Envoi Québec, le nouveau service de livraison économique et durable

Publié le 10/05/2023 à 10:00

Envoi Québec, le nouveau service de livraison économique et durable

Publié le 10/05/2023 à 10:00

L’an dernier, plus de 343 000 colis ont été livrés grâce à Envoi Montréal, l'équivalent d'Envoi Québec dans la métropole. (Photo: 123RF)

EXPERT INVITÉ. La nouvelle plateforme de livraison de colis destinée aux commerçants québécois, Envoi Québec, a officiellement été lancée par le Conseil québécois du commerce de détail. Grâce à des tarifs négociés avec les transporteurs, un service de livraison durable et des options avancées pour optimiser la logistique, l'initiative vise à aider les PME et les grandes bannières de commerce de détail à se développer dans la province, ainsi qu'à l'international. 

Mon premier contact avec le commerce de détail a eu lieu en 2019 lorsque je me suis associé, et ce pour plusieurs années, à l’événement TAG du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD). Déjà, nous y parlions de ce fameux virage numérique et nous nous questionnions sur comment s’y préparer, comment y faire face et surtout, avec quelles ressources techniques et financières dans un territoire aussi vaste que le Québec.

Les consommateurs sont de plus en plus nombreux à effectuer leurs achats en ligne en utilisant des sites web, des applications mobiles et des plateformes de commerce électronique pour acheter des produits et services. Cette tendance s’est naturellement accélérée pendant la pandémie, où les clients pouvaient commander, recevoir leurs biens à domicile et retourner les produits qui ne convenaient pas sans avoir à se rendre en magasin pour éviter les contacts physiques. Force est de constater que cette habitude est maintenant bien ancrée dans les mœurs actuelles. 

Dans ce contexte, de nombreux détaillants traditionnels ont été contraints de s’adapter rapidement en offrant des options de vente en ligne pour maintenir leur compétitivité. Les entreprises qui avaient déjà investi dans des plateformes numériques et des infrastructures de commerce électronique ont mieux résisté à ce tremblement de terre numérique. On pourrait citer, par exemple, les grandes entreprises internationales comme Amazon ou Alibaba, mais aussi des détaillants de chez nous comme SSENSE, Simons ou encore Mondou.

Il est également important de noter que la popularité croissante des médias sociaux et de ses influenceurs a eu des répercussions sur le commerce de détail. En effet, les entreprises cherchent de plus en plus à tirer parti de ces canaux pour atteindre de nouveaux clients et renforcer leur présence en ligne. 

Toutefois, avec cette frénésie numérique, de nouveaux défis de taille ont vu le jour, notamment en ce qui concerne les services de livraison. Par exemple, l’augmentation des ventes en ligne a entraîné une diminution majeure des coûts d’envoi pour les grandes entreprises, au détriment des petits et des moyens commerces. De plus, cette explosion des demandes de services de livraison à domicile a fait en sorte que les entreprises de ce secteur sont maintenant confrontées à une pression croissante pour livrer les commandes rapidement, notamment à cause des livraisons «éclair» devenues le standard pour beaucoup de consommateurs. Ceci entraîne donc une augmentation du nombre de véhicules sur les routes, se traduisant par une hausse de la congestion et une pollution accrue. 

En réponse à ces défis, les entreprises de livraison cherchent à améliorer l’efficacité de leurs opérations en utilisant des technologies de pointe pour suivre les colis en temps réel, optimiser les itinéraires de livraison et améliorer la communication avec les clients.

À ce propos, c’est en 2020 que le partenariat entre le CQCD et Machool Technologies a débuté, afin de venir en aide aux détaillants en réduisant leurs coûts de livraison de colis sur le dernier kilomètre. À la fin de ce même été, ces derniers ont formé un partenariat avec Coop Carbone, l’un des initiateurs du projet Colibri — livraison décarbonée et à vélo. Ensuite présenté et accepté à la Ville de Montréal, le projet Envoi Montréal est né.

Aujourd’hui, c’est plus de 3200 commerçants qui sont inscrits sur la plateforme Envoi Montréal avec plus de 1200 utilisateurs réguliers. L’an dernier, plus de 343 000 colis ont été livrés, dont plus de 20 000 en vélos cargos, réduisant les gaz à effets de serre et la densité de la circulation, particulièrement au centre-ville de Montréal.

Puis, il y a un mois, les services du projet Envoi Québec ont été lancés avec le soutien du ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie pour faire bénéficier à l’ensemble des régions du Québec ce service de livraison plus économique et durable.

Finalement, les entreprises qui ne disposent pas d’une présence en ligne robuste risquent de perdre des solutions innovantes afin de mieux se positionner et prospérer dans un marché de plus en plus concurrentiel. Le projet Envoi est un des nombreux exemples qui montrent à quel point le secteur du commerce de détail peut être innovant en matière de solutions numériques!

