Les discussions vacillent à l'OTAN sur les adhésions, mais vont se poursuivre

Publié le 18/05/2022 à 10:07, mis à jour le 18/05/2022 à 16:06

Les discussions vacillent à l'OTAN sur les adhésions, mais vont se poursuivre

Publié le 18/05/2022 à 10:07, mis à jour le 18/05/2022 à 16:06

Par AFP

Selon l'accusation, le sergent Vadim Chichimarine commandait une petite unité au sein d'une division de chars, quand son convoi a été attaqué le 28 février, quatre jours seulement après le début de l'invasion. (Photo: Getty Images)

Pour retrouver toute notre couverture sur le conflit, c'est ici. NDLR. Certains contenus sont explicites et peuvent être difficiles à lire.

16h00 |Bruxelles — Les émissaires de l’OTAN n’ont pas réussi à parvenir à un consensus mercredi sur l’opportunité d’entamer des pourparlers d’adhésion avec la Finlande et la Suède, ont déclaré des diplomates, alors que la Turquie réitérait ses objections à l’adhésion des deux pays nordiques.

Les envoyés se sont rencontrés au siège de l’OTAN à Bruxelles après que les ambassadeurs de Finlande et de Suède ont soumis des demandes écrites pour rejoindre l’organisation militaire, dans un mouvement qui marque l’une des plus grandes ramifications géopolitiques de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, et qui pourrait réécrire la carte de la sécurité de l’Europe.

Les diplomates, qui ne souhaitaient pas être nommés en raison du caractère sensible des discussions, ont refusé de dire qui ou quoi bloquait la procédure. Ils ont souligné les messages de bon nombre des 30 alliés de l’OTAN accueillant favorablement les demandes de la Finlande et de la Suède.

L’ambassadeur lituanien Deividas Matulionis a déclaré aux médias suédois et finlandais que les émissaires avaient échangé des points de vue sur leur sécurité nationale. «La discussion portait sur cela, mais c’est à la Turquie de commenter», a-t-il déclaré.

Les responsables de l’OTAN ont également refusé de fournir des détails. Ils ont souligné les remarques faites plus tôt mercredi par le secrétaire général Jens Stoltenberg, selon lesquelles «nous sommes déterminés à résoudre tous les problèmes et à parvenir à une conclusion rapide». Les réunions et les contacts diplomatiques visant à aborder les divers enjeux se poursuivront.

Le président américain Joe Biden a exprimé mercredi son optimisme à ce sujet. «Je pense que nous allons nous en sortir», a-t-il déclaré.

La Turquie est le seul allié à avoir clairement exprimé son opposition à l’adhésion des deux pays, et alors que le président croate a suggéré mercredi que son pays pourrait faire de même pour obtenir un compromis de la part des puissances occidentales, il est peu probable qu’il soit en mesure de faire dérailler le soutien du gouvernement croate à l’adhésion de la paire nordique à l’OTAN.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan insiste sur le fait que la Finlande et la Suède doivent montrer plus de respect pour les sensibilités turques au sujet du terrorisme. Il refuse de bouger sur ce qu’il dit être leur soutien présumé aux militants kurdes.

Recep Tayyip Erdogan accuse les deux pays de fermer les yeux sur les activités du Parti des travailleurs du Kurdistan, ou PKK, interdit, même si le groupe figure sur la liste noire antiterroriste de l’Union européenne.

Avant que le Parlement croate ne ratifie la candidature des deux pays nordiques à l’OTAN, le président Milanovic, un socialiste, souhaite pour sa part une modification de la loi électorale de la Bosnie voisine en faveur des Croates de Bosnie.

Néanmoins, le Parti conservateur du premier ministre Andrej Plenkovic jouit d’une petite majorité sur les socialistes au Parlement et emporterait probablement le vote sur les candidatures de la Finlande et de la Suède à l’OTAN.

