«Au fond, ça sert à quoi le bureau?»

Publié le 28/03/2023 à 07:30

«Au fond, ça sert à quoi le bureau?»

Publié le 28/03/2023 à 07:30

Par Olivier Schmouker

Le bureau permet, lui, de nouer des relations fortes. (Photo: Samsung pour Unsplash)

MAUDITE JOB! est une rubrique où Olivier Schmouker répond à vos interrogations les plus croustillantes [et les plus pertinentes] sur le monde de l’entreprise moderne… et, bien sûr, de ses travers. Un rendez-vous à lire les mardis et les jeudisVous avez envie de participer? Envoyez-nous votre question à mauditejob@groupecontex.ca

Q. – «Après tout ce temps de travail hybride, j’en viens à me dire que le seul intérêt du temps passé au bureau, c’est celui où je socialise avec les autres, non pas celui où je travaille. Et si j’en parlais à mon boss, pour lui proposer de ne plus faire qu’une seule réunion d’équipe en personne le lundi matin et de laisser chacun travailler de chez lui tout le reste de la semaine…» – Jimmy

R. — Cher Jimmy, la pandémie a amené un grand nombre d’entre nous à découvrir le télétravail et à y prendre goût. La tendance actuelle est au travail hybride, même si certaines entreprises s’y refusent catégoriquement, à l’image de la RBC. Ce qui nous force à constater que personne n’a encore trouvé la formule magique de la meilleure façon de travailler.

Votre interrogation est par conséquent on ne peut plus pertinente: quelle est l’utilité, de nos jours, du bureau? Est-ce le meilleur endroit pour être efficace et heureux au travail? Ou le pire pour y parvenir (j’espère que je ne vous apprends rien concernant l’absurdité de travailler aujourd’hui dans des espaces à aire ouverte, une foule d’études scientifiques ayant montré depuis des années qu’il n’y a pas mieux pour saper la communication, l’efficacité et le bien-être des employés)?

Jim Clifton est le président du conseil de la firme d’analyse et de conseil en management Gallup. Et Jim Harter en est le scientifique en chef, lieu de travail. Ensemble, ils viennent de signer un livre intitulé «Culture Shock», qui sera bientôt disponible, mais dont j’ai eu les principaux éléments en primeur. Il se trouve qu’ils y abordent justement le sujet qui vous préoccupe.

Les deux Jim ont comparé les avantages et les désavantages de travailler au bureau ou à distance (chez soi, depuis un espace de cotravail, etc.), en demandant à dizaines de milliers de travailleurs et de gestionnaires ce qu’ils en pensaient. Puis, ils ont analysé d’innombrables données chiffrées à ce sujet, histoire de vérifier si l’impression des gens correspondait à la réalité.

De ce travail de moine, il ressort des enseignements on ne peut plus précieux:

— Le bureau permet de nouer des relations fortes. En effet, 3 travailleurs sur 10 déclarent avoir leur meilleur ami au travail. À noter qu’au sein des entreprises les mieux gérées, cette proportion grimpe souvent à 6 sur 10.

— Mieux vaut socialiser en personne. C’est lorsqu’on socialise en personne que cela a le plus fort impact sur notre humeur. En revanche, lorsqu’on socialise via la technologie, cela a un faible impact sur notre humeur. En conséquence, on gagne vraiment en bien-être au travail quand on prend un café ou quand on mange avec des collègues, et pas vraiment quand on fait une visio ou un apéro virtuel.

— Avantage aux réunions en personne. 32% des travailleurs disent que les réunions virtuelles sont moins efficaces que les réunions en personne. Et seulement 17% disent l’inverse. Quant aux 51% restants, il semble qu’ils s’interrogent sur la pertinence de nombre de réunions auxquelles ils sont contraints d’assister (mais là, c’est un autre sujet!).

Pourquoi les réunions virtuelles sont-elles moins efficaces? Une des explications est… biologique. De fait, les interactions en personne stimulent différentes réactions chimiques: par exemple, la libération de neurotransmetteurs tels que la dopamine et l’hormone ocytocine, ce qui active les centres de récompense de notre cerveau. Ces réponses chimiques accélèrent notre capacité à faire preuve d’empathie, à inspirer confiance, ou encore à faire de l’humour.

Or, ce processus biologique ne fonctionne pas, ou très peu, quand on est en virtuel. Et ce, notamment parce que le regard des autres ne nous paraît plus naturel, parce que notre charge cognitive s’alourdit (nous devons nous concentrer sur l’écran de notre ordinateur sans relâcher notre attention un seul instant) et parce que nous ne pouvons nous empêcher de jeter d’incessants coups d’œil à notre propre image sur l’écran, ce qui focalise notre attention sur nous-mêmes. Tout cela a été montré par les travaux de Jeremy Bailenson, professeur de psychologie à l’Université de Stanford.

— L’idéal est le mode hybride. C’est-à-dire celui où les travailleurs passent deux ou trois jours par semaine au bureau. Car ceux qui fonctionnent ainsi affichent les plus hauts niveaux d’engagement et de bien-être. Et les entreprises qui adoptent ce mode de fonctionnement enregistrent, elles, les plus bas taux de roulement du personnel et d’épuisement professionnel.

À noter que les jours de présence au bureau préférés par les travailleurs sont le mardi, le mercredi et le jeudi.

À noter également que le 100% bureau n’est pas la panacée. Loin de là. Car les travailleurs qui passent cinq jours par semaine au bureau affichent les moins bons scores en matière d’engagement et de bien-être.

Bref, le bureau est essentiel, tant pour les travailleurs que pour les entreprises. S’en priver à tout jamais, ou presque, c’est se nuire à soi-même. Se voir tous ensemble seulement les lundis matins n’est peut-être donc pas la meilleure chose à faire, Jimmy. Car c’est insuffisant pour bien connecter avec les autres.

En passant, un petit trait d’humour signé Pierre Dac: «Quand on ne travaillera plus le lendemain des jours de repos, on aura fait un grand pas en avant dans la marche arrière du progrès social».

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