Bien commun et environnement : donner du sens à son entrepreneuriat

Offert par Les Affaires


Édition du 08 Septembre 2021

Bien commun et environnement : donner du sens à son entrepreneuriat

Offert par Les Affaires


Édition du 08 Septembre 2021

Par Émélie Rivard-Boudreau

L'approche environnementale est valorisée par certains propriétaires d'entreprises autochtones. (Photo: Douglas Fehr pour Unsplash)

ENTREPRENEURIAT AUTOCHTONE. La gestion saine de la forêt et de la faune, l’utilisation de plantes médicinales et le développement du potentiel de jeunes en difficulté sont au cœur d’une panoplie de projets d’affaires autochtones. Ces motivations ont du sens pour les entrepreneurs qui les dirigent, mais elles suscitent aussi un grand intérêt auprès des consommateurs et d’autres entreprises allochtones qui veulent s’y associer. 

Mélanie Paul est une femme d’affaires innue qui dirige deux entreprises qui se distinguent par leur approche environnementale. L’une d’entre elles, Akua Nature, se spécialise dans la fabrication de produits cosmétiques et de santé utilisant des plantes médicinales. « Avec les tendances du marché et la clientèle qui se dirige vers des produits de santé naturelle, notre intérêt est de promouvoir les plantes médicinales autochtones et de prendre notre place dans ce secteur-là », indique l’entrepreneure.

Sur son site web, Akua Nature valorise que ses propriétaires et cueilleurs sont autochtones et que sa récolte est responsable. Mélanie Paul ne s’en cache pas, le pitch est vendeur, mais là n’est pas la seule intention, soutient-elle. « Nos valeurs profondes, c’est le respect de la Terre mère, redonner à la communauté, partager nos connaissances et faire rayonner les Premières Nations. On n’invente pas une histoire pour faire du marketing. On dit plutôt : “Voici ce qu’on fait depuis des millénaires, et maintenant, on participe à cette économie-là nous aussi.”».

 

S’approprier son territoire

Mélanie Paul n’est pas la seule à jumeler l’étroite relation entre les Premières Nations et la nature avec les affaires. Cette motivation est manifeste dans la liste des finalistes du concours Pow Wow Pitch, qui offre des programmes, des ressources et du mentorat à des entrepreneurs autochtones partout au Canada. Parmi les 24 entreprises demi-finalistes pour le Québec, plusieurs, dont Akua Nature, mettent en valeur des produits de la forêt transformés notamment en nourriture, en cosmétiques, en vêtements ou en artisanat.

« C’est important pour la culture et pour maintenir le mode de vie », souligne Jean-Michel Beaudoin, professeur agrégé à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval. Dans le cadre de ses recherches, il a rencontré de nombreux entrepreneurs autochtones. « Plusieurs s’intéressent à la création d’entreprises pour garder un lien avec le territoire, souligne le chercheur. C’est parmi leurs motivations.» 

En 2016, Jean-Michel Beaudoin a publié une enquête sur 28 entreprises forestières autochtones du Québec. Celle-ci révélait que «protéger l’environnement» était le deuxième objectif le plus important pour elles, après «maintenir l’entreprise même quand les temps sont durs ». «Former de l’emploi» et «développer de l’expertise» faisait aussi partie de leurs priorités.

Dans la communauté attikamekw d’Opitciwan, en Mauricie, la Coopérative de travail Inter-Nations a justement été fondée, il y a 13 ans, pour former des travailleurs et favoriser leur embauche dans des dans la culture agroforestière, la transformation du bois et l’aménagement forestier. « On a créé une entreprise qui est gérée par des Autochtones et on modèle le travail en fonction de leurs priorités. Ce sont des gens qui connaissent le territoire, qui connaissent le milieu et qui sont aptes à faire des travaux », témoigne Jacques Verrier, conseiller en entrepreneuriat collectif qui travaille étroitement avec le président de la coopérative, Jean-Paul Awashish, depuis le début du projet.

 

Occasions d’affaires

S’approprier son territoire signifie aussi participer à des projets d’envergure, s’assurer que ceux-ci respectent les règles du développement durable et en faire profiter financièrement sa nation. Basée à Kitigan Zibi, en Outaouais, l’entreprise anishinabe Decontie Construction a fait sa marque en matière de décontamination de terrain. En décembre 2019, elle a été la première entreprise autochtone à mériter un prix Brownie du Canadian Brownfield Network pour avoir réhabilité 100 000 tonnes de sols contaminés sur le site du futur quartier carboneutre Zibi, à Gatineau et Ottawa.

Quatre ans plus tôt, la PME a décroché auprès d’Hydro-Québec un contrat de 4,5 millions de dollars pour démanteler la centrale hydroélectrique désaffectée Corbeau, située près de sa communauté. Ce contrat a été le début d’une relation d’affaires avec Milestone Environmental Contracting, une entreprise canadienne spécialisée en restauration des sols. Avec l’importance que prend le respect des critères environnementaux, sociétaux et de gouvernance (ESG) dans l’opinion publique, il s’agit d’un partenariat gagnant-gagnant, selon le directeur des partenariats de cette dernière, Eric Pringle. « Nous pensons que la restauration fait partie de la réconciliation et nous sommes prêts à modifier certaines de nos façons de faire pour améliorer le sort des communautés où nous travaillons», assure-t-il.

La copropriétaire de Decontie Construction, Wanda Thusky, croit que l’association avec Milestone a fait ses preuves. « Peu importe le territoire sur lequel vous travaillez, il appartient à une Première Nation, souligne-t-elle. Vous avez le devoir de reconnaître cette Première Nation chez qui vous travaillez, d’identifier sa main-d’œuvre et de voir comment votre projet peut profiter en retour à cette nation. »

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