Le gouvernement Trudeau impose un plafond pour les étudiants internationaux

Publié le 22/01/2024 à 09:51, mis à jour le 22/01/2024 à 17:53

Le gouvernement Trudeau impose un plafond pour les étudiants internationaux

Publié le 22/01/2024 à 09:51, mis à jour le 22/01/2024 à 17:53

Par La Presse Canadienne

Le ministre fédéral de l'Immigration, Marc Miller, a indiqué que le gouvernement interdirait également aux étudiants des écoles suivant un modèle public privé d'accéder à un permis de travail postdiplôme à compter du 1er septembre. (Photo: La Presse Canadienne/Spencer Colby)

Le nombre de nouveaux visas pour les étudiants étrangers sera réduit de plus du tiers cette année, alors que le gouvernement fédéral tente de ralentir une augmentation rapide du nombre de résidents temporaires, qui exerce une immense pression sur le logement au Canada.

Le ministre fédéral de l’Immigration, Marc Miller, a annoncé lundi matin l’imposition d’un plafond de deux ans pour les admissions d’étudiants étrangers.

Le nombre de nouveaux visas délivrés cette année sera plafonné à 364 000, soit une baisse de 35% par rapport aux près de 560 000 délivrés l’année dernière. Le chiffre pour 2025 sera fixé après une évaluation de la situation plus tard cette année, a indiqué le ministre Miller.

«Dans un esprit d’équité, nous attribuons également l’espace plafond par province en fonction de la population, de sorte que certaines provinces connaîtront des réductions beaucoup plus importantes», a précisé le ministre de l’Immigration. L’Ontario, qui représente une part plus importante de la croissance du nombre d’étudiants étrangers au Canada, verra son quota de nouveaux visas réduit de moitié.

Le plafond s’appliquera uniquement aux étudiants de premier cycle de niveau postsecondaire, et non à ceux qui demandent un visa pour des programmes de maîtrise ou de doctorat, ou encore aux élèves du primaire et du secondaire.

Le ministre Miller espère que ces plafonds donneront aux gouvernements fédéral et provinciaux le temps de freiner un système qui, selon lui, profite des droits de scolarité élevés imposés aux étudiants étrangers tout en offrant, dans certains cas, un enseignement médiocre.

Le ministre a fait cette annonce lundi matin juste avant le début d’une retraite de trois jours du cabinet libéral à Montréal. L’abordabilité et le logement sont les principaux sujets à l’ordre du jour de cette «retraite présessionnelle», avec une attention croissante sur le rôle record que l’immigration a joué dans ces deux domaines.

«C’est un peu le bordel, a déclaré le ministre Miller à propos du système de visa étudiant actuel. Il est temps de le maîtriser.»

Ottawa «rate la cible»

La ministre québécoise de l’Immigration, Christine Fréchette, a estimé qu’«encore une fois, le gouvernement fédéral rate la cible» et que l’annonce du ministre Miller n’aura «qu’un effet limité» sur la situation au Québec.

«L’urgence pour Ottawa, c’est d’agir rapidement sur le dossier des demandeurs d’asile», a-t-elle écrit sur le réseau social X. Selon elle, Ottawa «doit mieux répartir l’accueil de ces personnes à travers l’ensemble des provinces et rembourser le Québec pour les dépenses encourues au cours des dernières années».

Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, a affirmé lundi qu’il fallait «limiter le nombre d’étudiants étrangers parce qu’on n’a pas la capacité d’accueil» et parce que «le système est en chaos total» de l’aveu même des libéraux, selon lui.

«Le ministre actuel dit que le système est hors de contrôle», a indiqué M. Poilievre lundi matin lors d’un point de presse à West Vancouver. «Ça n’a jamais été le cas avant Justin Trudeau: c’est lui qui a décidé de massivement augmenter les chiffres.

«Avant Justin Trudeau, il y a eu un consensus de gros bon sens parmi tous les politiciens municipaux, provinciaux, fédéraux, libéraux, conservateurs. On était tous d’accord que le système était le meilleur au monde avant lui. Mais maintenant, selon les mots de son ministre de l’Immigration, il y a le chaos total dans le système.»

Au Bloc québécois, le porte-parole en matière d’immigration, Alexis Brunelle-Duceppe, a déploré le fait que les libéraux, «encore une fois, agissent sans avoir consulté le Québec et les provinces, comme une motion unanime du Parlement les y enjoint pourtant».

«La seule certitude que nous ayons est que le changement annoncé concernant les permis de travail ouverts pour les conjoints d’étudiants internationaux va frapper de plein fouet nos institutions post-secondaires dans les régions», soutient le député de Lac-Saint-Jean dans une déclaration écrite.

Trois fois plus qu’il y a 10 ans

Plus de 900 000 étudiants étrangers avaient un visa pour étudier au Canada l’année dernière, bien que les visas soient délivrés pour trois ans à la fois, de sorte qu’ils n’ont pas tous été nouvellement admis au Canada en 2023. Le nombre total d’étudiants étrangers est trois fois plus élevé qu’il y a dix ans.

Le gouvernement fédéral délivre les visas, mais ce sont les provinces qui autorisent les établissements d’enseignement à admettre les étudiants étrangers. Chaque province a ses propres critères pour décider quels établissements peuvent être désignés.

M. Miller a déjà eu des mots très durs à l’égard de ce qu’il appelle des «établissements sans scrupules» qui seraient créés dans le seul but de profiter des droits de scolarité élevés payés par les étudiants étrangers sans offrir en retour une éducation solide.

Dans certains cas, ces «établissements d’enseignement» constitueraient un moyen d’entrer au Canada pour ces étudiants, qui peuvent ensuite transformer leur visa étudiant en résidence permanente.

«Ce n’est pas l’intention de ce programme (de visas étudiants) d’avoir de faux diplômes en commerce ou en administration qui sont offerts en haut d’un salon de massage, qui n’est même pas fréquenté physiquement, et (qui attirent des étudiants qui) viennent ensuite dans la province et conduisent un Uber», a déclaré M. Miller. «Si vous avez besoin d’un canal dédié aux chauffeurs Uber au Canada, je peux le mettre sur pied, mais ce n’est pas l’intention du programme de visas pour étudiants étrangers», a-t-il ajouté.

M. Miller avait prévenu les provinces à l’automne qu’il s’attendait à ce qu’elles prennent des mesures pour empêcher les dirigeants d’établissements qui ne respectent pas l’éthique de profiter du programme de visa, sinon il imposerait des plafonds qui pourraient ne pas leur plaire.

Il a déclaré lundi que certaines provinces avaient commencé à prendre des mesures, mais que dans la plupart des cas, cela n’avait pas été assez rapide. Il a déclaré que le gouvernement fédéral travaillerait avec les provinces.

Le gel des frais de scolarité et les réductions provinciales du financement des universités et des collèges ont poussé de nombreux établissements d’enseignement à dépendre fortement des droits de scolarité des étudiants étrangers, plus élevés, et à en recruter davantage pour maintenir leur équilibre budgétaire. En 2022, 70% de tous les droits de scolarité payés aux établissements de l’Ontario provenaient d’étudiants étrangers.

Le ministre Miller a aussi déclaré lundi qu’Ottawa interdirait aux étudiants des établissements qui suivent un modèle privé-public d’accéder à des permis de travail de troisième cycle à compter du 1er septembre.

Et dans quelques semaines, les permis de travail ouverts ne seront disponibles que pour les conjoints des étudiants inscrits à des programmes de maîtrise et de doctorat, ainsi qu’à des programmes professionnels comme la médecine et le droit.

Mia Rabson, La Presse Canadienne

 

 

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