Une prudence saluée, des enjeux oubliés

Publié le 07/11/2023 à 14:08

Une prudence saluée, des enjeux oubliés

Publié le 07/11/2023 à 14:08

Par Dominique Talbot

Selon le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, «les six prochains mois seront difficiles». (Photo: La Presse Canadienne)

Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, l’a répété à plusieurs reprises au cours de sa mise à jour budgétaire de mardi matin, «les six prochains mois seront difficiles». Mais contrairement à l’année dernière, c’est notamment par des aides indirectes que le ministre aidera les Québécoises et les Québécois à traverser cette période. Et bien que cette «prudence» soit saluée par les principales organisations économiques de la province, ces dernières dénoncent néanmoins plusieurs «oublis». 

À l’unisson, le Conseil du patronat du Québec (CPQ), l’Institut économique de Montréal (IEDM), la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) ont souligné le désir du gouvernement de garder le cap vers l’équilibre budgétaire en 2027-2028 malgré le contexte économique fragile.

Rappelons que Québec anticipe une croissance économique de 0,6% en 2023, tel que prévu lors du dernier budget, mais que celle de 2024 a été revue de 1,4% à 0,7%.

«En maintenant le cap pour un retour à l’équilibre en cinq ans, le ministre Girard résiste à la tentation d’endetter davantage les générations futures», a d’ailleurs commenté Gabriel Giguère, analyste en politiques publiques à l’IEDM.

Par contre, dit le président du CPQ, Karl Blackburn, même si les 1,8 milliard de dollars annoncés pour la construction de 8000 logements abordables sont «un pas dans la bonne direction pour réduire la pression [sur la crise du logement]», il en faudra plus. «Ce mini-budget offre une réponse partielle à de nombreux enjeux», exprime-t-il.

«On constate que Québec a voulu apporter une réponse immédiate aux défis pressants, mais que ceux-ci demanderont des mesures plus structurantes pour la suite des choses», énonce Karl Blackburn. Ce dernier ajoute que «la pénurie de main-d’œuvre qui touche le secteur de la construction pourrait limiter l’impact des mesures annoncées», tout en rappelant «l’importance d’un véritable plan d’action pour inverser la tendance actuelle.»

«Le gouvernement fait le bon constat et établit de bonnes priorités, mais certains angles morts doivent être soulignés», dit de son côté Charles Milliard, président-directeur général de la FCCQ.

«L’adaptation aux changements climatiques nécessite effectivement des investissements dans les communautés, mais il sera important que les nouvelles sommes annoncées n’aillent pas seulement dans les infrastructures municipales. Le développement des compétences vertes de la main-d’œuvre et les projets de décarbonation des entreprises font aussi partie de la solution», affirme-t-il.

Et même s’il se «réjouit» que le crédit d’impôt à l’investissement et à l’innovation soit renouvelé jusqu’à la fin de 2029, «les taux bonifiés, eux, ne sont pas reconduits, ce qui constitue une déception, compte tenu des besoins financiers importants des entreprises», dit Charles Milliard.

«Il faudra cependant analyser d’ici le prochain budget si d’autres mesures peuvent être déployées pour assurer la compétitivité des entreprises», ajoute de son côté Steeve Lavoie, président et chef de la direction de la Chambre de commerce et d’industrie de Québec.

François Vincent, vice-président pour le Québec à la FCEI, se dit également heureux de la reconduction de ce crédit d’impôt qui représente un investissement de 1,3 G$ pour les cinq prochaines années et qui aidera environ 10 000 entreprises à réaliser des investissements, selon des données du ministère de l’Économie.

Ce dernier apporte cependant un bémol, lui qui aurait aimé entendre l’annonce d’assouplissements fiscaux pour les PME.

«Nous soulignons les investissements visant les entreprises, notamment en formation pour le secteur de la construction et ceux pour encourager les investissements en innovation. Mais nous restons inquiets concernant la santé des PME. Rappelons qu’elles doivent affronter simultanément de nombreux défis, comme l’augmentation des coûts, l’augmentation des taux d’intérêt, les pénuries de main-d’œuvre et l’endettement postpandémique. Et ce, avec la fiscalité pour petites entreprises la plus désavantageuse du pays. […] Si on veut une économie forte et résiliente, on a besoin des petites entreprises et il faut des mesures plus musclées à leur égard.»

De son côté, la présidente et directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, Véronique Proulx, dit déplorer «le manque de consultation de la part du gouvernement du Québec dans sa volonté de ne pas reconduire le programme d’aide financière en investissement qui accorde un rabais sur les tarifs d’électricité pour les entreprises manufacturières qui ont d’importants investissements visant à augmenter leur productivité et la décarbonation de leurs opérations.»

«Les manufacturiers n’improvisent pas lorsque vient le temps de prendre d’importantes décisions d’investissement, exprime-t-elle. Ils ont besoin de prévisibilité, et donc de comprendre clairement comment le gouvernement va les appuyer afin de prendre les décisions qui s’imposent.»

 

 

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