Exporter en Chine deviendra plus difficile


Édition du 22 Juillet 2017

Exporter en Chine deviendra plus difficile


Édition du 22 Juillet 2017

Par François Normand

[Photo : 123RF]

Les PME manufacturières pourraient avoir de la difficulté à exporter en Chine dans les prochaines années en raison de la politique Made in China 2025, qui forcera les entreprises étrangères à s'implanter dans ce pays pour y vendre leurs produits.

Lancée en 2015, cette politique vise notamment à augmenter le contenu local dans les produits manufacturiers vendus en Chine, à l'instar du Buy America (transport public) ou du Buy American (biens du gouvernement, sauf les services) aux États-Unis.

Ainsi, le Made in China 2025 vise à porter le contenu chinois dans les produits manufacturiers vendus en Chine à 40 % en 2020 et à 70 % en 2025, selon une analyse du Center for Strategic and International Studies (CSIS), situé à Washington.

Actuellement, le gouvernement n'impose pas vraiment de seuil minimal de contenu chinois.

Par contre, dans certains secteurs stratégiques comme l'aérospatiale ou le transport ferroviaire, les multinationales telle Bombardier doivent créer des coentreprises en Chine afin d'y vendre leurs avions ou leurs trains.

Caroline Bérubé, avocate et associée au cabinet HJM Asia Law, en Chine et à Singapour, fait remarquer que la Chine devient de plus en plus protectionniste, tout en essayant de rattraper les économies avancées à vitesse grand V.

«Les Chinois le font en achetant des technologies de pays développés, en les améliorant ou en faisant du reverse engineering [la reconstitution à rebours de l'ingénierie d'un produit] de technologies qu'ils connaissent ou qu'ils considèrent comme nécessaires pour développer leur économie», souligne-t-elle.

L'un des objectifs du Made in China 2025 est d'ailleurs de faire de la Chine le pays qui produira les produits manufacturiers de la meilleure qualité d'ici 2049, soit en un peu plus d'une génération.

Les mêmes seuils que le Buy America

Avec une obligation de contenu local de 70 % en 2025, le Made in China 2025 aura à ce moment-là le même seuil que le Buy America, à la différence que le taux ne s'appliquera pas uniquement au secteur du transport public, mais à l'ensemble des produits manufacturiers chinois, tous secteurs confondus.

Actuellement, le Buy America prescrit un seuil de 60 % de contenu américain pour les projets de transport public qui incluent des subventions du gouvernement fédéral (l'assemblage final doit être complètement fait en sol américain). Ce seuil grimpera à 65 % en 2018-2019, puis à 70 % en 2020, selon une réglementation adoptée en décembre 2016 par l'administration Obama.

Au Canada, cette hausse future des seuils du Buy America crée d'ailleurs de la pression sur des manufacturiers comme Nova Bus, qui a trois usines en Amérique du Nord (deux au Québec et une aux États-Unis). En effet, plus les seuils de contenus locaux augmentent, plus il y a de pression pour faire affaire avec des fournisseurs installés aux États-Unis.

Pour sa part, Bombardier exploite déjà quatre usines au sud de la frontière pour se conformer au Buy America.

Impact modéré sur les grandes entreprises

Les entreprises canadiennes devront-elles de plus en plus s'implanter en Chine en raison du Made in China 2025 ? «C'est ce qu'on en comprend», affirme Benjamin Laplatte, vice-président affaires publiques et communication au Conseil du patronat du Québec (CPQ).

Chez les Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ), on estime toutefois que le Made in China 2025 aura un «impact modéré» sur les grandes entreprises, car elles sont pour la plupart déjà implantées en Chine.

«Ce sont surtout les petites et les moyennes entreprises exportatrices qui seront touchées», précise Véronique Proulx, vice-présidente affaires corporatives et stratégie chez les MEQ.

Cela dit, si la politique du Made in China 2025 chambardera la stratégie d'affaires de plusieurs exportateurs, elle créera aussi une foule d'occasions d'affaires pour les manufacturiers canadiens, insiste de son côté Ari Van Assche, spécialiste de la Chine à HEC Montréal. «Les entreprises chinoises ont besoin de composants complexes qui ne sont pas fabriqués en Chine. Il y a donc des occasions pour des entreprises qui font ce type de pièces-là», dit-il.

La Chine pourra-t-elle atteindre ses objectifs ?

Les cibles de contenu local de la Chine sont très ambitieuses. Le pays pourra-t-il atteindre ses objectifs ? Zhan Su, spécialiste de la Chine à l'Université Laval, le croit. «Il ne faut pas sous-estimer la détermination de la Chine et sa capacité à réaliser ses objectifs», dit-il.

Le Made in China 2025 s'inscrit dans une stratégie - au même titre que l'entrepreneuriat et l'innovation de masse - pour que l'économie chinoise puisse continuer de croître tout en évitant «le piège des pays à revenu intermédiaire». Ce sont des pays qui affichent une croissance économique faible en raison du coût du travail élevé, et ce, après avoir connu une croissance grâce à des coûts de production très bas. On trouve souvent ce type de pays en Amérique latine.

Depuis quelques années, l'industrie chinoise perd justement de sa compétitivité internationale, car les salaires en Chine augmentent plus rapidement que les gains de productivité.

Cette situation incite d'ailleurs de plus en plus d'investisseurs étrangers à déplacer graduellement leurs investissements en Chine vers des pays à plus faibles coûts de production, comme le Viêtnam ou le Cambodge.

Enfin, si la Chine réussit à atteindre ses objectifs de production locale et d'augmentation de la qualité des produits manufacturiers, l'industrie chinoise représentera une nouvelle concurrence pour les manufacturiers des pays développés comme le Canada

«Bien que le commerce entre le Canada et la Chine demeure aujourd'hui plutôt complémentaire, le programme Made in China 2025 représente incontestablement une menace concurrentielle pour les industries canadiennes qui veulent se développer davantage dans les secteurs de haute valeur ajoutée que la Chine vise également», affirme Zhan Su.

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