L’industrie forestière dans le rouge

Publié le 11/07/2023 à 15:00

L’industrie forestière dans le rouge

Publié le 11/07/2023 à 15:00

Par Jade Trudelle

L’industrie doit naviguer dans cette crise climatique historique ayant touché 1 392 151 hectares. (Photo: Geneviève Poirier, SOPFEU)

Les feux de forêt qui sévissent au Québec depuis la fin du printemps minent la santé financière des entrepreneurs forestiers. Déjà fragile, l’industrie doit naviguer dans cette crise climatique historique qui a touché 1 392 151 hectares en date du 7 juillet, selon la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU).

Donald Fortin est propriétaire de l'entreprise Forestiers A.D. Fortin, qui a été forcée à fermer pendant quatre semaines en juin dernier. Au total, l’entrepreneur de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean estime avoir perdu 10% de son chiffre d’affaires. Une perte qui représente approximativement 400 000$ en raison de la fermeture de son entreprise.

«Il y a des frais fixes qu’on doit continuer à payer quand même, comme les paiements, les assurances, les licences. Le déficit est gros parce qu’il n’y a aucun revenu qui rentre pour compenser ça», déplore Donald Fortin.

Le propriétaire a aussi dû mettre à pied temporairement 13 de ses 18 employés pour tenter de ralentir l’hémorragie financière. 

Toutefois, les travailleurs sylvicoles ne sont pas tous éligibles à l’assurance-emploi en raison des mises à pied saisonnières habituelles et les 700 heures de travail obligatoire afin de pouvoir faire une demande.

Cette situation risque donc d’entraîner des répercussions à l’année financière 2024 des employés. Plusieurs ne pourront pas accumuler suffisamment d’heures lors de la saison écourtée de 2023 pour couvrir la durée des mises à pied de l’année suivante.

 

Mises à pied et pénurie de main-d’œuvre

Martin Bouchard, partenaire d’affaires à l'Association québécoise des entrepreneurs forestiers (AQEF), voit déjà les conséquences des mises à pied sur la pénurie de main-d’œuvre. Et il s’inquiète tout autant de la pénurie d’entrepreneurs forestiers.

«Il y a de jeunes entrepreneurs qui se lancent en affaires dans le domaine forestier et ils n’ont évidemment pas les reins aussi solides qu’une entreprise plus âgée. En plus, on voit qu’il y a moins de relève et on va en avoir besoin d'un certain nombre pour que nos forêts soient récoltées», souligne le partenaire de l’Association.

Chantier Chibougamau est un bon exemple d’une entreprise avec une meilleure résistance aux intempéries.

L’entreprise est un pilier dans le domaine de la foresterie en Amérique du Nord. Elle possède un des plus gros complexes de bois d’ingénierie situé à Chibougamau.

L’entreprise compte aujourd’hui 1500 employés. Ils sont répartis un peu partout au Québec, dont 600 à Chibougamau et 300 dans l’usine de pâte à papier à Lebel-sur-Quévillon.

Cette dernière a aussi des ennuis en raison des feux de forêt.

Frédéric Verreault, directeur exécutif à Les Chantiers de Chibougamau, ne peut encore dresser un portrait clair des dégâts.

Il estime toutefois «des impacts qui se chiffrent en millions de dollars pour chacune des usines même si les feux de forêt n’ont atteint aucune infrastructure de production».

Frédéric Verreault est conscient que les PME forestières n’ont pas la même robustesse qu’une grande entreprise comme la sienne.

«Nous avons encore des sources de revenus, car on a d’autres usines qui continuent de fabriquer des matériaux de construction pendant les feux de forêt», dit-il.

Les entrepreneurs membres de l'AQEF vivent une réalité différente du géant québécois de bois d’œuvre. C’est pourquoi ceux-ci réclament de l’aide gouvernementale afin de pouvoir aider l’industrie à se rétablir.

 

Ce que réclame l’industrie

Martin Bouchard nous fait part des demandes envoyées au gouvernement du Québec et au gouvernement fédéral par l’association.

Elles vont d’un assouplissement du régime d’assurance-emploi à des remboursements des frais fixes mensuels, voire de demander au ministère des Ressources naturelles et des Forêts du Québec de mettre en place immédiatement une procédure administrative accélérée pour récolter le bois brûlé.

Les Affaires a demandé une entrevue au ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie pour en connaître davantage sur les mesures annoncées le 5 juillet en conférence de presse. Dans un courriel, le Ministère indique que «le gouvernement du Québec a rapidement dégagé 50M$ pour soutenir les entreprises affectées. Nous continuons de suivre la situation de près et ajusterons les mesures au besoin».

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