Prendre un virage vert pour recruter plus facilement?

Publié le 20/09/2022 à 07:29

Prendre un virage vert pour recruter plus facilement?

Publié le 20/09/2022 à 07:29

Par Olivier Schmouker

Un gain en attractivité, productivité et rentabilité. (Photo: Smartworks Coworking pour Unsplash)

MAUDITE JOB! est une rubrique où Olivier Schmouker répond à vos interrogations les plus croustillantes [et les plus pertinentes] sur le monde de l’entreprise moderne… et, bien sûr, de ses travers. Un rendez-vous à lire les mardis et les jeudisVous avez envie de participer? Envoyez-nous votre question à mauditejob@groupecontex.ca

Q. – «J’ai retrouvé un ami d’université qui travaille dans le même secteur d’activités que moi. (Nos entreprises ne sont pas concurrentes, car elles sont situées dans des marchés géographiques distincts.) Il m’a dit ne pas souffrir de la pénurie de main-d’œuvre, car sa société a pris un virage vert avant la pandémie: la RSE (responsabilité sociétale des entreprises) séduit les jeunes talentueux au point de se montrer moins difficiles concernant la rémunération, m’a-t-il affirmé! Est-ce vrai? Et si oui, devrions-nous, nous aussi, amorcer un virage vert pour recruter plus facilement?» – Arnaud

R. — Cher Arnaud, votre ami a bel et bien raison, mais pas à 100%. Oui, en matière de recrutement et de fidélisation, une organisation soucieuse de RSE a un net avantage sur une autre qui ne s’en soucie pas. Cela étant dit, il n’est pas exact de dire que cela s’explique par le fait que les employés qui ont à cœur l’impact social et environnemental de leur travail se fichent de leur rémunération.

Une récente étude pilotée par Xiao Cen, professeure de finance à l’école de commerce Mays de l’Université A & M du Texas, à College Station, a regardé si la RSE avait la moindre incidence sur la fidélité des employés. Elle a analysé différentes données du recensement américain entre 2000 et 2014 en lien avec ce sujet, et elle a ainsi mis au jour un fait fort intéressant.

— Plus une organisation est soucieuse de RSE, plus ses employés lui sont fidèles. C’est que son taux de roulement du personnel diminue à mesure que la RSE devient une vraie préoccupation pour elle. Et cela se vérifie tout particulièrement auprès des employés qui sont soucieux de l’effet social et environnemental de leur travail.

L’étude a également regardé ce qui se passait lorsqu’une organisation se mettait à moins se soucier de RSE qu’auparavant.

— Les employés soucieux de RSE sont plus susceptibles que jamais de quitter l’organisation en question.

— Ces employés-là sont alors prompts à rejoindre une organisation concurrente qui, elle, est davantage soucieuse de RSE.

— Du côté des employés qui restent malgré tout fidèles à l’organisation, on note une baisse significative de leur productivité.

— De manière générale, l’organisation enregistre des coûts salariaux plus élevés (par exemple, nécessité d’offrir des salaires plus élevés aux nouvelles recrues pour compenser les départs ou encore d’offrir davantage de primes pour tenter de «booster» la productivité déclinante des employés).

— Enfin, l’organisation éprouve plus de difficultés à embaucher.

Autrement dit, les organisations peu soucieuses de RSE ont plus de difficultés que les autres à recruter et à fidéliser les employés, car elles perdent en attractivité. Et puis, elles perdent également en productivité et en rentabilité.

L’équipe de chercheurs de Xiao Cen s’est demandé s’il suffisait d’offrir de meilleurs salaires pour contrer ce phénomène. Résultat? Cette stratégie fonctionne auprès des employés qui n’ont pas conscience de l’importance de la RSE, à savoir ceux qui, de toute façon, sont là «que pour l’argent». En revanche, cela n’a aucun effet sur les employés qui, eux, ont une vraie conscience RSE, car, semble-t-il, ils voient bien qu’il ne s’agit là que d’une approche intéressée visant seulement à attirer et maintenir en poste.

Ce dernier point, Arnaud, m’amène à vous déconseiller de prendre un virage vert pour recruter plus facilement. Comme on vient de le voir, une telle approche nuirait à votre entreprise plus qu’autre chose: les employés potentiels verraient vite clair dans votre petit jeu et se mettraient à vous fuir comme la peste.

Par conséquent, si vous désirez prendre un virage vert, prenez-le parce que vous vous souciez vraiment des enjeux environnementaux, et pour aucune autre raison. Par la bande, il se trouvera que cela aura des répercussions positives sur votre attractivité, votre productivité et votre rentabilité.

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