Entrevue n°123: Edward Conard, auteur, financier et ex-collègue du candidat à l'élection présidentielle américaine, Mitt Romey

Publié le 15/09/2012 à 00:00

Entrevue n°123: Edward Conard, auteur, financier et ex-collègue du candidat à l'élection présidentielle américaine, Mitt Romey

Publié le 15/09/2012 à 00:00

Par Diane Bérard

Edward Conard, auteur, financier et ex-collègue du candidat à l'élection présidentielle américaine, Mitt Romey

Edward Conard a travaillé aux côtés de Mitt Romney chez Bain Capital. Né dans une famille modeste de Detroit et doué pour les affaires, il s'en tire aujourd'hui « avec plus d'argent que je ne pourrai jamais en dépenser ». À 55 ans, M. Conard vient de publier Unintended consequences : why everything you've been told about the economy is wrong. M. Conard vise une société collectivement plus riche plutôt que plus égalitaire.

DIANE BÉRARD - À quoi le titre de votre ouvrage, Unintended consequences, fait-il référence ?

EDWARD CONARD - Mon livre traite des dommages collatéraux que l'on cause lorsqu'on s'attaque à un problème mal défini. Il se dit beaucoup de faussetés à propos de l'économie. Nous voulons tous que la crise financière se termine. Nous voulons tous retrouver le niveau de prospérité de 2007. Mais il faut nous montrer prudents. Si nous cernons mal les causes, nous choisirons les mauvaises solutions. Ce qui mettra en péril les sources même de notre succès. Et nous obtiendrons le contraire de ce que nous souhaitons.

D.B. - On a beaucoup attaqué votre livre, particulièrement votre position sur la croissance des inégalités. Quelle est-elle ?

E.C. - Plusieurs estiment que la croissance des inégalités est une mauvaise chose et qu'il faut y mettre un frein. J'estime que toute intervention pour réduire les inégalités causera davantage de dommages et minera les espoirs de reprise. La croissance des inégalités est une conséquence naturelle de la nouvelle structure de l'économie américaine et de la nature des occasions d'affaires. S'y attaquer mettra en péril notre position dans le peloton de tête. Notre productivité est meilleure que celle de l'Europe. Nos heures travaillées ont augmenté de 12% et notre revenu médian, de 30%. En 1950, 25% des emplois créés se situaient parmi les hauts salariés. Aujourd'hui, c'est 50%.

D.B. - Pourquoi la croissance économique est-elle liée à la croissance des inégalités ?

E.C. - D'abord, parce qu'on a hissé la barre du succès. Il n'est plus associé aux avocats ni aux médecins. On récompense désormais ceux qui prennent des risques. Ceux qui contribuent à la croissance de l'économie. Et les récompenses vont en croissant. Ensuite, parce que la structure du marché de l'emploi a changé. Les nouvelles entreprises comme Google et Facebook se distinguent par le niveau élevé de formation qu'elles offrent à leurs employés. Cela les rend encore plus compétents et augmente leurs possibilités de gains. La réussite appelle la réussite. Enfin, les réussites des dernières années ont placé beaucoup d'argent dans les mains d'un petit groupe de gens prêts à prendre des risques pour augmenter leur mise. Si vous voulez réduire les inégalités en diminuant la taille des récompenses associées à la prise de risque, vous ralentirez la croissance.

D.B. - Pourquoi ne faut-il pas taxer davantage les riches ?

E.C. - Parce que cela nuirait à notre productivité. Celle-ci repose surlesinvestissements par travailleur, sur l'éducation par travailleur et sur l'innovation. Depuis les années 1990, notre productivité croît de 2% par année et près de 1,5% est attribuable à l'innovation. Or, l'innovation est liée à la prise de risque. Et la prise de risque dépend de l'équité. Si vous taxez les riches, ils accumuleront moins d'équité et la prise de risque ralentira.

D.B. - L'économie peut-elle retrouver le niveau de 2007 ?

E.C. - Je ne sais pas. Nous n'avons pas trouvé comment ramener l'argent frileux -celui qui craint le risque -dans le système. Avant, cet argent aurait été recyclé dans l'immobilier, mais ce n'est plus possible. Pour l'instant, il n'existe aucune autre option. Ces sommes demeurent improductives.

D.B. - Pour sortir de la crise, vous militez pour la « planification des diplômes ». Expliquez-nous.

E.C. - Tous les gens talentueux devraient étudier dans des facultés qui décernent des diplômes dans des spécialités qui créent des emplois. Je me suis déjà fait lancer des pierres pour avoir dit que ce ne sont pas les diplômés en histoire de l'art qui vont nous sortir du trou...

D.B. - Quel est le problème de l'économie américaine ?

E.C. - Sur cette question, je partage l'opinion de mon plus grand détracteur, l'économiste Joseph Stiglitz. Le plus grand frein à l'économie est la quantité d'équité présente dans un système. C'est vrai pour toutes les économies.

D.B. - Vous tenez aussi la Chine responsable des déboires de l'économie américaine. Pourquoi ?

E.C. - Nous faisons tourner l'économie chinoise en achetant ses biens, alors que les Chinois se contentent d'acheter notre dette. Cette relation inégale doit cesser. Notre économie fait les frais de l'aversion au risque des investisseurs chinois. Notre taux de chômage stagne. Si la Chine veut une relation à long terme avec les États-Unis, les Chinois doivent acheter nos biens et investir dans nos entreprises. Une intervention du gouvernement s'impose.

D.B. - Vous avez fait carrière dans le monde des affaires, mais cet univers vous ennuie...

E.C. - J'ai étudié en affaires parce que j'y excelle et parce que je voulais faire de l'argent. Mais c'est un univers ennuyeux. Seule l'élaboration de la stratégie, qui constitue une petite partie du travail, est digne d'intérêt. L'implantation est fastidieuse et souvent douloureuse. Je suis allé en affaires pour contribuer à la communauté, et je crois que tous ceux qui ont ce talent ont le devoir de faire de même.

D.B. - Qu'est-ce qui vous intéresse ?

E.C. - La philosophie. L'économie aussi. En fait, je préfère la théorie à la pratique.

D.B. - Les gens d'affaires n'aiment pas être sur la sellette. Pourquoi avez-vous publié un livre qui vous place au coeur d'une tempête médiatique ?

E.C. - Je paie mes dettes ! À 25 ans, j'ai scellé un pacte avec le diable. Je lui ai demandé de me rendre riche. Il a accepté à condition que j'en assume les responsabilités. Ce livre est ma façon d'assumer mes responsabilités. La communauté m'a beaucoup donné, je le lui rends en contribuant au dialogue sur la crise. Et je suis prêt à encaisser les coups que les médias me donnent.

D.B. - Vous êtes l'un des principaux souscripteurs à la campagne de Mitt Romney. Un gouvernement républicain ferait-il mieux que les démocrates pour sortir les États-Unis de la crise ?

E.C. - L'économie américaine connaît des problèmes structurels qui ne se résolvent pas facilement. Mais il faut tout de même contrôler les dépenses en général et celles de la santé en particulier. Je crois que les républicains y arriveront mieux.

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