Reprendre, c’est entreprendre


Édition du 12 Avril 2023

Reprendre, c’est entreprendre


Édition du 12 Avril 2023

Par Emmanuel Martinez

« Ce sera la décennie du repreneuriat », prédit Alexandre Ollive. (Photo: 123RF)

REPRENEURIAT. Le repreneuriat se trouve un peu comme le moche à côté de son ami l’entrepreneuriat, qui rayonne. Il passe au second plan.

Toutefois, en y regardant de plus près, la reprise d’une PME est dans la majorité des cas bien plus avantageuse que la création d’une entreprise, même si cette dernière avenue est considérée comme plus attirante.

« C’est plus facile de trouver du financement quand on ne part pas de zéro, même si le coût est souvent plus élevé, explique le directeur général du Centre de transfert d’entreprises du Québec, Alexandre Ollive. Il existe un historique sur lequel les institutions financières peuvent s’appuyer. »

En plus de clients et de fournisseurs déjà présents, pouvoir compter sur du personnel est aussi une carte maitresse en cette époque de pénurie de main-d’œuvre. « On a déjà le savoir-faire et l’expertise sur place, ajoute-t-il. Pas besoin de temps, d’argent et d’énergie pour former une équipe. »

 

Meilleure perception

Le repreneuriat est cependant mieux vu qu’avant. « Il y a eu un énorme travail de sensibilisation qui a été fait ces dernières années, note la directrice principale pour le contenu et l’innovation au Réseau Mentorat et coautrice de l’Indice entrepreneurial québécois, Rina Marchand. L’État québécois, les institutions bancaires qui ne veulent pas voir des PME clientes disparaitre, ainsi que des organisations comme le CTEQ et Familles en affaires-HEC Montréal ont fait en sorte que cette option soit davantage considérée. » 

La demande s’est maintenue malgré la COVID-19 et le plein emploi, ajoute-t-elle. Les données de l’Indice entrepreneurial 2022 indiquent que le potentiel de croissance de l’entreprise était le facteur le plus important pour les futurs acheteurs, devant les revenus/profits actuels, ainsi que le prix exigé. « Cela montre que les repreneurs souhaitent amener l’entreprise à un autre niveau, soutient Alexandre Ollive. Ils ne sont pas sur le pilote automatique. Donc reprendre, c’est entreprendre. »

 

Nombreux départs attendus

Même s’il y a plus de repreneurs, le nombre d’entrepreneurs prêts à se retirer explose en raison du vieillissement de la population. En janvier, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a publié un rapport mentionnant que 76 % des propriétaires de PME partiront à la retraite d’ici dix ans au Canada. En 2020, l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières estimait que 34 000 entreprises allaient être vendues dans les cinq prochaines années. « Ce sera la décennie du repreneuriat », prédit donc Alexandre Ollive.

Il y a cependant des obstacles importants. « Pour réaliser toutes ces transactions, cela prend des avocats, des fiscalistes, etc., mais je ne crois pas que l’écosystème à la capacité de traiter cette forte croissance, surtout à l’extérieur des grands centres urbains, affirme le nouveau directeur scientifique de l’Observatoire du repreneuriat et du transfert d’entreprise du Québec, Marc Duhamel. Cette pénurie accroit ces coûts, ce qui fait que liquider les actifs devient la solution la plus simple. »

De plus, les cédants se font souvent dire qu’ils doivent continuer à s’impliquer dans leur PME, que ce soit avec du capital et avec un poste à temps partiel, afin que la transaction puisse se conclure, remarque ce professeur de l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Plusieurs trouvent cela trop long, compliqué et risqué, car ils veulent seulement toucher leur argent et tourner la page.

Le chercheur a déjà estimé en 2021 qu’environ 2 200 entreprises étaient en danger de fermeture prématurée au Québec en raison de la volonté de transfert du propriétaire. Cette perte amputerait le Québec de 20,1 milliards de dollars en chiffre d’affaires annuel et engendrerait l’évaporation de 84 000 emplois directs en dix ans.

« De plus, il est démontré qu’un transfert stimule la productivité d’une entreprise et la rend plus performante. Les entreprises existantes contribuent beaucoup plus à la hausse de la productivité que celles qui naissent », juge Marc Duhamel.

Il déclare donc qu’il est très payant économiquement de limiter les fermetures en facilitant le transfert d’entreprise. D’après lui, davantage de soutien devrait être offert dans le cas de PME de moins de 15 employés. L'assouplissement des règles fiscales, notamment au fédéral pour le manufacturier et les services, serait également bénéfique, tout comme des formations pour des spécialistes comme les notaires. De plus, les sociétés de développement devraient être mieux préparées aux problématiques spécifiques du repreneuriat. La mise sur pied d'une plateforme pour que cédants et repreneurs puissent se rencontrer constitue aussi un besoin criant.

À ce sujet, le CTEQ mettra ce printemps à jour son Index, pour en faire un « Tinder du repreneuriat » avec des fiches que pourront créer les vendeurs et les acheteurs, tout en restant anonymes. Susciter davantage de coups de cœur, qui permettront à plus de PME de survivre, sera donc le défi à relever ces prochaines années.

