Qui harcèle, le savez-vous?


Édition du 10 Avril 2024

Qui harcèle, le savez-vous?


Édition du 10 Avril 2024

La chercheuse ­Julia ­Shaw a cofondé ­Spot, un site qui permet aux employés de dénoncer les actes de discrimination et de harcèlement grâce à un sondage anonymisé. (Photo: 123RF)

EXPERTE INVITÉE. Savez-vous qui harcèle dans votre entreprise ? Cette question est un élément important auquel il faut s’attarder dans nos milieux de travail. Pourquoi tant de cas de harcèlement connus par plusieurs personnes passent-ils sous silence ? Le problème est sérieux, et le Service des ressources humaines — et parfois les gestionnaires — est le dernier informé. Si nous voulons diminuer les cas de harcèlement, nous devons voir le problème autrement. Il faut s’attarder à un groupe qui passe inaperçu et qui pourrait être un allié:les témoins.

 

Le cas typique

Lorsque je travaillais comme technicienne en ressources humaines, je voyais les signaux d’un climat nocif dans une division:démotivation, regards fuyants, hausse du taux de roulement et maladies professionnelles. Même si j’essayais d’investiguer, personne ne venait consulter l’équipe des ressources humaines. Pourtant, nous voulions agir. Cet exemple n’est pas un cas isolé. Un hic majeur existe:la plupart des victimes n’en parlent pas à leur employeur ni à leur gestionnaire.

 

L’outil que tout le monde devrait connaître

La chercheuse Julia Shaw, de la University College de Londres, s’est penchée sur le phénomène. Dans sa conférence TEDx à Londres, Shaw invite à signaler les cas de discrimination et de harcèlement à ceux qui peuvent agir, c’est-à-dire les professionnels en ressources humaines ou les gestionnaires. Pour ceux qui sont outillés, Shaw a cofondé Spot, un site qui combat le harcèlement et la discrimination au sein des entreprises en améliorant les moyens de signalement et la formation des salariés. Selon elle, utiliser un sondage anonymisé (https://talktospot.com/index) pour dénoncer les actes de discrimination et de harcèlement est fortement recommandé pour créer un milieu de travail sécuritaire. Cela vient aider les victimes et permet d’être informé des cas de harcèlement.

 

L’importance des témoins

Comme l’explique Julia Shaw, au début de Spot, 93 % des victimes signalaient la présence de témoins. Plusieurs études le confirment:la plupart des cas de harcèlement ou de discrimination se font devant témoins. Or, un problème existe. Comme les victimes, les témoins ne vont pas automatiquement signaler le cas de harcèlement ou de discrimination. Dans ses études, Shaw mentionne que sur 1000 personnes interrogées, les trois quarts affirmaient ne jamais avoir alerté la Division des ressources humaines ou un gestionnaire par crainte de conséquences.

Nous pourrions croire à tort que seules les victimes vivent des répercussions négatives du harcèlement ou de la discrimination. Les témoins rapportent aussi des conséquences négatives sur leur travail et sur leur santé: stress, songer à quitter l’organisation, etc. Pour agir, une entreprise doit les considérer dans ces mesures de prévention et de dénonciation.

 

Exemples d’action

Il m’apparaît important que les entreprises s’attardent aux témoins ainsi qu’aux victimes en leur donnant une voix. Elles doivent aussi offrir une démarche de dénonciation simple et sécuritaire. Sans oublier d’implanter des mesures pour soutenir les témoins et les victimes, former les gestionnaires sur les signaux d’un harcèlement, offrir plusieurs possibilités à ceux qui souhaitent déposer une plainte et éduquer les employés sur ce qui constitue ou non un harcèlement. À BonBoss, nous misons aussi sur la bonification des politiques de prévention de harcèlement, puis nous formons les gestionnaires sur l’importance des témoins. À l’heure actuelle, une phrase dans une politique traditionnelle au Québec est consacrée aux témoins. Voici un exemple type: «La personne qui est témoin d’une situation de harcèlement est aussi invitée à le signaler à l’une des personnes responsables mentionnées ci-dessus.»


Est-ce suffisant? Non.
Est-ce répandu ? Oui.
Est-il temps d’être plus outillé et éduqué sur le sujet? Oui.

Y a-t-il de plus en plus de solutions pour prévenir et réduire ces problèmes ? Assurément ! Sommes-nous sur la bonne voie ? Oui.

Qui harcèle ? Celui qui n’a pas sa place dans votre organisation.

À propos de ce blogue

Jenny Ouellette, Adm.A. est la présidente et cofondatrice de BonBoss, une entreprise spécialisée dans les innovations en management, en culture et en stratégies de recrutement. Diplômée de l’École des relations industrielles de l’Université de Montréal, elle développe diverses innovations pour aider les entreprises à «prospérer humainement». L’approche M.O.R.EMC ,le Culture Book© et le recrutement expérientielMC en sont des exemples. Jenny Ouellette cumule les distinctions depuis 2018: prix Nueva 2018 de Femmes Alpha et prix Leadership 2019 du Business Community 360. Depuis la fondation de sa seconde entreprise BonBoss, Jenny Ouellette agit comme conférencière et formatrice. Elle y partage les saines pratiques des gestions qui caractérisent ceux communément appelés: les bons boss. En 2019 et 2020, elle siège à la Table de dotation et gestion intégrée des talents de l’Ordre des conseillers en ressources humaines et en relations industrielles agréés du Québec. Elle est aussi membre du CA du Centre d’hébergement multiservice de Mirabel: un organisme qui a pour mission d’aider à soulager la pauvreté auprès des jeunes adultes en situation d’itinérance.

Jenny Ouellette
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