de secteurs que Constellation.

Comme Constellation demeure le principal actionnaire de Lumine, celle-ci ne contrôle pas pleinement sa destinée. Sa société mère pourrait par exemple l’empêcher de réaliser certaines transactions. Elle bénéficie néanmoins grandement de la présence de Constellation dans son cercle d’influence. Le partage de meilleures pratiques et la capacité d’emprunter du capital à sa société mère contribuent à son évolution rapide.

Lumine a encore des preuves à faire comme société distincte, mais elle laisse entrevoir un fort potentiel de croissance à court et à long terme. Même si elle demeure dans l’ombre de Constellation, les investisseurs apprécient ce qu’elle a démontré jusqu’à présent et lui accordent une évaluation qui n’a plus les allures d’une aubaine.

Les clients et employés de Medici détiennent des actions de Constellation Software et de Lumine Group.

 

EXPERTS INVITÉS

Yannick Clérouin est gestionnaire de portefeuille et associé de Medici.
Karine Turcotte est gestionnaire de portefeuille et associée de Medici.

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