On me demande souvent, pourquoi je suis passé du Quartier de l’innovation de Montréal au Conseil québécois du commerce de détail. La réponse est simple, ce secteur d’activité qui emploie près d’un demi-million de personnes au Québec, génère 163 milliards de dollars de vente par année et représente 6,3% du PIB québécois, connaît des transformations structurelles. L’innovation est partout, de Saguenay à Thedford Mines en passant par la Gaspésie et l’Abitibi-Témiscamingue! On ne parle plus de virage numérique, mais bien de changements majeurs dans notre quotidien, dans nos habitudes et dans notre façon d’acheter.
On ne peut que constater la vitesse foudroyante avec laquelle de nouveaux paradigmes se sont installés dans l’univers du commerce de détail. Aujourd’hui, les personnes qui achètent se déplacent significativement moins vers des lieux d’achats physiques, une réalité que la pandémie a considérablement accentuée. La part de marché du commerce en ligne a augmenté significativement ces deux dernières années passant de 41% en 2020 à 48% en 2022. De leur côté, les ventes réalisées par les marchands québécois ont diminué de 25% en 2020 à 19% en 2022 et stagnent pour les autres marchands, selon une enquête de l’Académie de la transformation numérique. La pandémie de COVID-19 explique en partie l’accélération de ce phénomène qui a entrainé de nouvelle façon de vivre et de consommer. Il n’est plus rare de commander des vêtements en ligne et qu’ils soient prêts pour essayage le lendemain dans votre magasin. 
Les changements sont aussi d’ordre technologique. Que vous fassiez votre épicerie ou votre plein d’essence, l’intelligence artificielle est présente dans notre quotidien, tel aux caisses intelligentes, lors du balayage d’un code-barre, ou au moment de payer par carte. 
Les détaillants doivent gérer des stocks de marchandises dans un contexte concurrentiel face au commerce en ligne et la nécessité de réduire les GES. L’intelligence artificielle est un outil essentiel qui les aide à maximiser leurs stocks et à les gérer en temps réel.
De nouvelles plateformes telles que celle de Marketplace voient le jour et permettent aux commençants d’écouler non seulement leurs stocks invendus dans tout le Québec, mais également d’échanger de nombreux services entre eux.
Définitivement l’innovation touche tous les sous-secteurs du commerce du détail — vente de vêtements, meubles, pharmacies, électroménagers, etc. — de l’ensemble des régions du Québec.
 Toutefois, si la créativité et l’innovation sont au rendez-vous, les défis ne manquent pas dans l’industrie. Trois enjeux économiques prioritaires requièrent mon attention; la pénurie de main-d’œuvre, les frais de cartes de crédit et les aspects environnementaux du commerce. 
Ce n’est pas un secret de dire que notre population vieillit très vite, trop vite, et que le taux de postes vacants a atteint de nouveaux sommets, soit près de 29 000 emplois chez les détaillants.
Pourtant, des solutions existent. Pensons à la main-d’œuvre étrangère qui pourrait contribuer plus rapidement si le traitement de leur dossier et leur intégration s’accéléraient. L’aide pourrait aussi venir des travailleurs âgés, pour qui un assouplissement des règles fiscales permettrait de mettre en valeur leur expérience tout en respectant leur disponibilité. Il importe aussi de bonifier l’aide à l’investissement pour la transition vers les nouvelles technologies, améliorant du même coup la productivité des détaillants. Toutes ces solutions sont possibles, mais nécessitent des actions efficaces de la part des décideurs publics.
Ensuite, il faut continuer d’alléger les frais de carte de crédit au Canada, qui se classent parmi les plus élevés de tous les pays développés. Cette situation est rendue d’autant plus problématique par le recul de l’utilisation de l’argent comptant, ce qui provoque une hausse des coûts chez les détaillants et chez les consommateurs. Obliger les émetteurs de carte de crédit à réduire les frais d’interchange à 0,5%, comme en Europe, serait un geste concret pour soutenir les détaillants québécois et des autres provinces. Réclamée depuis de nombreuses années, une réduction vient d’être annoncée lors du dépôt du budget fédéral, toutefois le taux reste encore très élevé.
La pandémie et la crise climatique doivent entrainer des changements majeurs dans nos habitudes de consommation. L’achat local, responsable et circulaire est plus que pertinent pour répondre concrètement et rapidement à ces défis planétaires. Des initiatives gouvernementales ont d’ailleurs vu le jour, Le Panier Bleu ou encore la certification Les Produits du Québec. Notre modèle doit davantage s’orienter vers l’économie locale et l’achat responsable, tant pour la santé des détaillants que pour celle de l’environnement.
Les défis ne manquent pas et l’innovation apportera, j’en suis convaincu, beaucoup de réponses et de solutions!

À propos de ce blogue

Damien Silès est directeur du Conseil québécois du commerce de détail depuis janvier 2023. Doté d’une solide formation en commerce international, Damien Silès occupait depuis 2014 le poste de directeur général du Quartier de l’innovation de Montréal. Il a auparavant été, pendant six ans, directeur général de la Société de développement social de Ville-Marie, premier courtier social en Amérique du Nord, qu’il a fondée en 2008. L’action qu’il a menée à la barre de cet organisme a été saluée par les médias et lui a valu d’être nommé à deux reprises Personnalité de la semaine La Presse-Radio-Canada (février 2011 et juin 2013). De 2002 à 2008, il a également été directeur du membership et des ventes à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, poste qui lui a permis de tisser de solides relations avec le milieu des affaires québécois.

Damien Silès

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