De Djibouti à Matagami via Concordia

Publié le 22/09/2009 à 12:01

De Djibouti à Matagami via Concordia

Publié le 22/09/2009 à 12:01

Par Pierre Picard

Il en aura fallu du temps et de la détermination à Issé Abdi pour faire sa place dans l'ingénierie québécoise.

Cet ingénieur de 36 ans, originaire de la république de Djibouti, en Afrique de l'Est, est aujourd'hui responsable de la surveillance des travaux de construction d'un pont enjambant la rivière Allard à Matagami, un projet de plus de 15 millions de dollars.

À l'emploi d'Aecom Tecsult depuis quelques jours, M. Abdi venait à peine d'arriver à Matagami au moment de l'entrevue. " Il y a beaucoup de forêts et d'eau ici. C'est vraiment magnifique ! " dit-il d'entrée de jeu.

Avant d'en arriver à ce poste de responsabilité, M. Abdi a trimé dur. Après avoir fait ses études d'ingénierie en France, il a immigré au Québec en février 2004. Il a dû alors entreprendre les démarches pour obtenir un permis d'exercice de l'Ordre des ingénieurs du Québec (OIQ).

" En arrivant ici, je voulais commencer à travailler immédiatement, se rappelle-t-il. J'ai passé une bonne dizaine d'entrevues... Tous les recruteurs m'ont dit que je devais être membre de l'Ordre et bilingue. " Pour devenir membre de l'OIQ, il devait notamment mettre à jour ses connaissances.

Faire d'une pierre deux coups

M. Abdi a donc décidé de faire d'une pierre deux coups : il s'est inscrit à la maîtrise en génie civil à l'Université Concordia, à Montréal. Retourner à l'école, en anglais de surcroît, c'est ce qu'il appelle aujourd'hui avec humour ses deux premiers défis en sol québécois.

Une fois ces études achevées, un troisième défi s'est aussi présenté sur sa route : l'adaptation à un nouveau rythme de travail.

" Ici, la productivité et la culture d'entreprise sont bien différentes de ce que j'avais connu à Djibouti, souligne-t-il. Il m'a fallu m'adapter rapidement à un rythme de travail et à un environnement bien différents. L'important, c'est qu'au fond, aucun de ces défis n'était insurmontable. "

Taux de chômage élevé

Les ingénieurs issus de l'immigration n'ont toutefois pas tous la chance de décrocher un emploi comme l'a fait Issé Abdi.

Selon les données de l'OIQ, 15 % des ingénieurs étrangers qui détiennent un permis d'exercice au Québec n'arrivent pas à trouver d'emploi dans leur domaine. Cela contraste avec la situation de plein emploi ou presque que connaît l'ensemble des ingénieurs. Le taux de chômage de ceux-ci est inférieur à 4 %.

Cet écart est dû au fait que bon nombre d'ingénieurs étrangers sont spécialisés dans des domaines moins recherchés au Québec. Actuellement, la demande bas son plein en génie civil, analyse Pierre Asselin, vice- président exécutif d'Aecom Tecsult. Bref, ceux qui ne détiennent pas une spécialité du génie en demande doivent chercher un travail plus longtemps.

Cela n'explique pas tout, croit pour sa part Étienne Couture, président du Réseau des ingénieurs du Québec.

" Certaines firmes de génie québécoises ont une certaine réticence à embaucher des ingénieurs étrangers. Notre devoir est de mettre en valeur l'importance de les recruter et de tout faire pour favoriser leur intégration ", estime-t-il.

Le Réseau des ingénieurs du Québec a d'ailleurs mis sur pied un comité de travail pour étudier cette question de plus près. Ses recommandations ne seront toutefois pas connues avant au moins six mois.

15 %

Proportion des ingénieurs étrangers qui détiennent un permis d'exercice au Québec mais qui n'arrivent pas à trouver d'emploi dans leur domaine. Source : Ordre des ingénieurs du Québec

À la une

Pour que votre succession profite de vos biens immobiliers

Édition du 22 Novembre 2023 | Charles Poulin

En matière d’immobilier, plusieurs règles fiscales entrent en jeu lors du décès ...

Daniel Langlois: la communauté d'affaires salue la disparition d'un «pionnier»

Mis à jour il y a 9 minutes | lesaffaires.com

Daniel Langlois et sa compagne auraient été retrouvés morts en Dominique.

Productivité des entreprises: Houston, nous avons un problème

01/12/2023 | François Normand

ANALYSE. Depuis 5 ans, la productivité de nos entreprises recule de 0,3% par année. Aux États-Unis, elle bondit de 1,7%.