L'Amérique du Nord devient un importateur net de bois d'oeuvre

Publié le 11/12/2021 à 09:00

L'Amérique du Nord devient un importateur net de bois d'oeuvre

Publié le 11/12/2021 à 09:00

L'Amérique du Nord a été momentanément un importateur net de bois d'oeuvre en 2005 en raison du boom immobilier aux États-Unis. (Photo: 123RF)

ANALYSE GÉOPOLITIQUE. C’est tout un changement de paradigme économique. L’Amérique du Nord (le Canada et les États-Unis) est devenue un importateur net de bois d’œuvre, une situation qui ne s’estompera pas de sitôt et qui bénéficiera aux consommateurs.

« Le continent redevient un importateur net, et cette situation va perdurer des années », affirme Jean-François Samray, PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), qui regroupe les producteurs de bois dans la province.

La principale cause de cette situation est le déclin de la production de bois d’œuvre en Colombie-Britannique depuis cinq ans, et ce, en raison de l’épidémie de dendroctone du pin qui a ravagé la forêt de la province, souligne Michel Vincent, économiste du CIFQ.

« Habituellement, la province récoltait environ de 70 à 72 millions de mètres cubes de bois par année. Aujourd’hui, c’est de 60 à 62 millions, et les projections anticipent d’autres baisses à 55-56 millions » souligne l’économiste.

Comme la Colombie-Britannique est un gros producteur et que la demande continue d’augmenter, la production nord-américaine n’est donc plus suffisante, d’où la nécessité d’importer du bois d'oeuvre d’Europe (Allemagne, pays baltes, Suède, etc.) et de l’Amérique du Sud (Brésil et Chili).

Jean-François Samray dit que l’Amérique du Nord « redevient » un importateur net, car le continent s’est retrouvé momentanément dans cette situation en 2005 –une première depuis qu’on a commencé à compiler minutieusement les statistiques, à partir du début des années 1980.

À l’époque, en 2005, les États-Unis étaient en plein boom immobilier, quelques années avant l’éclatement de la bulle immobilière qui a provoqué la Grande Récession (décembre 2007 à juin 2009).

Par la suite, les importations nord-américaines ont diminué durant près d’une décennie, selon les données de Statistique Canada et du ministère américain de l’Agriculture (USDA). Elles sont toutefois reparties à la hausse à compter de 2013.

 

Point de bascule est survenu en 2021

Comme on peut le constater sur ce graphique, l’Amérique du Nord était encore un exportateur net de bois d’œuvre en 2020, avec un surplus de la balance commerciale de 1,1 milliard de pmp (pied mesure de planche), selon les données de la FAO (une organisation des Nations Unies) et de l’Union européenne, analysées par le CIFQ.

 

La balance commerciale de bois d'oeuvre de l'Amérique du Nord sera négative en 2021 et en 2022 (Sources: FAO, UE; illustration: CIFQ)

Le point de bascule a eu lieu en 2021: la balance commerciale sera négative ainsi qu’en 2022.

Ainsi, pour l’ensemble de 2021, la production nord-américaine s’élèvera à 62,8 milliards de pmp, tandis que la consommation s’établira à 63,7 milliards de pmp (pour un déficit de 0,9 milliard de pmp)

En 2022, la production atteindra de 64,6 milliards de pmp, alors que la consommation s’élèvera à 65,4 milliards de pmp (pour un déficit de 0,8 milliard de pmp).

Étant donné les caractéristiques du marché (une offre en déclin et une demande à la hausse), Jean-François Samray ne voit pas comment l’Amérique du Nord peut redevenir un exportateur net de bois d’œuvre dans un avenir prévisible.

 

Le conflit du bois d'oeuvre nuit à l'investissement

À ses yeux, le conflit du bois d’oeuvre entre le Canada et les États-Unis n’a rien pour améliorer la production nord-américaine. Selon lui, les cinq conflits successifs depuis le début des années 1980 ont créé une incertitude latente qui ne favorise pas les investissements.

Michel Vincent fait remarquer pour sa part que les importations accrues de bois d'oeuvre européens et sud-américains auront un impact positif sur l’ensemble de la chaîne de valeur en Amérique du Nord parce qu’elles vont stabiliser les prix.

Ainsi, les prix devraient moins évoluer en montagne russe, comme on l’a vu depuis le début de la pandémie, avec une explosion de l’indice Pribec au printemps dernier.

Ces nouvelles conditions de marché assureront une plus grande prévisibilité pour les producteurs de bois, les entrepreneurs en construction et les consommateurs.

 

 

 

À propos de ce blogue

Dans son analyse Zoom sur le monde, François Normand traite des enjeux géopolitiques qui sont trop souvent sous-estimés par les investisseurs et les exportateurs. Journaliste au journal Les Affaires depuis 2000 (il était au Devoir auparavant), François est spécialisé en commerce international, en entrepreneuriat, en énergie & ressources naturelles, de même qu'en analyse géopolitique. François est historien de formation, en plus de détenir un certificat en journalisme de l’Université Laval. Il a réussi le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada (CCVM) de l’Institut canadien des valeurs mobilières et il a fait des études de 2e cycle en gestion des risques financiers à l’Université de Sherbrooke durant 15 mois. Actuellement, il est inscrit au MBA à temps partiel à l'Université de Sherbrooke. Depuis une vingtaine d’années, François a réalisé plusieurs stages de formation à l’étranger: à l’École supérieure de journalisme de Lille, en France (1996); auprès des institutions de l'Union européenne, à Bruxelles (2002); auprès des institutions de Hong Kong (2008); participation à l'International Visitor Leadership Program du State Department, aux États-Unis (2009). En 2007, il a remporté le 2e prix d'excellence Caisse de dépôt et placement du Québec - Merrill Lynch en journalisme économique et financier pour sa série « Exporter aux États-Unis ». En 2020, il a été finaliste au prix Judith-Jasmin (catégorie opinion) pour son analyse « Voulons-nous vraiment vivre dans ce monde? ».

François Normand

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