Planter des arbres en terres agricoles en échange de crédit carbone

Publié le 21/06/2022 à 14:26

Planter des arbres en terres agricoles en échange de crédit carbone

Publié le 21/06/2022 à 14:26

Par La Presse Canadienne

Les terres agricoles, évaluées à 6,3 millions d’hectares, soit 5% de la superficie du Québec, sont apparues comme une «opportunité» pour les chercheurs. (Photo: La Presse Canadienne)

Laval — Québec octroie un financement au projet «Demain la forêt», initié notamment par les Cowboys fringants, afin de planter des arbres et créer des puits de carbone naturels sur des terres agricoles. Une pratique qui permettrait aux agriculteurs d’obtenir des crédits carbone qu’ils pourraient éventuellement monétiser.

L’équipe de scientifiques et de géomaticiens qui travaillent avec Jérôme Dupras, chercheur et bassiste des Cowboys fringants, cherchait des espaces pour planter des arbres afin de soutenir la santé des écosystèmes et lutter contre les changements climatiques.

Les terres agricoles, évaluées à 6,3 millions d’hectares, soit 5% de la superficie du Québec, sont apparues comme une «opportunité» pour les chercheurs.

«Si on regarde un petit peu l’historique, il y a quelques décennies, c’était des zones de pâturage pour des fermes laitières, des fermes animales, mais il y a eu une conversion du territoire, et aujourd’hui on fait pousser principalement du grain», a expliqué Jérôme Dupras à La Presse Canadienne.

Les zones près des cours d’eau où il y a de fortes pentes, les lieux étroits où les machines agricoles ne peuvent pas circuler, les sols qui sont trop rocailleux, les parcelles forestières, les espaces laissés en friche où l’agriculture n’est pas possible sont autant d’endroits où des arbres peuvent être plantés afin de capturer le carbone et augmenter la biodiversité.

Mais les membres du projet «Demain la forêt» ne veulent pas planter n’importe quel type d’arbre n’importe où et le financement de 4,5 millions de dollars servira justement aux chercheurs à étudier les caractéristiques et comportements de différents arbres et végétaux sur différents sols et de recueillir des données.

Le but étant de maximiser la capture du carbone, selon le type de sol et de végétation.

Créer un «livre de recettes écologiques»

«Notre projet, c’est un peu comme la création d’un livre de recettes, parce qu’on ne veut pas planter des arbres en monoculture. On veut dire à l’agriculteur qui aimerait faire un puits de carbone: voici la meilleure stratégie de verdissement pour maximiser le carbone», a expliqué Jérôme Dupras.

Celui qui est professeur au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais et chercheur à l’Institut des sciences de la forêt tempérée veut arriver à créer, d’ici trois ans, «un livre de recettes écologiques».

Monétiser le CO2

L’agriculteur qui plantera des végétaux sur ces terres, dans les endroits où il ne peut faire de l’agriculture, verra ses efforts de capture de carbone récompensés par l’émission de crédits, qu’il pourra ensuite vendre à des entreprises qui désirent compenser leurs émissions de CO2.

Pour le projet pilote, «Demain la forêt», qui est chapeauté par Jour de la Terre Canada, compte planter 300 000 arbres sur différents territoires agricoles de la province.

L’annonce, à laquelle le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charrette, et le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, ont participé, a eu lieu à Laval, dans la forêt du 50e.

Cette forêt de 10 000 arbres a été créée par différentes organisations, dont la Fondation des Cowboys fringants en 2015, pour souligner les 50 ans de la ville.

L’endroit, qui a déjà été un dépotoir, compte maintenant cinq écosystèmes forestiers, une panoplie de papillons, d’oiseaux, de bourdons, d’abeilles et d’autres insectes pollinisateurs, selon l’équipe de CANOPÉE, l’organisme qui gère cette forêt.

À propos du projet pilote, le ministre Charrette a indiqué qu’il permettra d’étudier «la contribution possible de diverses solutions fondées sur la nature à l’atteinte des objectifs d’atténuation des changements climatiques et d’adaptation à leurs impacts, au Québec, et de déterminer quelles pratiques devraient être priorisées».

Son collègue André Lamontagne a ajouté que le projet «est en parfaite cohérence avec les efforts du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation en matière de lutte contre les changements climatiques, en plus d’être en harmonie avec le Plan d’agriculture durable 2020-2030, qui vise à doubler les superficies agricoles aménagées favorables à la biodiversité».

L’aide financière provient du plan de mise en œuvre du Plan pour une économie verte 2030.

 

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