La famille de Joyce Echaquan réclame près de 2,7M$ en dommages

Publié le 29/09/2022 à 12:07, mis à jour le 29/09/2022 à 16:32

La famille de Joyce Echaquan réclame près de 2,7M$ en dommages

Publié le 29/09/2022 à 12:07, mis à jour le 29/09/2022 à 16:32

Par La Presse Canadienne

Préparation pour la Grande marche pacifique en l'honneur de Joyce Echaquan en juin 2021 (Photo: Thérèse Ottawa / CC)

La famille de Joyce Echaquan réclame près de 2,7M$ en dommages
La famille de Joyce Echaquan réclame près de 2,7 millions de dollars (M$) en dommages intérêts et en dommages punitifs au CISSS de Lanaudière, à la docteure Jasmine Thanh et à l’infirmière Paule Rocray pour l’ensemble des gestes posés qui ont mené au décès de la mère de famille de 37 ans.
Joyce Echaquan est décédée le 28 septembre 2020 à l’hôpital de Joliette dans des circonstances troublantes où son état de santé a été mal évalué, alors que les préjugés entourant la clientèle autochtone avaient mené les professionnels de la santé à juger qu’elle était en sevrage de narcotiques. Une vidéo tournée par Mme Echaquan avait provoqué une onde de choc à travers le Québec et même au Canada, vidéo où l’on pouvait voir qu’une infirmière l’abreuvait d’insultes racistes alors que Mme Echaquan était souffrante.
Le fait de poursuivre le Centre intégré de santé et de services sociaux représente une anomalie, mais l’avocat de la famille, Me Patrick Marti−Ménard, fait valoir que le CISSS avait été avisé à l’issue des travaux de la commission Viens, des problèmes de racisme systémique à l’hôpital de Joliette.
Un rapport à ce sujet avait été remis au CISSS, mais celui−ci n’avait rien fait pour changer la situation au moment de l’hospitalisation de Mme Echaquan, selon les reproches contenus dans la poursuite, déposée jeudi matin.
Carol Dubé, le conjoint de Mme Echaquan, s’est exprimé avec émotion lors de la conférence de presse visant à donner les détails de la poursuite, disant chercher une forme de guérison pour lui et tous ceux qui ont été touchés par le décès de sa conjointe. Il a affirmé que les choses doivent changer pour que personne n’ait à vivre ce qu’avait subi Joyce et pour qu’elle ne soit pas morte en vain.
Carol Dubé et les chefs atikamekw Sipi Flamand et Constant Awashish ont dénoncé le refus du gouvernement Legault de reconnaître le racisme systémique, estimant que le décès de Joyce Echaquan le démontre pourtant clairement. M. Dubé a de nouveau dénoncé les propos de François Legault selon qui les problèmes ont été réglés à l’hôpital de Joliette, ce qui est inexact, selon lui.

Par Pierre Saint−Arnaud

La famille de Joyce Echaquan réclame près de 2,7 millions $ en dommages-intérêts et en dommages punitifs au CISSS de Lanaudière, à la docteure Jasmine Thanh et à l’infirmière Paule Rocray pour l’ensemble des gestes posés qui ont mené au décès de la mère de famille de 37 ans.

La famille de Joyce Echaquan réclame près de 2,7 millions de dollars (M$) en dommages-intérêts et en dommages punitifs au CISSS de Lanaudière, à la docteure Jasmine Thanh et à l’infirmière Paule Rocray pour l’ensemble des gestes posés qui ont mené au décès de la mère de famille de 37 ans.

La poursuite a été déposée jeudi en Cour supérieure au palais de justice de Joliette.

Joyce Echaquan est décédée le 28 septembre 2020 à l’hôpital de Joliette dans des circonstances troublantes où son état de santé a été mal évalué, alors que les préjugés entourant la clientèle autochtone avaient mené les professionnels de la santé à la traiter comme une toxicomane. Une vidéo tournée par Mme Echaquan avait provoqué une onde de choc à travers le Québec et même au Canada, vidéo où l’on pouvait voir qu’une infirmière l’abreuvait d’insultes racistes alors que Mme Echaquan était souffrante.

«La famille de Joyce a vécu un énorme préjudice suite au décès», a fait valoir l’avocat de la famille, Me Patrick Martin-Ménard, en conférence de presse en compagnie de membres de la famille et de chefs atikamekw, ajoutant que le racisme dont elle a été victime a «significativement aggravé le préjudice».

«Elle a consulté à plusieurs reprises dans les mois qui ont précédé son hospitalisation et à chaque fois, on ignorait ses plaintes, on la renvoyait chez elle de façon sommaire sans traiter la cause de sa douleur en lui donnant de la morphine», a raconté le juriste.

«Dès sa prise en charge, elle a été étiquetée comme étant narcomane, on n’a pas investigué l’ensemble de sa condition. On n’a pas, notamment, investigué sa condition cardiaque et c’est ce qui a mené à sa détérioration et à son décès», a tranché Me Martin-Ménard.

