«Je ne me sens pas heureuse au travail...»

Publié le 02/11/2023 à 07:28

«Je ne me sens pas heureuse au travail...»

Publié le 02/11/2023 à 07:28

Par Olivier Schmouker

La bonne nouvelle, c'est qu'il est possible de passer du mal-être au bien-être. (Photo: Niklas Hamann pour Unsplash)

MAUDITE JOB! est une rubrique où Olivier Schmouker répond à vos interrogations les plus croustillantes [et les plus pertinentes] sur le monde de l’entreprise moderne… et, bien sûr, de ses travers. Un rendez-vous à lire les mardis et les jeudisVous avez envie de participer? Envoyez-nous votre question à mauditejob@groupecontex.ca

Q. – «A priori, je n’ai pas à me plaindre: j’ai une bonne paye et une belle job. Mais voilà, je ne me sens pas heureuse au travail. Et je ne sais même pas pourquoi…» – Marika

R. – Chère Marika, vous vous sentez malheureuse dans votre quotidien au travail, et vous n’avez aucune idée précise de ce qui est à l’origine de cette situation. Est-ce votre boss qui est sans cesse sur votre dos, comme cela se produit malheureusement si souvent? Un collègue insupportable qui vous pourrit la vie? Ou encore, les objectifs à atteindre sont-ils si élevés que ça vous stresse jour et nuit?

Si tel était le cas, vous l’auriez sûrement mentionné dans votre message. Mais là, rien, silence radio. Vous ne me donnez aucune piste.

Et pourtant, j’en vois une qui transparaît en filigrane dans votre message. C’est un détail, mais il me semble révélateur: vous ne parlez que de vous, le «je» est répété et martelé comme s’il n’y avait que vous sur votre lieu de travail. Et ça, c’est ce qu’on appelle un «point aveugle». Explication.

Le point aveugle, c’est la partie de la rétine où s’insère le nerf optique, lequel transmet les images jusqu’au cerveau. C’est donc la petite portion de la rétine qui est dépourvue de photorécepteurs, qui est totalement aveugle.

Nous avons tous un point aveugle. Mais nous ne sommes pas conscients de ce trou dans notre champ de vision, car notre cerveau invente l’information manquante.

Le point aveugle peut être la source d’accidents sur la route. Quand on s’apprête à changer de file, on jette un coup d’œil rapide au rétroviseur sur le côté et on se dit qu’on peut y aller, car il n’y a rien. En vérité, il peut y avoir une voiture qui passe tout près, mais comme un seul de nos yeux regarde dans le rétroviseur, l’image de la voiture peut se situer pile dans le point aveugle: notre cerveau, ne percevant rien, invente qu’il n’y a rien là, et c’est l’accrochage à la seconde où on déboîte. (D’où la nécessité de toujours tourner la tête pour vérifier qu’il n’y a rien, car cela fait fonctionner nos deux yeux et supprime le risque représenté par le point aveugle.)

Bref, la multiplication des «je» dans votre message, Marika, m’a fait penser à l’un des points aveugles les plus fréquents au travail, selon la coach américaine Loretta Malandro: notre incapacité à nous appuyer sur les autres. C’est-à-dire à penser «nous» au lieu de «je».

Fort souvent, lorsque nous sommes confrontés à une difficulté ou à un défi, nous essayons avant tout de trouver une solution par nous-mêmes. Nous voulons montrer que nous sommes capables. Car nous craignons de passer pour un incompétent si jamais nous nous mettions à demander un coup de main.

Ce faisant, nous effectuons du «désinvestissement social». Nous ne donnons pas la possibilité à notre réseau de contacts de se mettre en branle, de s’exercer à devenir plus efficient, de s’enrichir. Oui, nous nous isolons. Et le simple fait de nous couper ainsi d’autrui à répétition suffit à nuire à notre épanouissement, à notre bonheur. Cela peut même finir par nous faire sentir malheureux, sans qu’on sache trop pourquoi.

Ça y est, vous voyez où je voulais en venir, Marika? Un bête point aveugle au travail, et nous ne parvenons plus à voir la vie en rose. C’est aussi simple que ça.

Maintenant, comment corriger le tir? Je vous invite à multiplier les actes prosociaux auprès de vos collègues. Car l’altruisme est un bon remède à l’isolement et aux idées noires qui l’accompagnent fort souvent.

– Compliments. Faites une habitude de complimenter les autres. Par exemple, dressez la liste des bonnes choses accomplies par votre collègue et votre boss durant la semaine. Et le vendredi, en fin de journée, envoyez aux personnes concernées un petit courriel de félicitations pour ce qu’elles ont fait de bien. Mine de rien, ça leur fera un bien fou quand elles liront ça le lundi matin, en démarrant la semaine.

– Parole. Lors de votre prochaine réunion de bureau, parcourez la salle des yeux et repérez les personnes qui ne participent pas, ou peu, à la discussion. Celles qui, pour mille et une mauvaises raisons, ont pris l’habitude de se taire. Et offrez-leur la possibilité de prendre la parole. Par exemple, à l’aide d’une phrase à la fois gentille et ouverte (à laquelle on ne peut pas se contenter de répondre par oui ou par non), du genre «Alex, tu es bon pour voir les choses sous un angle inédit, je suis curieuse de savoir ce que tu penses du point que nous sommes en train de discuter».

– Valorisation. Dressez la liste des raisons de vanter et de recommander vos collègues, puis sautez sur chaque occasion de le faire dès qu’elle se présente à vous. Car en valorisant autrui, on témoigne de son appartenance à l’équipe.

Voilà, Marika. Intéressez-vous vraiment aux autres, cela nourrira votre connexité, cette faculté qui nous permet d’évoluer harmonieusement pourvu que nous nouions des liens fructueux avec les autres.

En passant, le comédien français Philippe Caubère a dit dans «Les Carnets d’un jeune homme»: «“Je” est plein d’autres».

 

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