Par ailleurs, un haut responsable américain de la défense a déclaré que le Pentagone avait des discussions avec la Suède et la Finlande sur leurs besoins en matière de sécurité pour dissuader d’éventuelles actions de la Russie avant une possible adhésion à l’OTAN.

Le responsable a déclaré que le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, avait rencontré mercredi le ministre suédois de la Défense, Peter Hultqvist, et qu’ils avaient parlé de la période intérimaire.

Le responsable, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat pour discuter des discussions privées du Pentagone, a déclaré que l’armée américaine travaillait en étroite collaboration avec les forces armées suédoises et finlandaises depuis des années, y compris dans le cadre de plusieurs exercices, et que d’autres exercices pourraient faire partie des garanties de sécurité supplémentaires.

Le premier ministre britannique Boris Johnson a salué leurs candidatures et a déclaré sur Twitter que « les ambitions épouvantables de Poutine ont transformé les contours géopolitiques de notre continent ».

Le processus d’adhésion prend généralement 8 à 12 mois, mais l’OTAN veut agir rapidement compte tenu de la menace russe qui pèse sur les deux pays nordiques.

L’opinion publique en Finlande et en Suède a massivement changé en faveur de l’adhésion depuis que la Russie a envahi l’Ukraine le 24 février.

 

 

13h45 | La reddition de soldats ukrainiens qui défendaient le site d’Azovstal à Marioupol (sud-est) s’est poursuivie mercredi, selon Moscou, dont les forces progressent lentement sur la ligne de front, dans la région du Donbass (est).  

Le 84e jour de la guerre, marquée depuis son déclenchement le 24 février par de très nombreuses victimes civiles, est aussi celui du début à Kyiv du procès d’un soldat russe pour crime de guerre. 

Voici un point de la situation à partir d’informations des journalistes de l’AFP sur place, de déclarations officielles ukrainiennes et russes, de sources occidentales, d’analystes et d’organisations internationales.

 

L’Est

La guerre entre dans une «phase prolongée», a estimé mardi le ministre ukrainien de la Défense Oleksiï Reznikov. Sur la ligne de front dans la région de Donetsk, sept personnes ont été tuées et six blessées selon Kyiv.

Dans la région voisine de Lougansk, quatre personnes ont péri mercredi, a déclaré son gouverneur Serguiï Gaïdaï, évoquant aussi la découverte de deux corps dans le village de Pryvillia.

Les forces russes tentent une percée près de Popasna et en direction de Severodonetsk, l’une des grandes villes de la région sous contrôle ukrainien, a-t-il ajouté, dénonçant «l’intensification des bombardements sur la population civile». 

Les forces russes mènent des «offensives tout le long de la ligne de contact», a prévenu le ministère ukrainien de la Défense.

L’Institut américain des études de la guerre (ISW) évoque une intensification des tirs d’artillerie sur les installations frontalières ukrainiennes dans les régions de Tcherniguiv et de Soumy ces dernières semaines, dont 70 frappes pour la seule journée de mardi.   

L’institut évoque des avancées limitées des forces russes dans le Donbass et la préparation d’une grosse bataille pour Severodonetsk. Celles-ci pourraient «redoubler d’efforts» en vue de cette bataille, «en partie pour devancer les critiques qui émergent» en Russie sur les erreurs commises au cours de l’opération en Ukraine.

 

Le Sud

Sur le site d’Azovstal à Marioupol, «959 combattants (ukrainiens) dont 80 blessés se sont constitués prisonniers» en deux jours, a affirmé mercredi le ministère russe de la Défense, une information non commentée par Kyiv en début de soirée.

L’armée russe concentre ses efforts «sur le blocage de nos unités près d’Azovstal», avec des tirs d’artillerie et des frappes aériennes, a signalé l’état-major ukrainien. 

«Dans la région d’Odessa, un autre missile a été tiré des eaux de la mer Noire. (…) Selon les informations préliminaires, il n’y a pas de destructions importantes et de victimes», relève dans un communiqué un responsable du district Sud.

