Le plaisir de contribuer

Publié le 07/09/2013 à 00:00, mis à jour le 05/09/2013 à 09:37

Le plaisir de contribuer

Publié le 07/09/2013 à 00:00, mis à jour le 05/09/2013 à 09:37

Quand Ève-Lyne Biron a célébré les 60 ans de l'entreprise fondée par son père en 1952, elle s'est sentie heureuse. Avoir maintenu une culture familiale dans ce qui est devenu une grande entreprise de 675 employés, avoir bâti un environnement de travail qui a valu à Biron Groupe Santé d'être désigné employeur de choix, voilà ses plus grandes réalisations, selon elle.

«Pour moi, le sentiment d'accomplissement ne passe pas par la réussite en tant que telle, mais par le sentiment de rendre les gens heureux et d'accomplir quelque chose d'important dans la société. Le plaisir passe beaucoup par là», affirme la présidente et chef de la direction de Biron Groupe Santé, chef de file des services diagnostics et traitements médicaux.

Mme Biron parle d'une voix posée, qui reflète la confiance et la détermination, une sorte de paix intérieure.

Pour elle, qui se destinait à une carrière d'athlète, trouver son plaisir dans une voie tracée par son père a pris du temps. Le biochimiste Denis Biron avait toujours prévu que ses trois filles (Ève-Lyne, Geneviève et Caroline) prendraient la relève. Mais l'aînée, Ève-Lyne, une golfeuse de haut niveau qui a fait partie de l'équipe canadienne de 1989 à 1992, ne s'intéressait guère aux sciences. Elle a songé à étudier en administration, puis a finalement choisi le marketing, pour découvrir que la vente lui déplaisait, mais que la gestion l'attirait.

«Contrairement à d'autres qui ont choisi leur voie en fonction de ce qui les motivait, j'ai fini par prendre celle-là en éliminant ce qui me tentait le moins. Tranquillement, j'ai trouvé ma voie. Ce qui m'intéressait était de bâtir», dit celle qui a dirigé le service des ventes et marketing de 1989 à 1995, année où elle a remplacé son père à la direction de l'entreprise.

Maintenir une croissance constante

Ça tombait bien ce désir de bâtir : Biron était encore une PME, et le terrain de la croissance était presque vierge.

«Au début, je me voyais comme une gestionnaire. Maintenant, je me rends compte que ça nécessite un esprit entrepreneurial très actif pour faire croître une entreprise, quels que soient sa taille, son degré de maturité et son âge. Parce que l'entreprise, donc les gens qui y travaillent, doit constamment innover, se réinventer. C'est un défi de faire travailler tout ce monde ensemble», dit la femme de 48 ans.

Sous sa gouverne, le chiffre d'affaires du groupe est passé de 5 à 50 millions de dollars et l'effectif, de 120 à 675 employés. De nouvelles divisions en imagerie médicale (Imagix) et en soins du sommeil ont vu le jour.

La croissance ayant atteint de 10 à 20 % par année, l'entrepreneure n'a jamais connu le déclin. D'ailleurs, c'est dans l'atteinte d'objectifs élevés qu'elle trouve sa motivation. «C'est sûr qu'il est plus difficile de maintenir la croissance, mais je vais trouver le moyen d'y arriver», dit-elle.

L'intuition, un complément essentiel

La femme d'affaires cultive le plaisir d'apprendre à se fier à son intuition. Pour entreprendre, il faut prendre des risques. Il y a une part de rigueur, qui consiste à évaluer les risques, à analyser le marché et à vérifier le parcours des partenaires. Mais dans cette évaluation, l'intuition est un complément essentiel.

«C'est un défi personnel qui ajoute au plaisir des affaires. Se dire qu'on va se fier à ce que l'on ressent. C'est de l'intangible qui rend le travail intéressant. C'est un peu comme de l'art. C'est l'art de ce travail de découvrir ce qui est en dehors des normes, qui ne vient pas de ce qu'on t'apprend à l'école et qui, à la fin, fait la différence entre toi et les autres.»

Il y a quelques années, la chef d'entreprise a traversé une période difficile sur le plan personnel. Elle a dû afficher un visage de marbre pour ne pas démotiver tout le monde, mais elle a pu compter sur le soutien précieux de son équipe proche.

