Comment mettre de l'ordre dans vos finances

Publié le 22/10/2008 à 00:00

Comment mettre de l'ordre dans vos finances

Publié le 22/10/2008 à 00:00

Par Les Affaires

" L'épargnant ne peut pas agir sur la Bourse, mais il peut améliorer son sort en agissant sur ce qu'il contrôle ", souligne Adrian Mastracci, président de KCM Wealth Management.

Voici un tour d'horizon des meilleures pratiques à adopter.

Créez un fonds de prévoyance

Le Canada n'a pas connu de récession majeure depuis 1991. Dix-sept ans peuvent avoir fait oublier un sage conseil : mettre de côté de trois à six mois de salaire pour parer à la possibilité de perdre son emploi, rappelle Dan Hallett, président de Dan Hallett & Associates.

Les cadres peuvent patienter jusqu'à un an avant de trouver un nouvel emploi, selon les spécialistes en ressources humaines. Plus la rémunération est élevée, plus on doit mettre de l'argent de côté afin d'éviter d'avoir à réduire brusquement son train de vie.

Cette réserve de placements sûrs permet aussi de mieux dormir quand les marchés flanchent et contribue à préserver le capital, dit Sylvain De Champlain, président de De Champlain Services financiers.

Réglez vos dettes

Après s'être donné ce coussin financier, on devrait porter son regard sur ses dettes, car on part perdant avec des marges de crédit, des prêts à la consommation et des soldes de cartes de crédit impayés, dit Bruce Gill, gestionnaire chez Dorchester Gestion de placements.

Il est presque toujours plus avantageux de rembourser une dette que d'investir, car le taux d'intérêt d'un prêt est habituellement plus élevé que le rendement que procurent les placements, surtout ces jours-ci.

De plus, le consommateur doit garder en tête qu'il paie ses frais d'intérêt après avoir déjà été imposé sur son salaire. Or, il en coûte de 11,65 à 19,75 % d'intérêts sur les soldes impayés des cartes de crédit des banques, et jusqu'à 28,8 % pour celles des détaillants. Rien ne justifie de payer de tels taux d'intérêt.

Rééquilibrez votre portefeuille

Avec la chute des cours boursiers, il y a de bonnes chances que la répartition d'actifs de votre portefeuille ne corresponde plus à vos objectifs de placement et à votre tolérance au risque.

Si votre portefeuille était composé à parts égales d'actions et d'obligations et que vous avez peu modifié sa composition depuis un an, il est probable que vos actions comptent maintenant pour 35 à 40 % de votre portefeuille, et les obligations, pour environ 60 à 65 %.

" On devrait alors rééquilibrer le portefeuille en diminuant les obligations et en augmentant les actions ", dit Jean-Pierre Duguay, conseiller financier à la Financière Banque Nationale.

Il ne s'agit pas d'un geste facile à poser dans le contexte actuel, mais vous avez intérêt à le faire afin de profiter de la remontée éventuelle des cours. Vous pouvez cependant attendre que les marchés se stabilisent avant de procéder au rééquilibrage de votre portefeuille.

Repérez les titres solides

Les meilleures occasions de placement à long terme émergent souvent pendant les crises, répètent les gourous financiers.

Toutefois, l'ampleur de la crise du crédit - et le risque que celle-ci provoque un long marasme économique néfaste à la rentabilité des entreprises, milite pour une approche prudente, disent les conseillers. Il est donc préférable de doser ses achats et de se faire pointilleux dans le choix des titres et des fonds, suggèrent MM. Hallett et Mastracci.

Avant d'agir, un investisseur dont l'horizon de placement est de plus de cinq ans devrait dresser une liste de candidates de placement solides qu'il peut acheter graduellement.

Michel Marcoux, président d'Avantages Services financiers, suggère aussi d'échelonner ses achats de fonds communs sur 18 mois, en y consacrant un montant fixe tous les mois.

En pages 70 et 71, nous vous présentons 10 grandes entreprises nord-américaines de divers secteurs susceptibles de surmonter la crise du crédit et de connaître une forte croissance lors de l'éventuelle reprise.

Assurez vos dépôts

Plusieurs pays ont relevé le plafond de garantie des dépôts bancaires en cas de faillite d'une institution financière.

Les États-Unis ont fait passer le montant des dépôts assurables de 100 000 à 250 000 $ US, tandis que l'Irlande assure maintenant les dépôts à un montant illimité pendant deux ans.

Au Canada, par contre, le montant des dépôts garantis demeure fixé à 100 000 $ par personne et par institution financière. Ce plafond vaut autant pour les institutions ayant une charte québécoise (les Caisses populaires Desjardins) que pour celles régies par Ainsi, les sommes figurant dans les comptes d'épargne, les comptes chèques ainsi que les certificats de placement garanti (CPG) et autres dépôts à terme dont l'échéance est de cinq ans ou moins, sont protégés par l'assurance-dépôts. Les comptes en devises étrangères, eux, ne sont pas assurables.

