Le coup de barre donné par François Rioux à Matane


Édition du 11 Novembre 2017

Le coup de barre donné par François Rioux à Matane


Édition du 11 Novembre 2017

Serge Bernier, Adam Bélanger, Martin Lefrançois, François B. Rioux, Enrico Carpinteri, Dany Murray et René Gauthier du Fonds d’innovation et de développement économique local

L'idée lui est venue à 11 000 m d'altitude, en avril 2015, alors qu'il revenait de Seattle, en lisant un article sur une initiative lancée par le gouverneur de l'Iowa pour encourager les économies locales. Il s'est dit que celle-ci pourrait être adaptée pour stimuler l'économie de la Matanie, qui englobe la ville de Matane et ses environs, dans le nord-ouest de la Gaspésie. Ces réflexions de François Rioux, président du Groupe Bertrand Rioux, l'ont mené à imaginer FIDEL : le Fonds d'innovation et de développement économique local. Une formule qui pourrait être avantageusement reprise par toutes les régions du Québec qui souhaitent donner un nouveau souffle à leur économie en misant sur l'engagement du milieu.

En temps normal, François Rioux dirige les activités de l'entreprise fondée par son père il y a 60 ans. Celle-ci est aujourd'hui active dans les domaines de la construction, de l'immobilier résidentiel et commercial, des résidences pour personnes âgées. Elle comprend aussi le Groupe Riotel, qui compte quatre hôtels : un à Bonaventure, un à Percé et deux à Matane, dont l'établissement phare situé sur le barachois, à l'embouchure de la rivière Matane.

L'homme d'affaires est aussi un citoyen préoccupé par l'avenir de sa communauté. Il a compris qu'il ne fallait pas attendre les faveurs venues d'en haut pour progresser, d'autant que le climat environnant était morose. Il fallait donner un coup de barre.

1,5 M$ en banque

À son retour à Matane, au printemps 2015, il s'est donné une mission : convaincre 50 entrepreneurs locaux d'investir chacun 5 000 $ dans un fonds pour soutenir des initiatives tant locales qu'extérieures, «endogènes et exogènes», selon ses propres mots. Dans les faits, l'objectif était de favoriser l'expansion d'entreprises existantes en Matanie et d'attirer de nouveaux investissements. Pour lui, si la communauté amassait ainsi 250 000 $, les trois paliers de gouvernement (local, provincial et fédéral) en ajouteraient autant, et le Fonds atteindrait le million de dollars.

François Rioux a d'abord dressé une liste d'une centaine d'entreprises qui étaient d'une façon ou d'une autre en affaires avec le Groupe Bertrand Rioux. Dix d'entre elles ont embarqué rapidement. Pour la suite, il lui a fallu user de toute sa persuasion pour gagner une à une les autres, incertaines ou carrément sceptiques. Rencontres et appels téléphoniques à répétition... Même pour 5 000 $, l'adhésion était lente. À la fin, il a compris que, pour les plus petites ou les plus jeunes, la bouchée était dure à avaler d'un coup. Cependant, si on échelonnait le paiement sur quelques années, elle passerait plus facilement. «Ce dont j'avais besoin, dit-il, c'était un engagement ferme, même si on devait me signer des chèques échelonnés sur cinq ans.»

Il y est parvenu. FIDEL a été incorporé en février 2015, avec un conseil d'administration que M. Rioux préside toujours. Ottawa a emboîté le pas, puis la Ville et la MRC, chacune y allant d'une contribution de 250 000 $.

Québec n'a pas suivi, malgré ses professions de foi envers le développement régional, mais François Rioux n'a pas abandonné. Surtout que l'engagement local a fait des petits. Le groupe de 50 entrepreneurs des débuts est passé à 130, si bien qu'avec les contributions gouvernementales, FIDEL dispose aujourd'hui d'un coffre de guerre de près de 1,5 M$.

Avec un tel coussin, on a pu engager un directeur innovation et développement, Jean Langelier, assez convaincu du bien-fondé du projet pour déménager avec sa famille de Longueuil à Matane, ainsi qu'un chargé de projets et un démarcheur. Aux entreprises locales, on demande ce qu'il leur faudrait pour croître davantage, tout en offrant aux autres du soutien pour s'établir à Matane.

FIDEL dispose maintenant de locaux au centre-ville de Matane, qui serviront entre autres d'incubateur pour les entreprises naissantes. On offre aussi des bourses entrepreneuriales de 100 000 $ sur cinq ans.

Les plus gros investissements sont tout aussi convoités : dans quelques semaines, si tout va bien, un premier projet d'importance, de l'ordre de 22 millions de dollars, pourrait être annoncé.

«Au lieu de regarder ce qui ne va pas chez nous, pourquoi ne pas voir ce que l'on a ?» demande François Rioux, en ajoutant qu'à ses yeux il serait souhaitable que les gens d'affaires, comme lui, redonnent à leur communauté et que si l'exemple était repris ailleurs au Québec, l'économie ne s'en porterait que mieux...

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