Tarification carbone: une lettre ouverte pour rectifier les faits

Publié le 26/03/2024 à 19:50

Tarification carbone: une lettre ouverte pour rectifier les faits

Publié le 26/03/2024 à 19:50

Par La Presse Canadienne

En fin d’après-midi mardi, 165 économistes, professeurs et directeurs de départements, provenant des principales universités du pays, avaient signé une lettre ouverte pour rectifier les faits sur «la tarification sur le carbone». (Photo: La Presse Canadienne)

En fin d’après-midi mardi, 165 économistes, professeurs et directeurs de départements, provenant des principales universités du pays, avaient signé une lettre ouverte pour rectifier les faits sur «la tarification sur le carbone», car actuellement, selon eux, le débat public sur le sujet «n’est pas sain» et n’est pas basé sur la réalité.

C’est un professeur émérite de l’Université Simon Fraser, Richard George Lipsey, qui a envoyé un courriel à ses collègues à travers le pays mardi pour leur demander de signer la lettre.

Dans le premier paragraphe de la lettre, celui qui est officier de l’Ordre du Canada résume ainsi les points clés de la démarche: «En tant qu’économistes, nous sommes préoccupés par les menaces importantes liées au changement climatique. Nous encourageons les gouvernements à recourir à des politiques économiquement sensées pour réduire les émissions à faible coût, répondre aux préoccupations des Canadiens en matière d’abordabilité, maintenir la compétitivité des entreprises et soutenir la transition du Canada vers une économie à faibles émissions de carbone. La politique canadienne de tarification du carbone fait tout cela», écrit le professeur Lipsey.

Selon le directeur du département d’économie de l’Université Laval, Stephen Gordon, «il est quasi unanime» chez les économistes que la tarification sur le carbone est le meilleur moyen de lutter contre les changements climatiques.

Mais le Parti conservateur du Canada voit les choses autrement. Par exemple, son chef Pierre Poilievre ne manque pas une occasion de tenter de convaincre l’électeur que cette mesure ne permet pas de réduire les GES, et qu’elle est la principale cause de l’inflation.

M. Poilievre demande que le gouvernement supprime purement et simplement la tarification sur le carbone.

À aucun moment dans la lettre, les économistes ne font référence à Pierre Poilievre, mais ils répondent aux allégations du chef du PCC.

Allégation: la tarification sur le carbone ne réduira pas les émissions de GES

«Non seulement la tarification sur le carbone réduit les émissions, mais elle le fait à un coût inférieur à celui des autres approches», selon les économistes qui indiquent que «c’est une question de gros bon sens», car «lorsque quelque chose coûte plus cher (dans ce cas, les combustibles fossiles), les gens en consomment moins, c’est une question d’économie fondamentale».

La tarification du carbone est l’approche la moins coûteuse, car elle permet aux personnes et aux entreprises la flexibilité de choisir la meilleure façon de réduire leur empreinte carbone, peut-on lire dans la lettre qui souligne également que d’autres méthodes, «telles que les réglementations directes ont tendance à être plus intrusives et rigides, et coûtent plus cher».

Allégation: la tarification du carbone fait grimper le coût de la vie et constitue une cause majeure de l’inflation

Selon les professeurs d’économie qui ont signé la lettre, la forte augmentation de l’inflation dans les dernières années a été causée principalement par la pandémie (chaînes d’approvisionnement perturbées, croissance rapide de la masse monétaire et demande refoulée) ainsi que la guerre en Ukraine.

«C’est pourquoi la plupart des pays avancés — qu’ils aient ou non un prix sur le carbone — ont connu une inflation très similaire», rappellent les signataires.

Ils soulignent également que «la plupart des familles reçoivent plus d’argent en remises qu’en tarification du carbone, en particulier celles à revenus faibles ou moyens».