 

Justice

La justice ukrainienne entamait mercredi son premier procès pour crime de guerre depuis l’offensive des troupes de Moscou, celui d’un soldat russe accusé d’avoir abattu un civil non armé.

Le procès, qui devrait être rapidement suivi par plusieurs autres, aura valeur de test pour le système judiciaire ukrainien, au moment où les institutions internationales mènent aussi leurs propres enquêtes sur les exactions commises par les militaires russes.

Le Kremlin affirme ne pas avoir d’informations sur la procédure. L’accusé à plaidé coupable. Il risque la prison à perpétuité.

 

Négociations en panne

Le Kremlin a accusé l’Ukraine de refuser de négocier. «Les négociations n’avancent pas et nous constatons une absence totale de volonté des négociateurs ukrainiens de poursuivre ce processus», a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

La veille, Kyiv avait jugé les Russes responsables de la suspension des pourparlers.

 

Rétorsion

La Russie a annoncé mercredi expulser 34 diplomates français, en représailles aux expulsions en avril par la France de 41 Russes. Paris a «déploré» cette décision. 24 diplomates italiens et 27 Espagnols ont subi le même sort. 

 

OTAN

Suède et Finlande ont soumis mercredi leurs demandes d’adhésion à l’OTAN, conséquence directe de l’invasion de l’Ukraine.

La Turquie s’oppose à leur intégration et pourrait bloquer le processus, mais des consultations sont en cours pour tenter de lever l’opposition d’Ankara. «Nous espérons conclure rapidement», a déclaré le secrétaire général de l’alliance atlantique, Jens Stoltenberg.

 

Dizaines de milliers de morts

Il n’existe aucun bilan global des victimes civiles du conflit. Rien qu’à Marioupol, les autorités ukrainiennes ont parlé il y a plusieurs semaines de 20 000 morts. Et les enquêteurs ukrainiens affirment avoir identifié «plus de 8 000 cas» présumés de crimes de guerre.

Sur le plan militaire, le ministère ukrainien de la Défense évalue les pertes russes à 28 300 hommes depuis le début de l’invasion le 24 février. C’est notoirement plus que selon les sources occidentales. Le Kremlin a, quant à lui, tout juste admis des «pertes importantes».

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré qu’environ 2 500 à 3 000 soldats ukrainiens avaient été tués et quelque 10 000 blessés. Aucun chiffre indépendant et fiable n’est disponible.

 

Déplacés et réfugiés

L’Ukraine a vu plus de six millions des siens fuir son territoire, dont plus de la moitié — 3,4 millions — vers la Pologne, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) à Genève, qui relève toutefois que le flot de ces départs s’est considérablement tari au fil des semaines et s’est même inversé.

Le solde global reste cependant encore largement négatif — avec 6,3 millions de départs pour 1,85 million de retours, selon les garde-frontières.

 

Kyiv — Un militaire russe a plaidé coupable mercredi d'avoir abattu un civil ukrainien, devant un tribunal à Kyiv où se tient le premier procès pour crime de guerre depuis l'entrée en Ukraine de troupes de Moscou.

Crâne rasé et vêtu d'un sweat-shirt kaki et bleu à capuche, Vadim Chichimarine, 21 ans, a été transféré en début d'après-midi au tribunal de district Solomiansky à Kyiv, où il comparaissait enfermé dans un box vitré.

Après la lecture de l'acte d'accusation par le procureur, le juge lui a demandé s'il reconnaissait les faits. «Oui», a-t-il répondu. 

— «Dans leur intégralité?», a poursuivi le magistrat. 

— «Oui».

Accusé de crime de guerre et meurtre avec préméditation, le militaire, originaire d'Irkoutsk en Sibérie, encourt la prison à perpétuité. 

