Si Ottawa n’agit pas, les OBNL risquent d'être bientôt débordés

Publié le 07/12/2021 à 18:02

Si Ottawa n’agit pas, les OBNL risquent d'être bientôt débordés

Publié le 07/12/2021 à 18:02

Il n’existe aucun mécanisme au sein du gouvernement fédéral pour consulter et soutenir les OBNL et les organismes de bienfaisance afin de les aider à mieux servir la population. (Photo: Joel Muniz pour Unsplash)

 

Un texte de Bruce MacDonald, PDG Imagine Canada

 

COURRIER DES LECTEURS. Un nouveau sondage national d’Imagine Canada révèle que 94 % des Québécois.e.s souhaitent que le gouvernement fédéral renforce le secteur caritatif et à but non lucratif pour garantir la continuité de programmes et de services indispensables. 

Le sondage révèle également que près de neuf personnes sur dix (87 %) estiment que le secteur à but non lucratif est essentiel au mode de vie du Québec et du Canada. Cette opinion est partagée par les répondant.e.s de l’ensemble des régions et des groupes démographiques. Les organismes de bienfaisance et les organismes à but non lucratif (OBNL) sont considérés comme étant aussi importants que le secteur privé (le monde des affaires) et le secteur public (les gouvernements). 

Ces résultats ne devraient pas nous étonner. La demande de services a atteint des sommets sans précédent pendant la pandémie. Des millions de personnes comptent chaque jour sur les services des OBNL pour répondre à des besoins urgents et améliorer la qualité de leur vie quotidienne. Qu’il s’agisse de sports, d’arts, d’éducation ou de recherche, de centres communautaires, d’organismes de santé, de jardins communautaires ou de garderies, l’impact du secteur est considérable. 

La population continuera vraisemblablement de croire en l’importance sociétale de notre secteur puisque la demande ne semble pas vouloir fléchir prochainement. Les organismes sont poussés à la limite de leur capacité. Si Ottawa n’agit pas, le secteur risque d’être débordé et des personnes pourraient ne pas avoir accès aux services dont elles ont besoin. 

Contrairement à d’autres secteurs de l’économie, il n’existe aucun mécanisme au sein du gouvernement fédéral pour consulter et soutenir les OBNL et les organismes de bienfaisance afin de les aider à mieux servir la population. Notre sondage demandait aux gens si la création d’une place permanente pour le secteur caritatif et à but non lucratif au sein de l’appareil gouvernemental était une bonne idée. Une forte majorité de répondants ont convenu que le gouvernement fédéral devait travailler en étroite collaboration avec le secteur, de différentes façons, afin d’améliorer la capacité en matière de services, d’assurer une coordination en temps de crise et de favoriser les dons et le bénévolat. 

Beaucoup seront peut-être surpris d’apprendre que le secteur à but non lucratif — un secteur qui emploie 2,4 millions de personnes, qui contribue annuellement à l’activité économique à hauteur de 192 milliards de dollars et qui représente 8,3 % du PIB du Canada — n’a pas de représentation au gouvernement fédéral. Mais c’est la réalité. En fait, la relation de notre secteur avec Ottawa n’a pas beaucoup changé en 50 ans.

Cette absence de partenariat stratégique menace visiblement la capacité de notre secteur à améliorer la vie des Canadiens et des Canadiennes. L’appui du gouvernement fédéral aiderait les gens à avoir accès aux programmes et aux services offerts par les OBNL dont ils ont besoin. 

Une relation de collaboration permettrait aussi d’apporter des réformes très attendues au cadre réglementaire qui régit le secteur, ce qui favoriserait les gains d’efficacité et l’innovation. Si un tel partenariat avait été en place avant la pandémie, nous aurions été davantage à même d’atténuer les grandes difficultés causées par la crise de la COVID‑19. 

Mais surtout, l’engagement du gouvernement fédéral contribuerait à un changement transformateur. Les organismes communautaires donnent au gouvernement un moyen pragmatique et rentable de concrétiser des priorités fondamentales comme l’action climatique, la réconciliation, la lutte contre la pauvreté et les inégalités, les services aux jeunes et la promotion de soins de qualité aux enfants et aux personnes âgées, pour n’en nommer que quelques-unes. Les Québécois(es) sont conscients de ce potentiel — 91 % d’entre eux (elles) sont d’accord pour dire que c’est une bonne idée que le gouvernement travaille avec le secteur pour accélérer les progrès sur les grandes questions sociétales. 

Or, rien de tout cela n’est possible en vase clos. 

En l’absence d’une relation de travail de collaboration, les dirigeants et dirigeantes du secteur doivent rééduquer le gouvernement fédéral chaque fois qu’un problème ou une urgence survient. Un leadership fort au sein du gouvernement fédéral pour soutenir le travail des organismes de bienfaisance et des OBNL est essentiel pour tirer parti de l’énorme potentiel du secteur à agir comme partenaire dans le cadre d’une transformation innovante, éclairée par les communautés qu’il sert. 

En ce début de la nouvelle législature, il convient de poser deux questions simples aux personnes qui dirigent le gouvernement fédéral : 

  1. Pourquoi les organismes de bienfaisance et à but non lucratif — qui forment l’un des plus importants secteurs économiques du pays et dont les activités touchent directement des millions d’individus — ne sont-ils pas représentés au sein du gouvernement fédéral ?

  2. Pourquoi le secteur à but non lucratif n’a-t-il pas le même niveau de représentation et ne reçoit-il pas le même soutien stratégique que les petites et moyennes entreprises et le secteur des affaires ?

Le moment est venu pour le secteur d’avoir une place au sein du gouvernement, soit une entité responsable de veiller à ce que des services essentiels continuent d’être offerts dans les communautés de partout au pays.

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