Faire une place à la relève au sein des CA: une décision gagnante

Publié le 07/12/2021 à 09:38

Faire une place à la relève au sein des CA: une décision gagnante

Publié le 07/12/2021 à 09:38

Il ne suffit pas de recruter un jeune pour se joindre à son CA: il faut ensuite tout mettre en œuvre pour lui permettre de prendre sa place et de s’émanciper. (Photo: 123RF)

 

Un texte de Chantale Coulombe, LL.B, ASC, C.Dir, présidente et cheffe de la direction du Collège des administrateurs de sociétés 

 

COURRIER DES LECTEURS. Le 7 décembre 2021 marque une date importante puisque 23 de nos sociétés d’État québécoises ont désormais l’obligation d’inclure au moins un jeune de moins de 35 ans au sein de leur conseil d’administration. 

La diversité des points de vue dans une équipe est l’un des facteurs clés permettant d’aller plus loin, d’imaginer le futur avec audace et de remettre en question le statu quo. Le même principe prévaut autour de la table du conseil. 

La gouvernance de nos organisations a évolué depuis 20 ans. Est-ce que cette évolution se fait au bon rythme? La réponse à cette question varie selon la personne à qui on la pose. Chose certaine, bien du travail a été accompli, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir. 

Les échanges autour de la diversité prennent de plus en plus de place: la diversité en termes de genre, oui, mais aussi en termes de groupes sous-représentés. L’âge doit également faire partie des préoccupations, car le vieillissement de la population amène son lot d’incertitudes et la relève se fait toujours trop rare. 

L’âge moyen des personnes siégeant aux conseils d’administration demeure d’ailleurs élevé. Selon les données recueillies en 2018, les membres de conseils d’administration des sociétés inscrites en bourse ont en moyenne 60,8 ans, alors que ceux des sociétés d’État ont en moyenne 56,8 ans.1 

Pourtant, la recherche tend à démontrer que l’inclusion de jeunes au sein de nos CA permettrait l’équité entre les générations, la diversité d’âge — source d’une meilleure gouvernance et d’une meilleure performance — ainsi que la préparation de la relève. 

Le gouvernement du Québec a adopté en 2016 un projet de loi2 pour favoriser la présence des jeunes au sein des conseils d’administration des sociétés d’État. Ainsi, pour 23 sociétés d’État québécoises, au moins un membre du CA doit être âgé de 35 ans ou moins. Le projet de loi 4, actuellement à l’étude à l’Assemblée nationale, prévoit la même mesure pour 23 autres sociétés d’État. En plus de ces actions, notons également les changements au Code des professions3 qui prévoit au moins un membre âgé de 35 ans et moins au moment de sa nomination au conseil de chacun des 46 ordres professionnels québécois. Nous ne pouvons qu’applaudir ces importantes initiatives! 

Pour la première fois de l’histoire, jusqu’à cinq générations différentes se côtoient dans nos organisations. Il s’agit d’une opportunité sans précédent de mettre en commun toutes leurs idées et de reconnaître leurs préoccupations. 

Faire une place à la jeunesse au sein des conseils d’administration est une décision gagnante. Cette génération défend des valeurs distinctes des générations précédentes et son rapport avec la technologie, notamment, ne peut pas être ignoré. Dans ce contexte, toute organisation soucieuse de sa pérennité devrait chercher à refléter cette diversité multigénérationnelle au sein de son conseil d’administration. 

Depuis 10 ans, le Collège des administrateurs de sociétés forme les jeunes afin qu’ils soient outillés à contribuer rapidement et efficacement. Seulement dans la dernière année, ce sont près de 150 administrateurs et administratrices de la relève qui ont reçu une formation conjointement avec nos collaborateurs, soit la Jeune chambre de commerce de Montréal et Concertation Montréal4, le Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec5 et le Secrétariat à la jeunesse6. La mission du Collège est double: offrir les bases requises en gouvernance à nos jeunes leaders et, pour les organisations, faciliter l’intégration de cette force dans leurs rangs. 

Je nous invite donc à prendre un temps d’arrêt et à analyser la composition de nos conseils d’administration sous cet angle. Si aucun jeune ne s’y trouve, prenons les devants! Nous ne courons aucun risque, sinon celui de donner une nouvelle impulsion à nos organisations. N’hésitez pas à consulter nos partenaires mentionnés précédemment pour vous aider dans le recrutement de jeunes leaders. 

Il ne suffit pas de recruter un jeune pour se joindre à son CA: il faut ensuite tout mettre en œuvre pour lui permettre de prendre sa place et de s’émanciper. Il est de notre responsabilité collective d’outiller les jeunes leaders de demain en prévision de l’avenir. Vous pouvez trouver des outils à cet effet dans ce guide pratique produit par le Collège en collaboration avec le Secrétariat à la jeunesse. 

Mobilisons les jeunes de la relève et permettons-leur de mettre en valeur leur leadership tout en faisant bénéficier l’ensemble de la collectivité de l’apport de cette nouvelle génération.

 

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1 Statistiques issues de l’étude sur « La présence des jeunes aux conseils d’administration des entreprises québécoises » publiée par FSA ULaval.

2 Le projet de loi no 693 modifiant la Loi sur la gouvernance des sociétés.

3 C-26 - Code des professions, article 4.

4 Programme Réseau Jeunes Administrateur.trice.s de la Jeune chambre de commerce de Montréal, en collaboration avec Concertation Montréal.

5 Programme Administrateurs de la relève du Regroupement des jeunes chambres de commerce du Québec.

6 Plan d’action jeunesse 2021-2024 du Secrétariat à la jeunesse.

À propos de ce blogue

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