Les emprunteurs devront prendre leur mal en patience, selon deux économistes

Publié le 26/01/2023 à 19:00

Les emprunteurs devront prendre leur mal en patience, selon deux économistes

Publié le 26/01/2023 à 19:00

Par La Presse Canadienne

Mercredi, la Banque du Canada a relevé son taux directeur de 25 points de base à 4,5%, son niveau le plus élevé en 15 ans. (Photo: La Presse Canadienne)

La Banque du Canada a beau avoir indiqué qu’elle prendrait une pause pour évaluer l’impact de la hausse des taux d’intérêt, les emprunteurs devront patienter avant d’avoir un répit.

C’est l’une des conclusions qui ressort jeudi de la présentation de deux économistes au cours d’un évènement sur les prévisions économiques 2023, organisé par CFA Montréal.

Même si l’économie donne des signes de ralentissement, les banques centrales vont vouloir s’assurer qu’elles en ont fait assez pour lutter contre l’inflation, croit l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, Jimmy Jean. «Ça, ça veut dire de maintenir les taux d’intérêt plus longtemps que ce qui serait justifié alors que les anticipations d’inflation se modèrent, ce qui fait en sorte qu’on a une politique qui est plus restrictive qu’attendu.»

Lire aussi: Banque du Canada: un des resserrements monétaires les plus rapides de l’histoire

Il reste du travail à faire pour ramener l’inflation dans la fourchette cible de 1% à 3% de la Banque du Canada, abonde le directeur général du BlackRock Investment Institute, Jean Boivin. «De passer de 9% à 6%, de 6% à 4%, ça va être relativement facile, juge celui qui a déjà occupé le poste de sous-gouverneur de la Banque du Canada de 2010 à 2012. C’est déjà en place, mais de 4% à 2%, ce n’est même pas encore ce qu’on voit dans la macro-économie. Il va y avoir encore, selon nous, beaucoup plus à faire.»

Dans ce contexte, la baisse des taux d’intérêt serait beaucoup plus graduelle que lors des précédents cycles économiques, où les banques centrales tentaient de stimuler l’économie durant une récession, précise M. Jean lors d’une mêlée de presse en marge de sa présentation.

«Il reste que si on compare par rapport aux taux qu’on pouvait obtenir il y a cinq ans, c’est nettement plus élevé. On ne peut pas parler de répit pour ceux qui renouvellent (leurs prêts hypothécaires). Du moins, on arrête de monter, c’est déjà ça de gagné.»

Mercredi, la Banque du Canada a relevé son taux directeur de 25 points de base à 4,5%, son niveau le plus élevé en 15 ans. Il s’agissait en outre de la huitième hausse consécutive depuis le mois de mars.

Le Mouvement Desjardins prévoit que le taux directeur rebaissera à 2,5% à la fin 2024 pour se stabiliser à ce seuil. «Comparativement à ce qu’on pouvait voir lors des précédentes récessions, il va y avoir une baisse, mais elle va être mesurée, très lente par rapport à ce qu’on est habitué de voir. Ça, c’est le scénario de base, où on a une récession légère.»

Cette fois, c’est différent

Le contexte actuel est différent des précédentes récessions, pense M. Boivin. Il a comparé les anciens modèles économiques à l’anneau du «Seigneur des anneaux», invitant l’auditoire, issu du milieu financier, à ne pas succomber à ses charmes (les anciennes façons de faire) et à le détruire.

Par le passé, les périodes de ralentissements économiques étaient déclenchées par une diminution de la demande. On assistait alors à une baisse des dépenses des ménages et des entreprises, à un recul de la confiance des ménages et à une augmentation du chômage.

Or, les défis économiques actuels sont liés à un «choc de l’offre», soit une offre insuffisante pour répondre à la demande. «Il était plus facile de relancer la demande que de redémarrer la production après la pandémie, explique-t-il. Il y a aussi d’autres facteurs qui sont beaucoup plus persistants dans le temps.»

Il note que la pandémie a accéléré la baisse du taux de participation au marché du travail aux États-Unis, de nombreux travailleurs expérimentés ayant choisi de devancer leur retraite. La rareté de la main-d’œuvre fait en sorte que le marché du travail est serré et qu’une récession n’entraînerait pas nécessairement une augmentation aussi importante du taux de chômage que par le passé, selon lui.

Dans ce contexte où les employeurs peinent à trouver les travailleurs pour répondre à la demande, M. Boivin ne croit pas que les investisseurs devraient se réfugier dans les obligations à long terme, qui ont généralement enregistré une appréciation de leur valeur lors des périodes de ralentissement économique et de baisse des taux d’intérêt.

«On pense que ce n’est pas une récession comme les autres, commente M. Boivin. On pense que les banques centrales ne seront pas en mesure de couper les taux. On pense que l’inflation ne sera pas aussi basse que les marchés l’anticipent présentement.»

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