La Banque du Canada maintient son taux directeur

Publié le 06/09/2023 à 10:02, mis à jour le 06/09/2023 à 18:11

La Banque du Canada maintient son taux directeur

Publié le 06/09/2023 à 10:02, mis à jour le 06/09/2023 à 18:11

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem (Photo: La Presse Canadienne)

Ottawa — La Banque du Canada a laissé son taux d’intérêt directeur inchangé mercredi, alors que les signes d’un ralentissement de l’économie se multiplient, mais elle ne crie pas encore victoire et préfère se montrer prudente pour ne pas alimenter les spéculations sur d’éventuelles baisses de taux.

«Étant donné les signes récents montrant que la demande excédentaire diminue dans l’économie, et comme les effets de la politique monétaire se font sentir avec un décalage, le conseil de direction a décidé de maintenir le taux directeur à 5%», a expliqué la banque centrale dans un communiqué de presse.

Cependant, la Banque du Canada garde la porte ouverte à de nouvelles hausses de taux, soulignant que son conseil de direction reste préoccupé par les pressions inflationnistes et «est prêt à augmenter de nouveau le taux directeur si nécessaire».

 

Lire aussi - Banque du Canada: retour sur les hausses de taux des derniers mois

L’inflation annuelle au Canada s’est établie à 3,3% en juillet, comparativement à 2,8% le mois précédent. Même si elle a considérablement ralenti depuis l’été dernier, elle devrait continuer d’osciller autour de 3% dans les mois à venir.

En outre, la banque centrale reconnaît que l’inflation va probablement s’accentuer en raison de la hausse des prix de l’essence, avant de redescendre.

L’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter, a indiqué que la décision de la Banque du Canada de maintenir son taux directeur était largement attendue, compte tenu de la faiblesse des données économiques récentes.

L’attention se tournera désormais sur ce que la banque centrale pourrait faire dans les mois à venir pour lutter contre l’inflation, tout en essayant de ne pas entraîner l’économie dans un ralentissement plus profond que nécessaire.

«Ils ont clairement laissé la porte ouverte à la possibilité qu’ils puissent bouger à nouveau», a noté M. Porter.

«(Mais) nous croyons que, si la croissance reste relativement calme et que l’inflation sous-jacente continue de baisser lentement, la Banque du Canada a probablement fini d’augmenter les taux d’intérêt.»

Période de plus faible croissance

Statistique Canada a indiqué la semaine dernière que le produit intérieur brut réel s’était contracté au deuxième trimestre, ce qui a convaincu les prévisionnistes qu’une nouvelle hausse des taux était improbable.

«L’économie canadienne est entrée dans une période de plus faible croissance, nécessaire pour réduire les pressions sur les prix», a expliqué mercredi la banque centrale.

Le marché du travail canadien a également perdu un peu de son élan: le taux de chômage est en hausse depuis trois mois.

M. Porter estime que la croissance économique va probablement continuer de stagner au cours des prochains trimestres, ce qui rend possible une récession.

«Nous ne tomberons peut-être pas dans la définition officielle de la récession, mais nous en serons certainement près», a précisé M. Porter.

La réaction des banques commerciales canadiennes mercredi a été presque uniforme: il est peu probable que la banque centrale augmente à nouveau les taux d’intérêt, malgré son ton belliciste mercredi.

Mais afin de contenir les attentes d’inflation, l’économiste Tu Nguyen, du cabinet de comptabilité et de conseil RSM Canada, a estimé que la Banque du Canada maintiendrait probablement son taux directeur à 5% jusqu’en 2024.

«Une baisse prématurée des taux pourrait pousser les entreprises et les consommateurs à emprunter et à dépenser, et risquerait une nouvelle accélération de l’inflation», a fait valoir Mme Nguyen dans une déclaration.

 

Une erreur de communication?

La combinaison d’un ralentissement de la croissance économique et d’une inflation tenace constitue un défi pour la Banque du Canada: la banque centrale ne veut pas aller trop loin avec des hausses de taux, mais elle ne veut pas non plus alimenter la spéculation sur des réductions de taux, qui entraîneraient une nouvelle hausse de la demande.

Au début de l’année, la banque centrale avait annoncé une pause dans ses hausses de taux. Celle-ci a cependant pris fin en juin, alors que l’économie continuait de surpasser les attentes et que le marché immobilier rebondissait. Une autre hausse du taux directeur a été opérée en juillet.

M. Porter a estimé que le message véhiculé par la Banque du Canada au sujet de sa pause, plus tôt cette année, avait été «malheureux».

«Je ne suis pas sûr que la banque dira un jour explicitement qu’elle a fait une erreur, mais je pense qu’elle a été juste un peu trop libérale avec le langage de la pause, et cela a enthousiasmé tout le monde et entretenu l’idée que les hausses de taux étaient terminées», a-t-il expliqué.

Au total, la banque centrale a relevé son taux directeur dix fois depuis mars 2022, le faisant passer de près de zéro jusqu’à son niveau actuel, le plus élevé depuis 2001.

Ces hausses de taux devraient continuer à avoir des effets sur l’économie, ralentissant la demande des consommateurs et freinant les investissements des entreprises. Les économistes estiment qu’il faudra environ un à deux ans pour qu’une hausse des taux affecte pleinement la demande et l’activité commerciale.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, doit tenir une conférence de presse jeudi, après avoir prononcé un discours devant la Chambre de commerce de Calgary.

 

– Nojoud Al Mallees

Sur le même sujet

Une menace économique appelée Trump

26/02/2024 | Pierre Cléroux

EXPERT. Son potentiel retour à la Maison-Blanche n'est pas de bon augure pour l'économie québécoise.

Crise immobilière: arrêtons de faire l'autruche

EXPERT INVITÉ. Loin d’être le fruit du hasard, cette crise immobilière est plutôt le produit d’un système défaillant.

À la une

La start-up de Sherbrooke qui veut commercialiser un médicament

03/03/2024 | Emmanuel Martinez

«Les gens pensent que l’argent coule à flots pour les start-ups, parce qu’on nous montre des exceptions.»

La start-up qui voulait faire économiser 1G$ en soins à l'Amérique du Nord

01/03/2024 | Émilie Parent-Bouchard

Une start-up de Sherbrooke propose des solutions aux victimes d'un traumatisme crânien qui doivent être opérées.

Pas de démondialisation, à l’exception des semi-conducteurs

01/03/2024 | François Normand

ANALYSE. Aucun «ralentissement durable» de la mondialisation, mais on observe une incertitude techno-géopolitique.