Le secteur techno craint l'effet «dissuasif» de la faillite de Silicon Valley Bank

Publié le 15/03/2023 à 13:53

Le secteur techno craint l'effet «dissuasif» de la faillite de Silicon Valley Bank

Publié le 15/03/2023 à 13:53

Par La Presse Canadienne

Chris Albinson a déjà vu une entreprise canadienne sans liens avec SVB perdre un investisseur qui a été effrayé par l’effondrement de la banque et a décidé de ne pas allonger d’argent à de nouvelles entreprises. (La Presse Canadienne)

Toronto — Des membres du secteur canadien de la technologie disent craindre que l’effondrement de la Silicon Valley Bank (SVB) n’ait un effet dissuasif sur les investissements dans leur industrie, qui connaît déjà des difficultés.

Selon eux, certaines entreprises canadiennes en démarrage s’inquiètent déjà des flux de trésorerie et plusieurs se demandent comment elles vont mobiliser leur prochain cycle de financement, maintenant que les régulateurs américains ont fermé la banque californienne vendredi, lorsque ses clients se sont rués en même temps pour retirer des milliards de dollars, inquiets de sa solvabilité. 

Les régulateurs américains, dont la société d’assurance−dépôts fédérale des États−Unis (FDIC), ont depuis annoncé des plans pour protéger le système financier et honorer tous les dépôts de la banque. Le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) du Canada a annoncé dimanche avoir saisi les actifs canadiens de la banque.

Mais des inquiétudes planent toujours pour le secteur canadien de la technologie.

«J’entends des fondateurs dire que notre sort est entre les mains de la FDIC aux États−Unis et qu’ils ne sont pas pressés de transférer de l’argent au Canada afin que nous puissions faire la paie de nos entreprises», a affirmé le directeur général de Communitech, Chris Albinson.

M. Albinson estime que 120 des 1200 fondateurs de son centre d’innovateurs de Waterloo, en Ontario, ont été touchés par la chute de la banque, et que plusieurs s’inquiètent de la façon dont ils couvriront les salaires à court terme. Avant l’annonce de la BSIF, dimanche, plusieurs ne pensaient pas pouvoir accéder à l’argent dont ils ont besoin pour payer leurs travailleurs pour la semaine, a-t-il assuré.

«Il ne fait aucun doute» que même les entreprises canadiennes qui n’ont pas fait affaire avec SVB ressentiront les effets de son effondrement, en particulier lors de la mobilisation de fonds, a-t-il ajouté.

Déjà plusieurs mises à pied

«Nous avions une entreprise qui avait une liste de conditions, qui était prête à être financée. Elle n’avait aucun lien avec la SVB. La société de capital−risque n’avait elle non plus rien à voir avec la SVB», a expliqué M. Albinson.

«Mais parce que la société de capital−risque établie en Californie s’inquiétait de ce qui allait se passer d’autre, ils ont dit: "nous n’allons pas faire de nouveaux investissements. Nous allons simplement nous concentrer sur nos entreprises existantes." Ils ont retiré la liste de conditions et, malheureusement, l’entreprise a dû mettre à pied la moitié de son effectif.»

Le moment ne pourrait pas être pire.

Les investissements technologiques sont déjà sous pression depuis près d’un an, alors que les consommateurs reviennent à leurs habitudes d’avant la pandémie, obligeant les entreprises à repenser leurs projections de croissance. En outre, les taux d’intérêt ont été relevés à plusieurs reprises, augmentant les coûts d’emprunt. Dans ces conditions, il est plus difficile pour les entrepreneurs débutants et expérimentés de trouver de l’argent et plusieurs d’entre eux ont dû recourir à des réductions d’effectifs.

L’agrégateur de mises à pied Layoffs.fyi a dénombré 128 202 postes perdus dans le monde, au sein de 483 entreprises, depuis le début de l’année.

Les entreprises technologiques canadiennes ont jusqu’à présent reçu 668,3 millions $ en investissements cette année, par l’entremise de 38 transactions, a dénombré le cabinet de données Briefed.In, de Waterloo, en Ontario.

Les sociétés en démarrage ont mobilisé 14 milliards $ en 701 transactions en 2021, alors que le marché était encore en plein essor parce que les entreprises prévoyaient que leur énorme croissance pandémique se poursuivrait. L’activité d’investissement a chuté à 9,7 milliards $ en 417 transactions en 2022.

Dans un article sur LinkedIn, le directeur général du Conseil canadien des innovateurs s’est inquiété d’un refroidissement de l’environnement pour le financement du capital−risque, qui pourrait aller «de mal en pis» en raison de la fermeture de la SVB.

«Cela limite définitivement le bassin de capitaux auquel vous pouvez potentiellement accéder», a−t−il précisé mardi, lors d’une entrevue.

M. Albinson est d’accord. Il prédit qu’un investisseur en capital−risque à San Francisco avec un portefeuille de 20 entreprises — 18 aux États−Unis et 2 au Canada — accordera plus d’attention aux entreprises américaines dans leurs bureaux, en discutant avec elles de leurs difficultés.

«Nos entreprises ne vont tout simplement pas être aussi prioritaires.»

Ce changement éroderait des années de progrès récemment réalisé par la SVB dans le secteur technologique canadien, qui a longtemps été dans l’ombre de celui des États−Unis.

De meilleurs investissements au Canada?

Le rapport final de la banque sur l’état du marché, publié en février, a conclu que le taux de revenus des entreprises canadiennes gagnant jusqu’à 10 millions $ par année avait été supérieur à celui de leurs homologues américaines pendant cinq trimestres consécutifs.

Entre le premier trimestre de 2020 et le quatrième trimestre de 2022, les entreprises américaines avaient un taux d’épuisement des fonds – soit la vitesse à laquelle une entreprise consomme ses réserves de liquidités – supérieur de 38 % à celui des entreprises canadiennes.

La SVB s’attendait à ce que le taux d’épuisement net des jeunes pousses canadiennes baisse encore plus en 2023 et a souligné que les investissements dans ces entreprises avaient tendance à rapporter davantage.

«Je pense que nos entreprises, dans l’ensemble, sont mieux gérées que leurs homologues américaines, mais cela restera un environnement difficile pour elles», a fait valoir M. Albinson.

«Nous avons eu cet adage voulant que lorsque les États−Unis ont un rhume, le Canada attrape la grippe, mais on dirait que les États−Unis ont la grippe en ce moment, et nous allons avoir un très mauvais rhume.»

Abdullah Snobar, directeur général du centre technologique DMZ à Toronto, a indiqué avoir entendu parler de quelques fondateurs cherchant à mobiliser des fonds en ce moment, et il s’attend à ce qu’ils aient plus de difficultés.

Les investisseurs ont dit à ces entreprises qu’ils hésiteraient à déployer des capitaux en attendant que le marché se stabilise.

M. Snobar prévoit des ramifications qui suivront éventuellement pour les fondateurs qui ne cherchent même pas à obtenir des fonds.

«Je pense qu’il va y avoir beaucoup de conséquences dont nous ne sommes tout simplement pas conscients pour l’instant.»

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