Souffrez-vous du syndrome du sommet?

Publié le 01/06/2023 à 08:09

Souffrez-vous du syndrome du sommet?

Publié le 01/06/2023 à 08:09

Par Olivier Schmouker

«Notre taux d'absentéisme a bondi de 30% depuis le début de la pandémie. Je ne comprends pas pourquoi...» (Photo: 123RF)

MAUDITE JOB! est une rubrique où Olivier Schmouker répond à vos interrogations les plus croustillantes [et les plus pertinentes] sur le monde de l’entreprise moderne… et, bien sûr, de ses travers. Un rendez-vous à lire les mardis et les jeudisVous avez envie de participer? Envoyez-nous votre question à mauditejob@groupecontex.ca

Q. – «J’occupe un poste qui me plaît, mais j’ai l’impression de stagner, de ne plus vraiment progresser. J’ai la sensation d’avoir atteint le sommet de ma carrière. Et ça nuit de plus en plus à ma motivation. Comment retrouver le goût de donner mon 110%?» – Sergei

R. – Cher Sergei, votre motivation au travail est en train de flancher, et cela vous inquiète d’autant plus que vous ne voyez pas quelle tournure pourrait prendre votre carrière. Vous avez le fâcheux sentiment d’être coincé au sommet d’une montagne, et l’idée de redescendre ne vous enchante guère, pas plus que celle de rester là-haut tout seul pendant une éternité.

Richard Pascale est membre associé de l’école de commerce Saïd de l'Université d'Oxford et a été désigné par le magazine The Economist comme l’un des 50 penseurs du management les plus influents de ces 50 dernières années. Avec le coach américain George Parsons, il a réfléchi au concept de carrière. Et il a réalisé que nous faisions souvent l’erreur de considérer la carrière comme une ligne droite menant à un sommet ultime. Ce qui est source de nombre de désillusions, en particulier celle qu’il appelle le «syndrome du sommet», dont vous semblez justement souffrir, Sergei. Explication.

En vérité, une carrière réussie est une série de courbes en S. Et pour bien le visualiser, il convient de voir un S majuscule qui serait un peu penché vers la droite. Celui-ci présenterait cinq temps forts.

1. Le démarrage de l’ascension, soit le point où démarre le bas du S

C’est le moment où on entre dans un nouveau rôle. La tâche immédiate est d'évaluer et de rassembler les exigences de l'ascension à venir. Ça revient, par exemple, à bâtir un nouveau réseau, à nouer des liens avec sa nouvelle équipe et à développer une stratégie pour apprendre les ficelles du nouveau rôle qui est le nôtre.

2. Les premiers pas, soit la courbe du bas du S penché

C'est la période d'apprentissage et d'adaptation au nouveau rôle. Cela comprend le développement de niveaux de compétence appropriés, le perfectionnement des compétences clés et l'apprentissage de la navigation au sein de notre nouvel écosystème professionnel.

3. L'approche du sommet, soit la première partie de la courbe du haut du S penché

C'est à ce moment-là que peut survenir le «syndrome du sommet». On est en pleine maîtrise de notre rôle, et pourtant un malaise s’installe: un peu comme vous, Sergei, on sent qu’on fait du surplace, qu’on n’apprend pas grand-chose de nouveau, que notre performance ne peut plus aller en progressant. Tout cela est le signe avant-coureur d’une crise, selon Richard Pascale et George Parsons.

4. Le plateau, soit le haut de la courbe du haut du S penché

La crise se manifeste au sommet de la montée du S. On ressent une vive agitation intérieure, la confusion nous gagne quant à la suite de notre carrière.

5. La descente, soit la pente de la seconde partie du haut de la courbe du S penché

C’est la phase terminale du syndrome, caractérisée par une baisse évidente de la performance, souvent associée à un comportement négatif. Le tout nuit directement à l’évolution de la carrière.

La question saute aux yeux: comment corriger le tir lorsqu’on arrive à la phase 3 ou 4? Oui, comment éviter d’en arriver à l’irrésistible pente de la phase 5?

Selon les deux chercheurs, il convient dès lors de «se réinventer». C’est-à-dire trouver par soi-même une nouvelle contribution à apporter au collectif.

Pour se réinventer, il faut agir en deux temps:

– Identifier ce à quoi vous prêtez attention. Dans votre quotidien au travail, il y a des tâches que vous appréciez plus que les autres, et donc des compétences que vous aimez exprimer plus que d’autres. Dressez la liste de ces compétences, puis surlignez les deux ou trois d’entre elles qui vous permettent de faire une vraie différence, tant à l’échelle individuelle que collective.

– Mettre l’accent sur l’objet auquel vous prêtez le plus d’attention. Réfléchissez ensuite à la manière dont vous pourriez exprimer davantage la compétence qui, parmi les deux ou trois surlignées, vous fait le plus triper. Revenez à votre liste de tâches, et regardez si une modification simple parmi celles-ci pourrait vous permettre de le faire. Sinon, considérez une tâche qui n’est pas parmi les vôtres, mais qui pourrait vous permettre d’user plus souvent de cette compétence clé. Et faites les changements nécessaires à cet effet; bien entendu, en accord avec votre boss et votre équipe.

L'idée, dans tout ça, est de donner un nouvel élan à votre quotidien au travail. Par exemple, cela peut revenir à devenir la «personne de référence» en cas d’imprévu ou de problème a priori insurmontable: dès qu’un collègue bute sur une difficulté, il sait qu’il peut cogner à votre porte et que vous ferez tout votre possible pour l’aider à y faire face. Autre exemple: vous pouvez devenir le «chien de garde» de l’organisation, à savoir celui qui veille à ce que nulle erreur ou accident ne survienne, et qui a donc à cœur le bon déroulement des affaires. À bien y penser, les possibilités son infinies, ou presque.

À noter que, ce faisant, vous allez vous orienter vers un nouveau rôle au sein de l’organisation, un rôle enrichissant puisqu’il fera grandement appel à une ou plusieurs compétences que vous affectionnez. Et comme il va s’agir d’un nouveau rôle, vous allez vous retrouver au point de départ d’un nouveau S de votre carrière. Oui, vous allez connaître un nouveau départ professionnel!

Voilà, Sergei. Nul besoin de changer d’employeur ou de job quand on sent qu’on plafonne dans le poste où l’on se trouve. Si vous aimez l’endroit où vous vous trouvez, vous pouvez très bien amorcer une réinvention de vous-même. Et le tour sera joué!

 


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