Le CISSS savait

Le fait de poursuivre le Centre intégré de santé et de services sociaux représente une anomalie, mais Me Martin-Ménard a rappelé que le CISSS avait été avisé à l’issue des travaux de la commission Viens, des problèmes de racisme systémique à l’hôpital de Joliette. La direction avait en fait reçu dès 2018 un rapport complet faisant état des nombreux témoignages de membres des communautés atikamekw sur la façon dont étaient traités les Autochtones à cet hôpital.

«Le CISSS de Lanaudière savait ou devait savoir qu’en ne faisant rien, la situation fondamentalement attentatoire aux droits fondamentaux des gens de la communauté de Manawan allait continuer, a avancé Me Martin-Ménard. Il n’y a rien qui justifie l’inaction du CISSS de Lanaudière. C’est la raison pour laquelle on réclame des dommages punitifs.»

Sur la question des dommages punitifs réclamés à Paule Rocray, Me Martin-Ménard n’a pas été tendre à l’endroit de l’infirmière: «Les dommages punitifs, ça vise à punir les auteurs d’un fait fautif ayant causé un préjudice.»

L’infirmière et la généraliste ciblées

«L’infirmière, Paule Rocray, a intentionnellement porté atteinte au droit à la dignité, au droit à l’égalité de Joyce de par son comportement raciste. Elle a également porté atteinte au droit au secours de Joyce dans le contexte où Joyce était en détresse après [une] chute. Il y avait un épisode cardiaque en installation. Elle a été laissée sous isolement, sous contention, attachée aux quatre membres et au torse, alors qu’il y avait un épisode cardiaque qui était en installation. C’est ce qui a assurément mené à son décès», a-t-il déclamé.

La poursuite est tout aussi sévère à l’endroit de la docteure Jasmine Thanh, lui reprochant d’avoir négligé de l’avoir évaluée correctement et d’avoir conclu «fautivement et négligemment que la problématique de Mme Echaquan était liée à un sevrage de morphine». Le document juridique poursuit en reprochant à la généraliste d’avoir «fautivement et négligemment omis de réévaluer la condition médicale de Mme Echaquan alors que sa symptomatologie s’aggravait et que la douleur intense qu’elle ressentait persistait et ce, malgré les appels du personnel infirmier lui rapportant cette condition».

«Pour ne pas qu’elle soit morte en vain»

Carol Dubé, le conjoint de Mme Echaquan, s’est exprimé avec émotion lors de la conférence de presse visant à donner les détails de la poursuite. Interrogé sur les raisons qui le poussaient à lancer la poursuite, il a dit être à la recherche de «la guérison, pas seulement pour moi, mais pour tous ceux qui ont été touchés par cet événement. Il faut que ça change aussi, pour que personne (ne vive) ce triste événement. Aussi pour la mémoire de ma femme, pour l’honorer, pour ne pas qu’elle soit morte en vain.»

Carol Dubé et les chefs atikamekw Sipi Flamand et Constant Awashish ont dénoncé le refus du gouvernement Legault de reconnaître le racisme systémique, estimant que le décès de Joyce Echaquan le démontre pourtant clairement. M. Dubé a de nouveau dénoncé les propos de François Legault selon qui les problèmes ont été réglés à l’hôpital de Joliette, ce qui est inexact, selon lui.

Legault pris à partie

«Vous avez tous entendu M. Legault dire, il y a deux semaines, que le problème est réglé à Joliette, a rappelé Me Martin-Ménard. Est-ce que le problème est vraiment réglé? Quand vous écoutez les gens de la communauté de Manawan, l’insécurité, les craintes, les enjeux au niveau de la communication, la qualité des soins demeurent bien présentes.

«Il y a un contexte tout à fait politique autour de la reconnaissance du racisme systémique. Il y a des gestes qui doivent être posés en lien avec la communauté de Manawan», a fait valoir le juriste.

Carol Dubé, de son côté, a cherché à mettre le premier ministre sortant au défi. «Legault refuse de reconnaître le racisme systémique. Je lui demande des preuves que le racisme systémique n’existe pas dans les institutions. Qu’il le prouve. La commission Viens a récolté des centaines de témoignages qui ne peuvent être ignorés. Avant ce drame, les choses qui auraient dû changer n’ont pas été changées. On attend encore», a-t-il laissé. tomber avec amertume.

Le principe de Joyce

Le chef de la communauté de Manawan, Sipi Flamand, a réitéré la demande au gouvernement Legault «d’adopter le principe de Joyce et de le mettre en application dans son administration», mais adopter ce principe, qui vise a assurer aux Autochtones un accès équitable et sans discrimination aux services de santé et sociaux, implique de reconnaître, justement.

Le grand chef de la nation atikamekw, Constant Awashish, a pour sa part évoqué l’avenir. «Moi, je veux pouvoir vieillir en sachant que nos enfants, nos petits-enfants puissent vivre pleinement leur identité, qu’ils puissent être confortables dans qui ils sont et qu’ils puissent recevoir des services publics tout en étant sécures, tout en étant bien dans leurs démarches, peu importe les services qu’ils vont chercher.»

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