Une menace économique appelée Trump

Publié le 26/02/2024 à 11:30

Une menace économique appelée Trump

Publié le 26/02/2024 à 11:30

Donald Trump plonge ainsi leurs dirigeants dans un climat de grande incertitude. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. Il y a tout lieu de croire que Donald Trump remportera l’investiture du Parti républicain et sera ainsi candidat aux élections présidentielles américaines, l’automne prochain. Or, son éventuel retour à la Maison-Blanche n’est pas de bon augure pour l’économie québécoise.

L’ancien président américain a en effet annoncé vouloir imposer des droits de douane de 10% sur tous les produits importés aux États-Unis, peu importe le pays d’origine. En mettant sa menace à exécution, Donald Trump nuirait grandement à la croissance des entreprises d’ici et, par conséquent, à l’ensemble de l’activité économique au Québec. 

Les États-Unis, rappelons-le, accaparent plus de 70% des produits québécois et canadiens expédiés à l’international. Nos voisins du Sud sont évidemment, et de loin, le principal marché étranger pour les produits d’ici. La surprenante vigueur de l’économie américaine, dans la dernière année, a d’ailleurs permis d’alimenter l’économie québécoise et a ainsi grandement contribué à atténuer la baisse de régime de l’activité chez nous

Réduction du PIB de 7G$

Voilà pourquoi l’adoption de droits de douane de 10% sur les exportations vers les États-Unis aurait des conséquences majeures sur notre économie. Cette menace, indique une simulation macro-économique que la BDC a récemment réalisée, réduirait le PIB canadien d’environ 7 milliards de dollars (G$), lors de sa première année d’application, ce qui représenterait une baisse de 0,3%. 

Les effets sur les exportations et l’économie québécoises se feraient même davantage sentir au fil des ans, car, à plus court terme, les producteurs américains ne pourraient pas du jour au lendemain remplacer les importations canadiennes et peineraient donc à satisfaire la demande des consommateurs. 

L'effet principal sur le PIB viendrait d’une importante baisse de revenus et, du même coup, de l’investissement des entreprises canadiennes qui devront réduire leur capacité manufacturière. Les investissements chuteraient de 2%, dès la première année. Sans compter que les entreprises canadiennes devraient aussi supprimer quelque 20 000 emplois. 

Au bout de quatre ans, ces investissements seraient inférieurs de 10% aux prévisions actuelles qui ne tiennent pas compte des droits de douane. En 2028, l’économie canadienne devrait alors conjuguer avec 12G$ d’investissement en moins de la part des entreprises d’ici.

 

Épée de Damoclès

En brandissant cette épée de Damoclès au-dessus de la tête de nombreuses entreprises, Donald Trump plonge ainsi leurs dirigeants dans un climat de grande incertitude. Il pourrait d’autant plus mettre sa menace à exécution qu’il n’avait pas hésité à imposer des hausses de droits de douane sur l’acier et l’aluminium pendant son séjour à la Maison-Blanche, tout en renégociant au passage l'Accord de libre-échange nord-américain avec le Canada et le Mexique.

Les entreprises peuvent toutefois atténuer ces risques en diversifiant leurs marchés d’exportation. Autre solution: en s’établissant aux États-Unis, par l’implantation d’une usine ou par voie d’acquisition comme l’ont fait plusieurs entreprises québécoises ces dernières années, il est alors possible de contrer l’adoption de droits de douane et d’autres barrières protectionnistes mises en place par le gouvernement américain, comme le Buy American Act.

 

 

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À propos de ce blogue

Pierre Cléroux est vice-président à la recherche et économiste en chef de la Banque de développement du Canada.

Pierre Cléroux

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