Condamnation de SBF: le crime transcende le secteur de la crypto

Publié le 06/11/2023 à 10:42, mis à jour le 06/11/2023 à 14:00

Condamnation de SBF: le crime transcende le secteur de la crypto

Publié le 06/11/2023 à 10:42, mis à jour le 06/11/2023 à 14:00

Par François Remy

Sam Bankman-Fried, l’idole déchue de la crypto, a été reconnu plusieurs fois coupable par un jury new-yorkais jeudi dernier. (Photo: Getty Images)

LES CLÉS DE LA CRYPTO. Reconnu coupable, Sam Bankman-Fried (SBF) remémore à ses dépens que le crime financier n’est pas l’apanage du jeune écosystème du bitcoin.

(Illustration: Camille Charbonneau)

 

«Un bien acquis par fraude ne profite jamais longtemps», écrivait un célèbre tragédien grec. Le nouvel acte dans la dramatique saga financière FTX est venue le démontrer judiciairement. Sam Bankman-Fried, l’idole déchue de la crypto, a été reconnu plusieurs fois coupable par un jury new-yorkais jeudi dernier. Coupable, entre autres, de fraude, de blanchiment d’argent et d’association de malfaiteurs.

S’agirait-il d’une condamnation à double tranchant, trop hâtivement brandie par les acteurs de cette jeune industrie pour se réjouir que justice soit rendue, mais tout aussi utile pour les dénigreurs désireux d’entailler durablement la réputation du secteur des cryptoactifs?

Factuellement, de quoi le cas SBF est le nom? D’une bonne vieille fraude dans le chef d’un dirigeant déviant. Une faille humaine pour reprendre l’hypothèse rapidement émise après l’effondrement de la plateforme d’échanges en novembre 2022. L’hypothèse d’une défaillance que la cour fédérale de New York a bien validée.

Certes, un seul maillon se tord et toute la chaîne de valeur s’en trouve fragilisée. L’affaire FTX a infligé de lourds préjudices à l’industrie crypto, détourné l'attention des développements technologiques, retardé l’adoption grand public et exacerbé l'antipathie de certains régulateurs à l'égard des innovations qui ont éclos depuis Bitcoin.

Espérons qu’avec ce chapitre judiciaire, une mauvaise histoire de fraude financière dont le secteur crypto ne possède pas seul le secret touche à sa fin. L’heure est à la morale: au risque de transpirer de niaiserie ou de bien-pensance, les acteurs des marchés des cryptomonnaies sont tenus responsables de leurs agissements comme devrait l'être toute personne ou entité.

Concédons qu’il n’est plus envisageable de capitaliser sur le flou juridique ou le manque de contrôle pour ériger en avantage concurrentiel des pratiques commerciales aux frontières de la légalité. La fin, l’utopie d’un monde de liberté financière absolue sans confiance nécessaire dans un tiers ou intermédiaire, ne justifie pas les moyens, la tokenisation anarchique de tous biens ou services en dépit des cadres réglementaires censées protéger les consommateurs. Ce procès de SBF porte le mérite de démentir la critique récurrente prétendant que le secteur crypto vit selon ses propres règles. Réprimer les abus commis par le biais de FTX n’a pas demandé de nouvelles lois spécifiques ou spécifiquement plus dures.

D’un point de vue plus pragmatique, l’intervention de la justice s’est déroulée normalement (et rapidement) malgré un contexte d’outils financiers et technologiques considérés, sinon cryptiques, à tout le moins complexes. Le système judiciaire (américain) a montré sa capacité à décoder les opérations illicites impliquant des monnaies digitales et à juger l’auteur des faits comme un vulgaire fraudeur.

Cette saga crypto constitue in fine un franchissement d’étape symbolique, le crime transcende l’industrie des actifs numériques, car elle dépasse tout secteur d’activités. La condamnation logique du patron de FTX confère surtout au cas SBF valeur d’un énième test de résistance pour l’écosystème du bitcoin, dont la résilience ne cesse de surprendre.

Reste à voir si cet épilogue judiciaire renforcera la crédibilité de l’écosystème. La conviction que les intervenants nuisibles sont punis pourrait, à défaut de dissuader les criminels, renforcer la réputation des acteurs intègres et leur impact auprès du public. Sans signalement de vertu déplacé, en fin de compte, Sam aura peut-être réussi à rendre le monde (de la crypto) meilleur.

 

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