La crise du logement est liée à la pénurie de main-d’œuvre en construction

Publié le 18/04/2024 à 09:04

La crise du logement est liée à la pénurie de main-d’œuvre en construction

Publié le 18/04/2024 à 09:04

Par La Presse Canadienne

Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), la pénurie de main−d’œuvre dans le secteur de la construction est l’un des trois facteurs qui font en sorte que les délais de construction sont de plus en plus longs. (Photo: La Presse Canadienne)

Résoudre la pénurie de main−d’œuvre dans le secteur de la construction sera essentiel pour augmenter l’offre de logements disponibles sur le marché, soutiennent des experts, alors que l’agence nationale du logement du Canada continue de prévoir des niveaux de mises en chantier inférieurs à la demande. 

Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), la pénurie de main−d’œuvre dans le secteur de la construction est l’un des trois facteurs qui font en sorte que les délais de construction sont de plus en plus longs.

Parallèlement à des projets de plus grande envergure et à des coûts croissants, l’agence a remarqué que le nombre de départs à la retraite est plus élevé que le nombre de nouveaux travailleurs dans ce secteur.

Ce défi a été aggravé par la pandémie, qui a poussé de nombreux travailleurs à changer de carrière ou à prendre une retraite anticipée.

«On savait que c’est quelque chose qui allait finir par arriver, mais la situation a vraiment atteint un point critique, parce que les besoins augmentent en plein au moment où on perd de la main−d’œuvre», a souligné le directeur principal du conseil en infrastructure chez KPMG au Canada, Jordan Thomson.

Le président de l’Association canadienne des constructeurs d’habitations, Kevin Lee, a pour sa part estimé que 22% des travailleurs de la construction résidentielle prendront leur retraite au cours de la prochaine décennie.

Même si la pénurie de main−d’œuvre constitue un défi permanent, ses effets ont été quelque peu atténués au cours de la dernière année, a-t-il noté, puisque les coûts d’emprunt élevés ont entraîné un ralentissement de la demande chez les acheteurs potentiels de maison dans de nombreux marchés.

Mais il a prévenu qu’un rebond pourrait entraîner «davantage de tensions».

«Une fois que les gens auront de nouveau les moyens d’acheter et de déménager, on va voir que la pénurie de main−d’œuvre va devenir de plus en plus critique», a souligné M. Lee.

 

Un demi−million de travailleurs 

Le Canada pourrait avoir besoin de plus de 500 000 travailleurs de la construction supplémentaires pour construire toutes les unités d’habitation dont il aura besoin d’ici 2030, selon un rapport de l’économiste en chef adjoint de RBC, Robert Hogue.

Le rapport, intitulé «La grande reconstruction», prévoit que le rythme de la construction de logements au Canada devra augmenter de près de moitié rien que pour répondre à la croissance démographique.

Il propose sept idées pour remédier à la pénurie de logements au Canada, la première étant d’élargir de manière vigoureuse le bassin de main−d’œuvre du secteur de la construction.

«Toutes les options devraient être explorées pour attirer davantage de personnes dans le secteur», a soutenu M. Hogue, notamment en donnant la priorité aux nouveaux immigrants qui ont des compétences en construction, en fixant des objectifs «ambitieux» pour les inscriptions dans les écoles de métiers spécialisés et en incitant les travailleurs plus âgés à rester plus longtemps sur le marché du travail.

«Si l’on ne remédie pas à la pénurie, il faudra probablement plus de temps avant que l’on puisse régler notre problème d’accessibilité sur le marché de l’habitation», a mentionné M. Hogue en entrevue.

«On doit construire beaucoup plus», a-t-il rappelé.

 

L’immigration, une solution 

Le budget fédéral déposé mardi à Ottawa reconnaît que la pénurie de main−d’œuvre contribue aux «obstacles structurels bien ancrés» qui freinent l’augmentation de l’offre de nouveaux logements.

Le gouvernement a assuré qu’il encouragerait davantage de personnes à poursuivre une carrière dans les métiers spécialisés et qu’il éliminerait les obstacles à la reconnaissance des titres de compétences étrangers, en particulier pour les travailleurs de la construction.

Même si certaines stratégies sont orientées vers le long terme, donner la priorité aux immigrants ayant une formation dans un métier spécialisé pourrait donner un élan plus rapide au secteur, de l’avis de la présidente de l’Association canadienne de la construction, Mary Van Buren.

Actuellement, les travailleurs des métiers spécialisés représentent environ 2% des nouveaux Canadiens. Bien que certaines mesures aient été prises pour corriger ce déséquilibre, Mme Van Buren croit que le système de points que le Canada utilise pour évaluer les demandes d’immigration favorise toujours les candidats qui ont fait des études supérieures.

«On ne peut pas former un charpentier, un grutier ou un estimateur de projet du jour au lendemain»a-t-elle illustré.

Trouver des solutions est essentiel non seulement en raison du besoin immédiat, mais aussi pour aider le Canada à rivaliser avec d’autres pays en matière de travailleurs de métiers spécialisés, puisque de nombreux d’entre eux sont aussi à la recherche de travailleurs pour régler des problèmes similaires.

Sammy Hudes, La Presse Canadienne

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