Son procès, qui devrait être rapidement suivi par plusieurs autres, a valeur de test pour le système judiciaire ukrainien, au moment où les institutions internationales mènent leurs propres enquêtes sur des exactions commises dans ce pays.

De nombreux journalistes internationaux se massaient mercredi dans les minuscules salles du tribunal pour suivre cette audience retransmise en direct sur internet.

Selon l'accusation, le sergent Vadim Chichimarine commandait une petite unité au sein d'une division de chars, quand son convoi a été attaqué le 28 février, quatre jours seulement après le début de l'invasion.

Avec quatre autres militaires, il avait alors volé une voiture. 

Alors qu'ils circulaient près du village de Choupakhivka, dans la région de Soumy (nord-est), ils avaient croisé un homme de 62 ans, qui poussait son vélo tout en téléphonant.

«L'un des militaires a ordonné à l'accusé de tuer le civil afin qu'il ne les dénonce pas», selon les services de la procureure générale. 

Vadim Chichimarine a alors tiré avec une kalachnikov depuis la fenêtre du véhicule et «l'homme est mort sur le coup, à quelques dizaines de mètres de son domicile», ont-ils ajouté dans un communiqué.

 

«Signal clair»

Début mai, les autorités ukrainiennes avaient annoncé son arrestation sans donner de détail, tout en publiant une vidéo dans laquelle Vadim Chichimarine disait être venu combattre en Ukraine pour «soutenir financièrement sa mère».

Concernant les accusations à son encontre, il expliquait: «J'ai reçu l'ordre de tirer, je lui ai tiré dessus une fois. Il est tombé et nous avons continué notre route».

À la barre, le procureur Andriï Syniouk a précisé qu'il avait été arrêté le 1er mars avec trois autres soldats, le cinquième ayant été tué un peu plus tôt lors de combats.

L'audience a ensuite été suspendue et reprendra jeudi avec l'audition de témoins.

Le dossier est difficile, selon l'avocat de l'accusé, Victor Ovsiannikov.

«On n'a jamais eu un tel chef d'inculpation en Ukraine, on n'a pas de précédents, de verdict», a-t-il souligné. «Mais on va y arriver», a ajouté Me Ovsiannikov, assurant n'avoir constaté «aucune violation des droits» de l'accusé par les autorités. 

La procureure générale d'Ukraine Iryna Venediktova a, elle, dans une série de messages sur Twitter, souligné l'enjeu du dossier pour son pays.

«Nous avons ouvert plus de 11 000 enquêtes pour crimes de guerre et arrêté 40 suspects», a-t-elle rappelé. En attendant qu'ils arrivent devant les tribunaux, «avec ce premier procès, nous envoyons un signal clair: aucun bourreau, aucune personne ayant ordonné ou aidé à commettre des crimes en Ukraine n'échappera à la justice.»

Preuve de la détermination ukrainienne à ne pas perdre de temps: deux militaires russes devraient être jugés à partir de jeudi pour avoir tiré des roquettes sur des infrastructures civiles dans la région de Kharkiv, la deuxième ville du pays, dans le nord-est.

«Ces procédures sont beaucoup plus rapides que d'habitude», quand il faut parfois cinq ans entre un crime et un verdict, souligne Oleksandr Pavlitchenko, directeur de la branche ukrainienne de l'association de défense des droits de la personne, Helsinki Group. «C'est probablement parce que les motivations sont à la fois légales et politiques», dit-il. 

Pour lui, la question est donc de savoir si «l’on aura un vrai processus judiciaire ou juste une représentation théâtrale pour le public. Et la réponse dépendra, selon lui, du sort réservé au sergent Chichimarine après le verdict: purgera-t-il sa peine en Ukraine ou bénéficiera-t-il d'un échange de prisonniers?

Sans attendre la sentence, ses proches, interviewés par la presse russe, ont commencé à plaider en ce sens. “On est dans une guerre de l'information”, a déploré son père Evgueni cité dans le journal Nastoïachtchee Vremia en demandant son retour.

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