"Les États-Unis présentent le principal risque géopolitique"

Publié le 28/03/2009 à 00:00

"Les États-Unis présentent le principal risque géopolitique"

Publié le 28/03/2009 à 00:00

La science économique et son cortège de formules mathématiques ne suffisent pas à saisir toute la portée des bouleversements qui transforment notre planète.

L'analyse géopolitique, longtemps confinée aux départements de science politique et aux instituts de recherche, est maintenant perçue comme indispensable par les multinationales et les grands investisseurs. Les organisations canadiennes ne sont pas en reste. La Financière Banque Nationale (FBN) vient de se lancer dans ce marché avec la publication de son premier rapport, Prévisions géopolitiques 2009.

Pierre Fournier, nouvel analyste géopolitique à la FBN et ancien vice-président exécutif de l'institution, nous explique l'importance de comprendre le risque politique, tout en mettant en garde les investisseurs quant aux obstacles auxquels ils feront face cette année.

Journal Les Affaires - La publication de ce rapport est une première pour la Financière Banque Nationale. Son lancement est-il lié à la crise économique ?

Pierre Fournier Oui, mais il y a bien sûr d'autres facteurs justifiant la publication d'analyses géopolitiques. De nos jours, la plupart des problèmes ont une dimension mondiale. On en parle depuis longtemps, mais on n'analyse pas toujours les conséquences que cela implique.

Par ailleurs, il y a de plus en plus de décisions qui sont prises par de nouveaux acteurs politiques d'envergure, comme la Chine, l'Inde et la Russie, qui sont très actifs sur la scène internationale dans le secteur des ressources naturelles. Par exemple, en Australie, la société d'État chinoise Chinalco a récemment pris une participation dans le capital de Rio Tinto [19,5 milliards de dollars américains].

JLA - Quel est le principal risque géopolitique qui plane présentement ?

P.F. - Ce sont les États-Unis. Ce pays a plusieurs grandes faiblesses, dont un endettement qui a atteint des nivaux historiques.

C'est aussi une société vieillissante, sans parler que son système d'éducation, qui a longtemps été une force, est en déclin. Les États-Unis assistent aussi au déclin de leur compétitivité manufacturière et leur système politique est instable : il y a des élections aux deux ans [à la Chambre des représentants], ce qui ne permet pas de prendre des décisions stratégiques à long terme.

JLA - Selon le Financial Times, sans le crédit facile, la croissance économique aux États-Unis sous l'administration Bush aurait été de 1 % plutôt que de 3 à 4 %. Avec la crise, les consommateurs devront apprendre à consommer selon leurs moyens. Cela signifie-t-il que la croissance future avoisinera 1 % ?

P.F. - Je ne suis pas économiste. Mais en m'appuyant sur ce que je vois et sur les analyses de spécialistes, je pense que le pays se dirige vers une croissance plus faible à long terme. L'endettement [des particuliers, des entreprises et des gouvernements] est si élevé aux États-Unis que cela leur prendra probablement des décennies avant de s'en sortir.

JLA - En quoi un pays endetté comme les États-Unis représente-t-il un risque pour les entreprises et les investisseurs qui veulent y prendre pied ?

P.F. - Je ne pense pas qu'il y soit nécessairement dangereux d'y investir. Mais il faut quand même avoir des attentes réalistes. Par exemple, si on espère vendre beaucoup de jets d'affaires lors de la prochaine reprise économique, il faut être conscient que la croissance sera plus faible.

JLA - Vous prévoyez un accroissement du risque géopolitique dans plusieurs pays riches en ressources. Quelle région présente le plus grand risque ?

P.F. - C'est le Moyen-Orient, où se trouvent les plus importants pays producteurs de pétrole, en particulier l'Iran. Ce pays vit d'ailleurs une situation très volatile en raison de son programme nucléaire [qui pourrait mener à la création d'armes atomiques] : ainsi, on ne sait pas s'il y aura des bombardements [de la part d'Israël ou des États-Unis]. L'Irak est aussi à surveiller. Le départ de la plupart des troupes américaines pourrait déclencher une guerre civile. Le cas échéant, l'Iran interviendrait.

JLA - Et l'enjeu du pétrole ?

P.F. - Une chose est certaine, dans quelques années, l'Irak sera un pays pro-iranien. Par conséquent, le pétrole irakien passera sans doute par l'Iran pour être exporté aux Chinois et aux Indiens.

JLA - Dans votre rapport, vous soulignez que les monopoles d'État gagnent en puissance. Ces sociétés d'État représentent-elles un risque pour les entreprises et les investisseurs canadiens ?

P.F. - Oui, parce que ces monopoles ont une perspective à beaucoup plus long terme que les entreprises privées. Par exemple, une société d'État chinoise peut avoir un mandat de 10 à 20 ans pour sécuriser les approvisionnements en pétrole de la Chine, et ce, peu importe le prix à payer. En revanche, des entreprises comme ExxonMobil et Petro-Canada doivent justifier leurs investissements à leurs actionnaires à chaque trimestre.

JLA - Un monopole d'État peut donc soumissionner un projet pour lequel il est en concurrence avec une société canadienne, et présenter une offre inférieure au prix du marché ?

P.F. - C'est tout à fait exact. D'ailleurs, depuis quelques années, la Chine, l'Inde et la Russie travaillent à accaparer l'essentiel des ressources pétrolières, gazières et minières dans le monde. Et cela se fait à une vitesse effarante !

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