Vignoble Amouraska: «On produit ce que la nature veut bien qu’on produise»

Publié le 19/01/2024 à 17:30

Vignoble Amouraska: «On produit ce que la nature veut bien qu’on produise»

Publié le 19/01/2024 à 17:30

Par Dominique Talbot

Kathy Dickner et Serge Lavoie, propriétaire du Vignoble Amouraska, situé à Saint-Alexandre-de-Kamouraska (Photo: courtoisie)

FOCUS RÉGIONAL. Quand Kathy Dickner et Serge Lavoie ont acheté leur vignoble situé à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, l’entreprise qui s’y trouvait auparavant était déficitaire et n’accueillait pas de clients.

Cinq ans plus tard, c’est tout le contraire. Non seulement ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de Vignoble Amouraska fait des profits, mais la construction d’un bistro en 2019 en a fait un arrêt presque obligatoire dans la région. 

Évidemment, les années pandémiques ont aidé à augmenter l’attrait de l’endroit, bien que l’achalandage se soit stabilisé depuis que les voyages à l’étranger ont repris. Mais les affaires continuent de bien tourner.

« On voulait lancer une entreprise agricole. Et nous avons trouvé l’endroit, ici, qui était à vendre. On a regardé ça de long en large et on a vu que la tendance des boissons alcoolisées était là. On a fait un plan d’affaires et c’était intéressant. Finalement, nous avons sauté sur une occasion », raconte Kathy Dickner.

La croissance est au rendez-vous, En 2020, le chiffre d’affaires était de 150 000 $. L’année suivante, un été encore marqué par les restrictions sanitaires, cette somme est passée à 250 000 $. Puis, en 2022, à 306 000 $. À quelques semaines de la fin de 2023, le compteur devrait s’arrêter autour de 320 000 $, selon les deux entrepreneurs. « Nos bénéfices ont augmenté cette année. On s’en va vers une belle rentabilité », commente Kathy Dickner. 

Cependant, le défi de la marchandisation est important pour un vignoble de la taille d’Amouraska, qui produit maintenant environ 15 000 bouteilles par année. Surtout lorsque l’on est absent des tablettes de la SAQ.

« [Pour la SAQ] Il faut livrer 2500 bouteilles d’un produit et en avoir 2500 autres en attentes prêtes à être envoyées. Nous n’avons pas ce volume. […] Nous faisons de petits lots en petites quantités. […] Pour que le prix de vente soit intéressant sur les tablettes, il nous resterait peut-être 5 $ par bouteille. Mais elle nous coûte plus cher que ça à produire », explique Serge Lavoie. 

Pas étonnant, donc, que l’amélioration de son réseau de distribution, qui va déjà de Rimouski jusqu’à Lévis, fasse partie des priorités du couple au cours des prochains mois, et des prochaines années.

En 2019, un bistro a été construit sur place, faisant du vignoble un incontournable de la région. (Photo: courtoisie)

Un vignoble au nord et une météo imprévisible 

Au moment de s’entretenir avec Les Affaires, à la mi-octobre, les deux entrepreneurs venaient tout juste de terminer les vendanges 2023. À leur grande surprise, leurs framboisiers produisaient encore des fruits.

« C’est l’automne le plus tardif que nous avons jamais eu depuis que nous avons acheté le vignoble. C’est exceptionnel, dit Serge Lavoie. Nous nous sommes rendus au bout de ce que les vignes pouvaient atteindre en maturité. C’est l’année où nous aurons les plus beaux raisins qu’on aura jamais eus. »

Cela ne sera toutefois pas assez pour les faire revenir sur leur décision d’abandonner la vigne. Car si la météo leur sourit cette année, cela n’a pas été toujours le cas. Des gels précoces à la mi-septembre ont détruit leur production les deux années précédentes. 

Leurs autres vins, élaborés à base de fruits comme les framboises, les poires, les cerises, eux, resteront. Ainsi que leurs crèmes, notamment celle de poire, un produit signature. 

Leurs buts ? Favoriser une diversification de produits pour toujours avoir quelque chose à offrir à une clientèle toujours plus connaisseuse, et exigeante. « Ce sont des produits différents. Quand les clients viennent, ils sont surpris et nous disent que l’on ne trouve pas ça ailleurs », dit Serge Lavoie.

Mais aussi, et surtout, préférer la qualité à la quantité. Lui et sa conjointe Kathy n’utilisent ainsi aucuns engrais chimiques sur leur domaine. « On est distinctifs. Nous ne sommes pas dans le volume. On produit ce que la nature veut bien qu’on produise. On est dépendants de ça. Ça se reflète dans la qualité du produit. Tout est fait à la main », rappelle Serge Lavoie.

Ils disent d’ailleurs se considérer comme des paysans. « Je ne me considère pas comme un agriculteur. Je travaille avec mes mains. Pas avec un tracteur à pousser des produits chimiques dans les airs », poursuit-il.

« On fait une culture responsable. On vit sur notre vignoble. Alors d’abord, on le fait pour nous. On ne veut pas vivre dans un environnement avec des produits chimiques, enchaîne Kathy Dickner. Donc, par la bande, on le fait pour nos clients. »

 

Cet article a initialement été publié dans l'édition papier du journal Les Affaires du 8 novembre 2023.


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