Couper les fleurs et arroser les mauvaises herbes

Publié le 17/09/2021 à 10:23

Couper les fleurs et arroser les mauvaises herbes

Publié le 17/09/2021 à 10:23

Un camion

(Photo: 123RF)

BLOGUE INVITÉ. J’ai reçu la question suivante d’un lecteur il y a quelques jours. Je profite de l’occasion pour vous encourager à m’envoyer vos questions ou à me faire part de sujets dont vous aimeriez que je parle dans mes prochains blogues.

Voici la question de P.G.:

«Je suis dans un dilemme présentement. Je suis un investisseur à long terme et j’ai commencé à la Bourse il y a 5 ans. Ce n’est pas la première fois que je vous écris. Je possède des actions de TFI transport que j’ai acheté à 36 $ et qui valent maintenant 141 $. Pour la première fois en cinq ans, je me demande si je ne devrais pas prendre des bénéfices en vendant la moitié de mes actions ou garder la totalité de mes actions dans TFI encore 10 ans. J’ai cette hésitation car je lis beaucoup d'articles sur les prises de bénéfices. Dans le fond, je me demande si les prises de bénéfices s’appliquent pour un investisseur à long terme?»

À mon avis, une des expressions populaires qui a coûté le plus aux investisseurs est celle-ci: «Personne n’a jamais perdu d’argent en empochant un profit.»

Semble-t-il que cette citation nous vient de Bernard Baruch (1870 à 1965), un homme d’affaires et politicien américain qui a conseillé les présidents Woodrow Wilson et Franklin D. Roosevelt. Vous l’aurez certainement entendue souvent de la bouche d’autres investisseurs, peut-être même de votre conseiller financier.

Si cette citation semble remplie de sens, je la remets sérieusement en question en ce qui concerne l’investisseur boursier à long terme. De fait, je préfère de loin l’expression popularisée par Peter Lynch, célèbre investisseur et auteur du livre «One Up On Wall Street» selon laquelle «vendre ses titres gagnants pour racheter ses titres perdants serait comme couper les fleurs pour arroser les mauvaises herbes».

D’une part, les rendements boursiers potentiels sont asymétriques. Lorsqu’on achète un titre, le potentiel de rendement de ce titre est théoriquement infini alors que la perte potentielle est limitée à 100% (à moins d’investir sur marge). Si, en tant qu’investisseur, vous vendiez systématiquement chaque titre qui s’est apprécié de 50% ou de 100% par rapport à votre coût initial, vous perdriez tout l’avantage inhérent à la Bourse à long terme. Une telle méthode me fait penser au directeur général d’une équipe de hockey professionnel qui échangerait systématiquement ses meilleurs joueurs pour les remplacer par de nouveaux choix au repêchage.

Au contraire, je crois qu’un investisseur devrait plutôt «laisser courir» ses gagnants. C’est seulement de cette manière qu’il réussira à obtenir quelques titres dont la valeur aura été multipliée plusieurs fois, ce que les Américains appellent les «10-baggers», voire «100-baggers». En effet, il ne faut que quelques grands gagnants dans la vie d’un investisseur pour faire une différence marquée dans sa performance boursière à long terme. Chez COTE 100, nous avons eu la chance d’avoir quelques-uns de ces titres au cours des nombreuses dernières années. Des titres tels qu’Alimentation Couche-Tard, CGI, Enghouse Systems, Visa, Accenture ou Berkshire Hathaway nous ont largement récompensés et ont contribué à nos rendements au fil des ans.

Cela dit, il ne faut pas non plus conserver ses titres gagnants indéfiniment sans jamais les remettre en question. Dans le cadre de notre gestion, nous avons établi une discipline qui consiste à élaborer un scénario initial d’achat chaque fois que nous décidons d’investir dans un nouveau titre. Ce scénario résume en quelques lignes notre travail d’analyse approfondie et résume les motifs qui, selon nous, font d’un titre un achat. Une fois le titre acquis, nous effectuons son suivi au moins chaque trimestre à l’occasion de la publication des résultats trimestriels de l’entreprise. C’est aussi l’occasion de nous assurer que notre scénario est toujours valide; dans le cas contraire, nous opterons de vendre le titre.

Lors de ces mises à jour, je recommande également d’ajuster l’évaluation que vous faites du titre en fonction des plus récents résultats et développements. Si le cours du titre surpasse sensiblement l’évaluation que vous en faites, peut-être devriez-vous réduire quelque peu votre position. Au fil des ans, nous avons appris qu’il est en effet préférable de réduire une position dans un titre que nous jugeons devenu trop cher plutôt que le vendre au complet.

Une autre raison pour réduire un investissement est la gestion du risque liée à une position qui devient trop importante dans un portefeuille. À mon avis, c’est cet exercice que l’auteur de la question posée précédemment devrait effectuer relativement au titre de TFI transport, autrefois connue sous le nom de Transforce.

En somme, je préconise une patience à deux vitesses: il faut être hyper patient avec les titres de sociétés qui livrent d’excellents résultats financiers et être plutôt intransigeant envers les titres d’entreprises dont la performance financière laisse à désirer.

Philippe Le Blanc, CFA, MBA

À propos de ce blogue

Philippe Le Blanc est gestionnaire de portefeuille chez COTE 100 et éditeur de la Lettre financière COTE 100.

Philippe Leblanc
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