Fuites de données: l'IA réduit les risques, selon Éric Caire

Publié le 02/07/2021 à 17:09

Fuites de données: l'IA réduit les risques, selon Éric Caire

Publié le 02/07/2021 à 17:09

Par La Presse Canadienne
Le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire

Le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, Éric Caire (Photo: La Presse Canadienne)

Si le regroupement des données nécessaires au développement de l’intelligence artificielle soulève des craintes quant à la cybersécurité, Éric Caire, le ministre délégué à la Transformation numérique gouvernementale, pense au contraire que cette technologie renforce la sécurité des données personnelles des Québécois.

En facilitant le partage des données entre les différents organismes publics, le gouvernement réduit le nombre d’intervenants qui manipulent les informations personnelles des citoyens, assure le ministre en entrevue dans le cadre du dévoilement de la Stratégie d’intégration de l’intelligence artificielle dans l’administration publique 2021−2026.

Pour illustrer son propos, M. Caire donne en exemple les démarches qu’il a dû faire pour inscrire son fils à l’école secondaire. «L’établissement m’a demandé le certificat de naissance de mon enfant. Pourquoi ne pas le demander directement à l’État civil? J’ai apporté le certificat à l’école − et il y a beaucoup d’informations là−dessus − puis je l’ai remis à une personne qui n’a peut−être pas les habiletés nécessaires pour protéger ce genre de document. Elle en a fait une photocopie et l’a renvoyée à l’État civil pour en confirmer l’authenticité. Dans ce simple geste−là, on a ouvert une brèche de sécurité sur des informations qui sont sensibles.»

La Stratégie d’intégration de l’intelligence artificielle s’inscrit dans la volonté du gouvernement de centraliser son expertise numérique. «On veut fédérer tout le monde dans une même direction, explique le député de La Peltrie. Il y a des projets d’intelligence artificielle qui sont en cours au gouvernement, mais on ne sent pas cette vision globale. C’est organisme public par organisme public. Ce fonctionnement en silo, on travaille déjà depuis un certain temps pour le briser.» 

En brisant les silos, le gouvernement optimise la transformation numérique de l’administration publique, mais il renforce également sa cybersécurité, plaide M. Caire. «Depuis trois ans, on travaille à améliorer la sécurité informatique. Un des grands problèmes était le fonctionnement en silos. Quand un organisme était victime d’un incident de sécurité, c’était adressé hermétiquement. Ça montait au bureau du sous−ministre qui voyait ça comme un évènement honteux. Il n’y avait pas de leçons qui étaient tirées de tout ça.»

 

Application IA

L’intelligence artificielle consiste à traiter des données à l’aide d’algorithme pour permettre à une application ou une machine de simuler des fonctions de l’intelligence humaine. L’agent conversationnel (service de clavardage automatisé) sur le site Quebec.ca est un exemple récent d’une application utilisée par le gouvernement. L’application traite les données déjà accessibles sur le site pour répondre aux questions des citoyens.

Pour le moment, Québec n’a pas encore identifié les applications qui seront développées. Chaque ministère devra produire un plan de transformation numérique et suggérer un processus qui pourrait être automatisé par l’intelligence artificielle. De ces propositions, le gouvernement choisira «trois à cinq projets maximum» qui seront priorisés afin de ne pas «s’éparpiller».

 

Expertise québécoise

Avec l’intelligence artificielle, le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) veut s’appuyer sur l’écosystème québécois, dont l’expertise est reconnue à travers le monde. Le gouvernement a été critiqué pour la part élevée des contrats d’hébergement de données confiés aux entreprises américaines. En mai, «Le Devoir» a rapporté que 85 % de la valeur des contrats octroyés depuis janvier 2020 a été remportée par Amazon Web Services (AWS), Microsoft et IBM. M. Caire a réitéré que les contrats du gouvernement ont été confiés dans les règles de l’art en tenant compte des obligations juridiques, de la qualité du service offert et du prix.

La situation pour l’intelligence artificielle est toutefois différente, car l’industrie n’est pas dominée par les géants informatiques américains, comme c’est le cas pour l’infonuagique, ajoute le ministre. «Il n’y a pas de grandes entreprises en intelligence artificielle qui nous mettraient dans le même contexte. Ce que nous souhaitons, c’est de développer notre expertise à l’interne. »

Avec la pénurie de main−d’œuvre, M. Caire admet qu’il est difficile de recruter, mais estime que la fonction publique comporte des attraits. «Là où on a un avantage concurrentiel, c’est sur l’ampleur et la diversité des projets, ce qui est très attractif.» Environ 50 postes de «haut niveau» en transformation numérique et en cybersécurité sont actuellement affichés.

 

Enjeux éthiques

L’utilisation de l’intelligence artificielle soulève également des enjeux éthiques, notamment les biais racistes de certaines applications. Aux États−Unis, des médias ont rapporté des cas d’hommes noirs interpellés par la police en raison d’une application de reconnaissance faciale tandis qu’ils étaient innocents. Une étude publiée dans la revue «Science» en 2019 a également démontré qu’un algorithme développé pour identifier les besoins médicaux des patients sous−estimait les soins requis par les personnes noires.

M. Caire assure que ces enjeux seront pris en compte par le gouvernement. «Souvent, le biais vient du développeur, explique−t−il. Ce sont des choses sur lesquelles il faut être hypersensibles.»

Au sujet de la reconnaissance faciale, le ministre affirme que la technologie n’est encore qu’à ses balbutiements et qu’il n’entend pas la déployer pour le moment. «Il faut faire la différence entre une technologie qui pourrait être intéressante et une technologie mature prête à être déployée.»

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