Les OBNL, un écosystème en évolution


Édition du 08 Avril 2017

Les OBNL, un écosystème en évolution


Édition du 08 Avril 2017

Par Benoîte Labrosse

Les OBNL sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les activités d’autofinancement.

Au cours des dernières années, les organismes à but non lucratif (OBNL) ont «pris la pleine mesure de la fin de l'État providence», constate Johanne Turbide, cofondatrice et codirectrice du Pôle IDEOS, acronyme d'Initiatives pour le développement d'entreprises et d'organisations à vocation sociale.

«Les subventionnaires gouvernementaux ont vu leurs budgets diminuer, donc les organismes se sont retrouvés avec un financement traditionnel réduit ou plus précaire. Ils ont dû déployer toutes sortes de moyens pour varier leurs sources de revenus», explique celle qui est aussi professeure titulaire au Département de sciences comptables de HEC Montréal.

En plus d'augmenter la concurrence entre les OBNL pour les ressources financières, cette nouvelle donne en a poussé davantage à se tourner vers des activités d'autofinancement. «À l'Association des professionnels en gestion philanthropique [APGP], nous sommes beaucoup interrogés sur les collectes de fonds par des organismes qui n'en ont jamais fait, confirme la directrice générale de l'APGP, Jacinthe Roy. Nous devons nous assurer que ces nouveaux "arrivants" puissent avoir les meilleures pratiques.» Tout en les enjoignant de ne pas se détourner de leur mission et de leur expertise première, qui est de rendre des services à la communauté.

Cet appel est complexifié par l'actuel écosystème de financement, car «plus un organisme va demander à différents types de bailleurs de fonds de lui donner de l'argent, plus ces gens-là auront leurs propres attentes en matière de reddition de compte», fait remarquer Mme Turbide. Chaque donateur souhaite en effet s'assurer que son argent soit utilisé pour les raisons pour lesquelles il l'a donné, et demande à le constater avec des indicateurs à la fois quantitatifs et qualitatifs, connus sous le nom de mesures d'impact. «Le comportement du donateur a évolué, renchérit Mme Roy. Il n'est plus dans une logique de don de charité, il est presque dans l'investissement.»

Adapter les outils de gestion

Ce changement de culture s'accompagne d'une demande de systématisation des processus. «Selon beaucoup d'organismes, les bailleurs de fonds ont la perception que mettre des gens d'affaires sur un conseil d'administration et se doter d'outils de gestion plus systématiques les aide à être plus efficaces, raconte la professeure Turbide. Je crois qu'il faut prendre le temps de se parler afin de créer des outils qui vont servir les besoins de l'organisme. Il faut toujours se rappeler que celui-ci n'est pas là pour faire du profit, mais pour servir une cause.»

Jacinthe Roy atteste que les OBNL ont développé une expertise qui leur est propre. «Ils s'approprient certaines des façons de faire du monde corporatif, mais celles-ci ne peuvent pas passer d'un secteur à un autre aussi facilement qu'on le croit, met-elle en garde. Les organismes ne vendent pas des électroménagers, mais provoquent des impacts intangibles.» Ainsi, les relations avec les administrateurs et les bénévoles ne sont pas les mêmes qu'avec des employés rémunérés, tout comme les rapports avec les donateurs et les bailleurs de fonds diffèrent de ceux qu'on noue avec les clients. «Dans le communautaire, les gens travaillent extrêmement fort : l'effort qui est fourni par rapport à la rétribution est remarquable et indéniable, et il ne faut pas oublier ça», fait valoir Mme Turbide.

Jacynthe Roy et Johanne Turbide soulignent que les travailleurs de ce secteur se sont «toujours considérés comme des professionnels». Affirmation qui sera étayée dans une étude du Pôle IDEOS sur la professionnalisation et l'attractivité du secteur philanthropique au Québec, au bénéfice de l'APGP. L'étude devrait être publiée à temps pour le Grand rendez-vous de la philanthropie, les 3 et 4 mai à Longueuil.

Se perfectionner à l'université

L'évolution des façons de faire a incité l'Université de Montréal a offrir un certificat en gestion philanthropique. «Auparavant, les gens se formaient sur le tas, mais il y a des compétences de base et de bonnes pratiques à acquérir», précise la responsable du programme, Caroline Bergeron. Depuis les débuts du certificat en 2009, 250 étudiants s'y sont inscrits : 85 % sont des femmes et 80 % n'en sont pas à leur premier passage à l'université. «Le tiers de ces personnes sont là en vue d'une réorientation de carrière ; ce sont souvent des gens très formés, tels des avocats, des fiscalistes, des spécialistes des communications», ajoute Mme Bergeron.

Des 40 % de ceux qui travaillent déjà dans le domaine, plusieurs ne suivent que quelques cours afin de se tenir à jour. «Entre les débuts du certificat et aujourd'hui, la philanthropie est entrée dans une phase d'accélération», constate-t-elle. C'est d'ailleurs pourquoi la responsable planifie plusieurs changements au programme pour faire une plus grande place aux outils technologiques, aux partenariats et aux capacités de plaidoyer. Sans oublier les incontournables mesures d'impact.

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