Aluminium : les prix resteront bas


Édition du 08 Juillet 2017

Aluminium : les prix resteront bas


Édition du 08 Juillet 2017

Par François Normand

[Photo : 123RF]

Malgré la reprise des prix depuis le début de 2016, les cours de l'aluminium devraient demeurer bas dans les prochaines années, selon les prévisions des spécialistes de l'industrie. À la mi-avril, la banque d'affaires Credit Suisse a publié un rapport dans lequel elle anticipe une réduction du prix de l'aluminium dans les trois prochaines années. La banque prévoit un cours à 1 600 $US la tonne en 2020, avec un niveau qui devrait avoisiner les 1 650 $US en moyenne sur le long terme.

La tonne d'aluminium s'échange actuellement à environ 1 860 $US sur le London Metal Exchange (LME), et elle devrait s'établir en moyenne à 1 845 $US pour l'ensemble de 2017. Un niveau qui est beaucoup plus élevé qu'en 2016 (1 605 $US). «Cette hausse des prix est conjoncturelle», souligne Jean Simard, président et chef de la direction de l'Association de l'aluminium du Canada (AAC), qui représente Alcoa, Rio Tinto Aluminium et Aluminerie Alouette.

Réduction temporaire de la production en Chine

Cette augmentation des prix tient en grande partie de la réduction temporaire de l'offre d'aluminium dans le monde. De la fin de 2015 à l'automne 2016, la Chine a momentanément réduit de 3 à 4 millions de tonnes d'aluminium afin de réduire la pollution, explique les analystes du Credit Suisse. Et ils s'attendent à ce que la Chine réduise encore ses volumes d'aluminium de novembre 2017 à février 2018, avec cette fois une diminution anticipée de 1,3 million de tonnes.

Le marché a donc réagi à cette diminution de l'offre en faisant grimper les prix. Mais cette situation est temporaire. C'est pourquoi les analystes anticipent une baisse des cours à long terme.

C'est que les facteurs à l'origine du déclin des prix depuis leur sommet du 30 juin 2008 (3 075 $US) sont toujours là : surproduction de la Chine et niveau élevé des stocks d'aluminium dans le monde. À elle seule, la Chine produit 54 % de l'aluminium dans le monde. À titre de comparaison, le Canada n'en produit que 5 %. Et la production chinoise augmente sans cesse, même si son rythme de croissance a décéléré depuis trois ans. Cela fait en sorte qu'il y a une surproduction d'aluminium dans le monde.

Habituellement, les inventaires de métal blanc dans le monde représentent une réserve de huit semaines, c'est-à-dire la période durant laquelle la planète pourrait continuer de consommer de l'aluminium si toutes les alumineries cessaient leur production. Or, en 2016, cette réserve était de dix semaines, et BMO Marchés des capitaux prévoit qu'elle s'établira toujours à ce niveau en 2017.

Profits à la hausse

Malgré la faiblesse relative des prix, certains producteurs d'aluminium réussissent à générer des profits, dont le géant américain Alcoa. La banque d'affaires J.P. Morgan estime que les bénéfices d'Alcoa devraient augmenter en 2017 et 2018, tout comme ceux de Rio Tinto.

La faiblesse du dollar canadien par rapport à la devise américaine (il a perdu 23 % de sa valeur depuis cinq ans) permet de limiter l'impact de la faiblesse des prix de l'aluminium, puisque les cours sont en dollars américains.

Les tarifs d'électricité très compétitifs d'Hydro-Québec sont aussi un atout.

Mais ce n'est pas suffisant pour rester la tête hors de l'eau, insiste Jean Simard. «Il faut continuer d'améliorer la productivité et de réduire les coûts dans les alumineries.»

Malgré la conjoncture difficile, l'industrie canadienne continue à accroître légèrement la production d'aluminium. De 2013 à 2016, elle est passée de 2,8 à 3,2 Mt. Par contre, la production devrait se maintenir à 3,2 Mt, selon BMO Marchés des capitaux.

Cela dit, le Canada s'en tire bien par rapport aux États-Unis. Chez nos voisins, la production a fondu de près de 60 % entre 2013 à 2016 pour s'établir à 834 000 tonnes. Elle devrait toutefois remonter à 1 million de tonnes en 2020.

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