«J'ai toujours pensé que mon équipe est davantage en mesure de m'aider quand elle est au courant de ce qui ne va pas. Tu ne veux pas faire perdre la motivation, mais il y a des moments où tu ne peux pas tellement faire semblant. Tu n'arrives pas en pleurant, mais il y a des forums où tu peux dire : ça ne va pas, j'ai besoin de vous», dit-elle.

Plus qu'un simple boulot

Prendre soin de soi fait partie du nécessaire équilibre que doit trouver l'entrepreneur entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle. Sans l'atteinte de cet objectif, le plaisir peut s'effriter très vite.

En plus de diriger une grande entreprise, Ève-Lyne Biron s'est investie dans diverses causes sociales, éducatives et administratives. Entrepreneure-entraîneure à l'École d'entrepreneurship de Beauce, elle siège aussi à des conseils d'administration (Orchestre symphonique de Longueuil et Épiderma). Tout ça en étant mère de trois enfants, aujourd'hui adolescents.

«On peut déléguer. Mon père m'a montré ça. Le golf étant important pour lui, il en avait besoin pour trouver son équilibre. Pour pouvoir pratiquer son sport, il avait besoin d'être bien entouré dans l'entreprise. J'ai fait la même chose.»

N'empêche, déléguer n'est qu'une partie de l'équation. Chasser la culpabilité a été plus difficile. Surtout pour une mère. «J'ai réussi à travers tout ça à montrer à mes enfants que ce travail n'était pas qu'un boulot, mais bien une partie importante de ma vie», dit celle qui donne de la flexibilité à ses horaires afin de passer suffisamment de temps avec sa famille.

Apprendre à dire non a aussi été un pas de plus vers l'équilibre et le bonheur.

«Quand l'entreprise est sollicitée, on établit des critères : qu'est-ce que ça va nous apporter sur le plan de la visibilité ? Quels sont les bénéfices pour l'organisation de participer à tel événement ? C'est drôle, mais on ne se pose pas cette question pour soi-même. Mais maintenant, quand je suis sollicitée pour être présidente d'honneur de ceci ou de cela, je pense à moi. Si je dis oui à tout le monde, je suis la seule qui paie le prix à la fin.»

Quand elle dit oui, Ève-Lyne Biron se donne à fond. Elle trouve son bonheur dans des causes qui lui tiennent à coeur, et plus particulièrement dans la transmission de son expérience, par des conférences ou du mentorat.

«C'est devenu une facette très importante de redonner ce que la vie m'a permis d'apprendre. Quand j'ai fait mon MBA à HEC Montréal, j'ai vu des gens d'affaires donner des conférences et jamais je ne pouvais m'imaginer qu'à un moment je serais à leur place. Que c'est gratifiant de donner, pendant une heure de cours, des conseils qui peuvent avoir un effet marquant !»

Avant les résultats, le plaisir du processus

Vieillir comporte aussi des avantages. Mme Biron a appris avec le temps qu'il faut célébrer ses réalisations, mais que le plaisir n'est pas juste dans l'atteinte de résultats.

«Les jeunes sont impatients. Si on n'a pas de résultats, ça ne marche plus. En vieillissant, on s'aperçoit que c'est dans le processus qu'on trouve du plaisir, plus que dans le résultat. Et c'est pareil au golf !» dit celle qui joue encore 50 parties par été.

BIRON GROUPE SANTÉ

125

Le groupe compte 125 points de service au Québec et quatre divisions (Laboratoire médical, Soins du sommeil, Santé en entreprise et Imagix).

50 M$

Sous la gouverne d'Ève-Lyne Biron, le chiffre d'affaires est passé de 5 à 50 millions de dollars depuis 1995.

675

L'effectif de l'entreprise de Brossard est passé quant à lui de 120 à 675 employés.

Série 7 de 10

Le plaisir d'entreprendre

Avec cette série de 10 entrevues que nous publierons jusqu'en décembre, nous souhaitons inspirer des vocations. Comment naît le plaisir de prendre des risques ? Où le trouve-t-on dans le quotidien de l'entreprise ? Comment le garder vivant malgré les embûches ? Comment arrive-t-on à le transmettre ? Est-il obligatoire pour connaître la réussite ?

valerie.lesage@tc.tc

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