Allégation: la tarification du carbone nuit à la compétitivité des entreprises canadiennes

Selon les dizaines d’économistes signataires de la lettre, le système canadien de tarification sur le carbone est conçu pour «aider les entreprises à réduire leurs émissions à faible coût, tout en étant compétitives dans la nouvelle économie mondiale à faibles émissions de carbone».

Pour les secteurs qui émettent le plus de GES, comme le pétrole, l’acier et le ciment, il existe un système de tarification sur le carbone «basé sur les résultats», ce qui signifie que «les entreprises les moins émettrices paient moins tandis que les entreprises les plus émettrices paient plus, ce qui incite fortement toutes les entreprises à réduire leurs émissions».

Les économistes soulignent que le système est conçu pour maintenir la compétitivité des industries en «veillant à ce que le prix du carbone n’entrave pas leur capacité à rester rentables et à générer des emplois au Canada tout en étant compétitives à l’échelle internationale».

Ils sont également d’avis que la tarification sur le carbone stimule l’innovation en encourageant la création et l’adoption de technologies à faibles émissions de CO2, ce qui aide les entreprises canadiennes «dans tous les secteurs à rester compétitives dans la transition mondiale vers une économie à faibles émissions de carbone».

Allégation: la tarification du carbone n’est pas nécessaire

Selon les signataires, «les critiques ont raison», le Canada pourrait atteindre ses objectifs de réduction de GES tout en abandonnant la tarification sur le carbone, mais «cela coûterait beaucoup plus cher».

Ils soulignent que les plus grands opposants à la tarification sur le carbone ne proposent pas de politiques alternatives pour réduire les GES.

«Le Canada doit relever de nombreux défis économiques. Dans un monde aux ressources rares, il semble imprudent d’abandonner la tarification du carbone, pour ensuite la remplacer par des méthodes plus coûteuses de réduction des émissions — ou, pire encore, ne prendre aucune mesure pour réduire les émissions», peut-on lire dans la lettre.

Les économistes concluent en écrivant que «la tarification du carbone est le moyen le moins coûteux de réduire les émissions, de stimuler l’innovation verte et de soutenir la transition du Canada vers un avenir économique propre et prospère».

Charles Séguin, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, a indiqué à La Presse Canadienne que «de toutes les politiques fédérales pour lutter contre les changements climatiques, la taxe carbone est à la fois la meilleure et la moins bien comprise et si on l’élimine, soit on n’arrivera pas à réduire nos émissions, soit ça va nous coûter beaucoup plus cher. Probablement les deux en même temps».

Le professeur Stephen Gordon a ajouté qu’il se sentait «découragé» par la désinformation qui circule sur la tarification carbone.

«Il y a beaucoup de choses qui se disent au sujet de la taxe carbone, ce n’est toujours pas bien compris au sein de la population, alors toute tentative d’expliquer pourquoi les économistes sont quasiment unanimes à l’appuyer, il faut le faire, parce que jusqu’à maintenant, il semble que nous perdons la bataille», a-t-il expliqué.

L’exemple des pluies acides

Le directeur du département d’économie de l’Université Laval a rappelé que c’est un système semblable à la tarification carbone qui a permis de réduire les émissions de dioxyde de soufre (SO2) et ainsi pratiquement réglé le problème des pluies acides.

Selon Environnement Canada, en 2020, les émissions de dioxyde de soufre au Canada et aux États-Unis avaient diminué de 78% et de 92%, respectivement par rapport aux niveaux d’émissions de 1990.

Appelé à réagir à la lettre des économistes, le Parti conservateur du Canada a redirigé La Presse Canadienne vers un communiqué dans lequel le PCC indique «qu’au lieu d’apporter le soulagement dont les Canadiens ont désespérément besoin, Justin Trudeau a décidé d’augmenter à nouveau la taxe carbone le 1er avril. Cela augmentera encore le coût de la vie au pire moment possible».

Le communiqué du PCC mentionne que «l’augmentation de la taxe de Justin Trudeau est contestée par 70% de la population et 70% des premiers ministres».

Stéphane Blais, La Presse Canadienne

 

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