Ce budget écrit à l'encre rouge foncé ne fera pas que des heureux

Publié le 16/04/2024 à 17:29

Ce budget écrit à l'encre rouge foncé ne fera pas que des heureux

Publié le 16/04/2024 à 17:29

Par Sandra Aubé

«Jusqu’à preuve du contraire, on se retrouvera pour la mise à jour économique d’automne à Ottawa.» (Photo: La Presse Canadienne)

EXPERTE INVITÉE. Sans surprise, le budget fédéral 2024-2025 dévoilé aujourd’hui à Ottawa met l’accent sur l’accès à un chez-soi, le coût de la vie et la fiscalité.

Les annonces successives des dernières semaines, que ce soit en matière de logement, de garderies, ou encore la création d’un programme d’alimentation scolaire, avaient mis la table aux priorités gouvernementales. Et ce sont les contribuables les mieux nantis qui devront mettre davantage la main dans leurs poches, alors qu’Ottawa augmentera les impôts sur les gains en capital pour les plus riches – sociétés autant que particuliers.

 

Budget et politique 

Le gouvernement de Justin Trudeau, sous la plume de la vice-première ministre et ministre des Finances, Chrystia Freeland, fait le pari d’investir de manière importante – notamment avec une série d’investissements et de mesures ayant pour objectif de juguler la crise du logement. 

Politiquement, c’est un couteau à double tranchant. Des mesures populaires, portées par le partenariat du gouvernement minoritaire libéral avec le NPD – la fameuse entente de soutien et de confiance conclue en 2022 – sont non seulement susceptibles de plaire à une partie de la population touchée par la hausse du coût de la vie, mais aussi d’aller chercher l’appui des députés néodémocrates. 

De l’autre côté, ceux qui prônent la rigueur, voire l’austérité budgétaire alors que le taux directeur de la Banque du Canada demeure élevé, ne se retrouveront probablement pas dans ce budget écrit à l’encre rouge foncé. 

Pour les conservateurs de Pierre Poilièvre, qui mènent largement dans les sondages et qui ont fait du coût de la vie leur cheval de bataille, ce budget sera certainement source d’inspiration et générera de nombreuses questions à la Chambre des communes. En effet, à quand le retour à l’équilibre budgétaire? Et comment les mesures annoncées viendront-elles vraiment stimuler notre économie et notre productivité, sans embourber encore davantage les finances publiques, ou encore compliquer la vie aux entrepreneurs qui voudraient bénéficier des programmes annoncés?

 

Le délicat équilibre des finances publiques 

Dans son plus récent exercice budgétaire, le gouvernement libéral joue aux équilibristes. La bonne nouvelle: il maintient l’engagement pris dans l’Énoncé économique de novembre dernier de maintenir le déficit de 2023-2024 à un niveau égal ou inférieur à la projection du budget de 2023, soit 40 milliards de dollars. Le déficit prévu pour 2024-2025 se chiffre ainsi à 39,8 milliards de dollars. Le scénario le plus pessimiste prévoit toutefois qu’il pourrait atteindre 48 G$. 

L’importance des nouveaux investissements, qui s’ajoutent aux dépenses régulières de programme déjà importantes, ne passe pas inaperçue. Il y a quelques jours à peine, la Banque Royale du Canada offrait cette mise en garde en amont du budget 2024-2025: le Canada court un plus grand risque de perdre sa cote de crédit AAA que les autres pays les mieux notés si le gouvernement ne fait pas preuve de discipline budgétaire. On sait qu’un abaissement de la note pourrait potentiellement augmenter les coûts d’emprunt dans l’ensemble de l’économie, une économie déjà affectée par les taux d’intérêt élevés. 

Le Canada demeure toutefois l’un des rares pays à bénéficier de la cote de crédit la plus élevée de la part de deux des plus importantes agences de notation.

 

Boule de cristal électorale 

Avec l’augmentation annoncée des impôts sur les gains en capital, le budget ne fera pas que des heureux.

Si le gouvernement sait qu’il s’expose à la critique de l’opposition officielle avec ce budget déficitaire, il y a toutefois peu de risques qu’on se retrouve en élection au cours des prochaines semaines. En effet, plusieurs priorités et investissements de la brique de 483 pages présentée aujourd’hui sont alignés avec celles du NPD. 

Après avoir vu le gouvernement en contrôle de ses communications au cours des dernières semaines, alors qu’il prépositionnait son budget à venir, il sera intéressant de voir à quel exercice de communication se livreront les élus libéraux fédéraux au cours des prochains jours et semaines afin de vendre son budget. Il sera surtout intéressant de voir quel accueil lui sera réservé.

Jusqu’à preuve du contraire, on se retrouvera pour la mise à jour économique d’automne à Ottawa.

 

 

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