Le repreneuriat se trouve un peu comme le moche à côté de son ami l’entrepreneuriat, qui rayonne. Il passe au second plan.
Toutefois, en y regardant de plus près, la reprise d’une PME est dans la majorité des cas bien plus avantageuse que la création d’une entreprise, même si cette dernière avenue est considérée comme plus attirante.
« C’est plus facile de trouver du financement quand on ne part pas de zéro, même si le coût est souvent plus élevé, explique le directeur général du Centre de transfert d’entreprises du Québec, Alexandre Ollive. Il existe un historique sur lequel les institutions financières peuvent s’appuyer. »
En plus de clients et de fournisseurs déjà présents, pouvoir compter sur du personnel est aussi une carte maitresse en cette époque de pénurie de main-d’œuvre. « On a déjà le savoir-faire et l’expertise sur place, ajoute-t-il. Pas besoin de temps, d’argent et d’énergie pour former une équipe. »
Meilleure perception
Le repreneuriat est cependant mieux vu qu’avant. « Il y a eu un énorme travail de sensibilisation qui a été fait ces dernières années, note la directrice principale pour le contenu et l’innovation au Réseau Mentorat et coautrice de l’Indice entrepreneurial québécois, Rina Marchand. L’État québécois, les institutions bancaires qui ne veulent pas voir des PME clientes disparaitre, ainsi que des organisations comme le CTEQ et Familles en affaires-HEC Montréal ont fait en sorte que cette option soit davantage considérée. » 
La demande s’est maintenue malgré la COVID-19 et le plein emploi, ajoute-t-elle. Les données de l’Indice entrepreneurial 2022 indiquent que le potentiel de croissance de l’entreprise était le facteur le plus important pour les futurs acheteurs, devant les revenus/profits actuels, ainsi que le prix exigé. « Cela montre que les repreneurs souhaitent amener l’entreprise à un autre niveau, soutient Alexandre Ollive. Ils ne sont pas sur le pilote automatique. Donc reprendre, c’est entreprendre. »
Nombreux départs attendus
Même s’il y a plus de repreneurs, le nombre d’entrepreneurs prêts à se retirer explose en raison du vieillissement de la population. En janvier, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante a publié un rapport mentionnant que 76 % des propriétaires de PME partiront à la retraite d’ici dix ans au Canada. En 2020, l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières estimait que 34 000 entreprises allaient être vendues dans les cinq prochaines années. « Ce sera la décennie du repreneuriat », prédit donc Alexandre Ollive.
Il y a cependant des obstacles importants. « Pour réaliser toutes ces transactions, cela prend des avocats, des fiscalistes, etc., mais je ne crois pas que l’écosystème à la capacité de traiter cette forte croissance, surtout à l’extérieur des grands centres urbains, affirme le nouveau directeur scientifique de l’Observatoire du repreneuriat et du transfert d’entreprise du Québec, Marc Duhamel. Cette pénurie accroit ces coûts, ce qui fait que liquider les actifs devient la solution la plus simple. »
De plus, les cédants se font souvent dire qu’ils doivent continuer à s’impliquer dans leur PME, que ce soit avec du capital et avec un poste à temps partiel, afin que la transaction puisse se conclure, remarque ce professeur de l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Plusieurs trouvent cela trop long, compliqué et risqué, car ils veulent seulement toucher leur argent et tourner la page.
Le chercheur a déjà estimé en 2021 qu’environ 2 200 entreprises étaient en danger de fermeture prématurée au Québec en raison de la volonté de transfert du propriétaire. Cette perte amputerait le Québec de 20,1 milliards de dollars en chiffre d’affaires annuel et engendrerait l’évaporation de 84 000 emplois directs en dix ans.
« De plus, il est démontré qu’un transfert stimule la productivité d’une entreprise et la rend plus performante. Les entreprises existantes contribuent beaucoup plus à la hausse de la productivité que celles qui naissent », juge Marc Duhamel.
Il déclare donc qu’il est très payant économiquement de limiter les fermetures en facilitant le transfert d’entreprise. D’après lui, davantage de soutien devrait être offert dans le cas de PME de moins de 15 employés. L'assouplissement des règles fiscales, notamment au fédéral pour le manufacturier et les services, serait également bénéfique, tout comme des formations pour des spécialistes comme les notaires. De plus, les sociétés de développement devraient être mieux préparées aux problématiques spécifiques du repreneuriat. La mise sur pied d'une plateforme pour que cédants et repreneurs puissent se rencontrer constitue aussi un besoin criant.
À ce sujet, le CTEQ mettra ce printemps à jour son Index, pour en faire un « Tinder du repreneuriat » avec des fiches que pourront créer les vendeurs et les acheteurs, tout en restant anonymes. Susciter davantage de coups de cœur, qui permettront à plus de PME de survivre, sera donc le défi à relever ces prochaines années

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