Des terrains de camping qui gagnent des étoiles

Publié le 05/07/2016 à 14:09

Des terrains de camping qui gagnent des étoiles

Publié le 05/07/2016 à 14:09

Par Claudine Hébert

Pour la première fois depuis l’année de création du système de classification des terrains de camping du Québec en 2003, le nombre d’établissements qui affichent 5 étoiles vient de franchir le cap de la vingtaine. Terrains équipés de prises de 30 à 50 ampères, aqueducs et égouts rénovés, wifi accessible partout... Les propriétaires de ces petites pme d’une dizaine d’employés n’ont pas hésité à investir de trois à cinq millions de dollars pour obtenir la plus haute distinction.

Est-ce que ça en vaut le coût ? « Offrir les meilleures infrastructures nous permet de maintenir le taux d’occupation à près de 90% de juin à la fin août. Évidemment, ça nous amène une clientèle qui recherche la perfection», indique Patrick Leblond, propriétaire du Domaine des Cantons, à Sainte-Étienne-de-Bolton, dans les Cantons de l’Est. Ce camping de plus de 250 emplacements, incluant 75 maisons permanentes, détient une note parfaite depuis 2009.

Ghislaine Palmerini, propriétaire du Camping Paradiso, à Notre-Dame-du-Mont-Carmel, le seul 5 étoiles de la Mauricie depuis 2012, partage le même avis. Néanmoins, elle concède que vouloir briller au sommet demeure très exigeant. « Beaucoup de ces investissements, notamment la portion aqueducs et égouts, ne sont pas visibles. Par conséquent, il faut régulièrement justifier nos coûts auprès des campeurs», constate Mme Palmerini, qui gère quelque 200 emplacements.

Les travaux d’égouts et d’aqueducs sont d’ailleurs devenus les investissements qui coûtent le plus cher aux propriétaires de terrains de camping. « Cela représente au minimum 15 000$ d’investissement pour chaque emplacement », soutient Patrick Leblond. Ce dernier vient d’ailleurs d’investir 1,5M$ pour l’aménagement d’une usine d’épuration afin que son établissement réponde aux normes environnementales provinciales.

Et qui dit satisfaire aux normes, dit aussi devoir obtenir plusieurs permis. « Diriger un terrain de camping aujourd’hui, c’est être prêt à composer avec une industrie dépendante de multiples autorisations. La ville, la MRC, les ministères…, ça n’arrête pas », observe Joanne Durand, propriétaire du Camping Vacances Saint-Tropez, à Sainte-Béatrix, dans Lanaudière. Après plus de 3,5 millions de dollars d’investissements, ce camping Lanaudois de 520 emplacements a obtenu sa 5e étoile l’an dernier.

Voit-elle une différence? « Franchement, pas encore, répond-elle. Nous avons toujours eu une belle clientèle depuis que mon conjoint Raynald et moi avons acheté le terrain il y a 12 ans. Ce camping affiche 4 étoiles depuis l’instauration de la classification. Ce qui a contribué à sa popularité. »

En fait, croit Mme Durand, ce n’est pas tant de répondre aux plus hauts critères de la classification que d’offrir de bons services appropriés qui plaît aux campeurs. Sa clientèle est composée de comptables, de maîtres-électriciens, de policiers, des gens issus de divers secteurs d’activité qui lui donnent un bon coup de main pendant la saison. « Ces campeurs nous offrent en moyenne 7000 heures de bénévolat par été. Beaucoup partagent des conseils en fonction de leur expertise. Mais, c’est surtout en termes d’organisations d’activités, tels tournois de baseball, de hockey, de volleyball, y compris des rallyes, des chasses aux trésors, des casinos que leur aide est précieuse. Sans eux, le volet activité ne serait pas ce qu’il est devenu aujourd’hui », insiste Mme Durand.

Simon Tessier, directeur général de Camping Québec soutient que la classification demeure pour les campeurs un élément de sélection parmi plusieurs. Ce système de points, insiste-t-il, ne pondère que la qualité des infrastructures et la propreté des lieux. « Aucun point n’est attribué à la qualité du service à la clientèle et au calendrier d’activités du camping », souligne-t-il.

N’empêche qu’un camping 5 étoiles peut devenir une attraction des plus populaires pour une région touristique. En 2010, le camping de Saint-Mathieu-de-Rioux, dans le Bas Saint-Laurent, enregistrait à peine trois weekends complets avec 67 emplacements. L’adresse, qui n’affichait que deux étoiles, n’attirait qu’une poignée de campeurs hors de la région.

Six ans plus tard, et plus de 5 millions de dollars d’investissement qui lui ont valu l’obtention d’une 5e étoile en 2015, le camping KOA Bas Saint-Laurent affichera complet pendant une dizaine de week-ends cet été. « Et tout sera loué pendant six semaines de la mi-juillet à la fin août », souligne Martin Bruneau, un des trois proprios du camping qui compte aujourd’hui 250 emplacements. Tout est une question de services. « Plus on en offre, plus les gens vont se déplacer. »

Ce camping du Bas Saint-Laurent figure depuis deux ans sur la liste très sélecte des terrains de camping «parfaits» du réseau nord-américain Good Sam. Seulement 112 autres campings en Amérique du nord, dont 5 au Canada (sur plus de 15 000 adresses) bénéficient de ce privilège.

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