Les dépôts dans un compte enregistré (REER et FERR) sont considérés comme une personne distincte. Ils sont donc protégés séparément de vos épargnes qui se trouvent dans des comptes ordinaires (hors REER et FERR). Les comptes conjoints sont également assurés séparément.

" Le plafond de 100 000 $ tient compte des dépôts détenus dans toutes les succursales d'une même banque ", indique le planificateur financier Gaétan Veillette. Si vos dépôts sont supérieurs à 100 000 $, vous pouvez contourner cette limite en répartissant vos épargnes dans plusieurs institutions financières.

Par ailleurs, les CPG à taux fixe de cinq ans dans lesquels on investit 100 000 $ ou moins représentent le placement le plus avantageux parmi ceux qui sont sans risque.

Actuellement, le plus généreux CPG de cinq ans qui n'exige aucun dépôt minimum est celui d'ING Direct : il procure un rendement annuel de 4,5 %.

Choisissez bien votre hypothèque

Il est plus compliqué que jamais de choisir entre l'hypothèque à taux fixe et l'option à taux variable.

Les prêteurs hypothécaires ont récemment réduit les rabais de taux, et certains ont même mis fin à la tendance historique d'établir le taux variable en fonction du taux préférentiel. Ils offrent un taux équivalant au taux préférentiel majoré de 1 %. En conséquence, l'écart entre les taux variable et fixe s'est rétréci.

" Respecter sa capacité de payer et comprendre le mécanisme du taux variable constituent la base du choix d'une hypothèque. Il faut éviter de prendre une décision précipitée ", dit Daniel Leboeuf, consultant en financement hypothécaire chez Multi-Prêts.

Tout dépend de sa tolérance au risque. Il serait téméraire de jouer au devin pour anticiper les fluctuations des taux d'intérêt.

En ce moment, une solution de compromis - un terme de deux ou trois ans - peut contribuer à réduire l'anxiété des propriétaires nerveux, selon Yvon Boucher, directeur de la succursale de BMO Banque de Montréal à Boucherville.

Aux acheteurs d'une première maison, il suggère de choisir un taux à plus long terme, car le budget de ces acquéreurs est habituellement plus serré.

Selon M. Boucher, l'emprunteur doit aussi tenir compte de ses projets personnels avant de faire son choix.

Il recommanderait un prêt hypothécaire à taux variable à une personne qui songe à changer d'emploi ou à déménager.

Planifiez vos pertes fiscales

La planification de ses pertes fiscales constitue un élément clé de toute stratégie de placement. " En 2008, cet exercice aura une importance bien spéciale compte tenu de l'état des marchés ", dit Gaétan Veillette, planificateur financier.

Cette revue annuelle constitue un moment privilégié pour revoir la composition du portefeuille et de se départir des titres dont les perspectives semblent peu convaincantes.

Cet exercice est également utile dans le cadre d'une planification financière à long terme. " Les pertes servent à réduire la facture fiscale de l'année. Les investisseurs oublient souvent qu'elles peuvent aussi être utiles pour se donner de la flexibilité pour les prochaines années ", mentionne M. Veillette.

Une perte fiscale peut être reportée indéfiniment aux années subséquentes. Il est utile de retarder la réalisation d'une perte si on prévoit empocher un gain substantiel au cours de l'année suivante, comme la vente d'un immeuble ou d'une partie de son portefeuille qui affiche un important gain potentiel.

Précisons que les investisseurs doivent effectuer la vente de leurs titres d'ici le 24 décembre pour qu'elle soit comptabilisée comme une perte fiscale pour l'année 2008.

Retraités, réévaluez vos sorties de fonds

Que faire si vous arrivez à la retraite et que vos épargnes ont fondu ? Le capital accumulé pourrait être insuffisant si les rendements boursiers demeurent faibles pendant plusieurs années.

Si vous craignez que vos épargnes soient insuffisantes, songez à réduire le montant que vous retirerez au cours des premières années de votre retraite.

En effet, plusieurs études démontrent que les sommes retirées les premières années de sa retraite sont les plus coûteuses, car elles ne peuvent pas être réinvesties les années suivantes, ce qui vous privera des gains d'une éventuelle reprise boursière.

Si vous devez vendre des titres pour combler vos besoins en liquidités, songez à emprunter de l'argent et à reporter la vente de vos actions si vous êtes convaincu qu'elles demeurent un bon placement, suggère Richard Dorval, conseiller stratégique, planification et solutions retraite, au Groupe financier Banque Nationale. Cette stratégie comporte toutefois des coûts et des risques.

Si vous avez mal planifié vos sorties d'argent et que vous avez négligé d'investir dans des obligations, il faut corriger le tir, car il y aura d'autres crises, prévient M. Dorval.

Texte par Dominique Beauchamp, Jean Gagnon, Yannick Clérouin et Daniel Renaud

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