Accusé d'être climatosceptique, le président de la Banque mondiale ne veut pas démissionner

Publié le 23/09/2022 à 15:01

Accusé d'être climatosceptique, le président de la Banque mondiale ne veut pas démissionner

Publié le 23/09/2022 à 15:01

Par AFP

Républicain et sous-secrétaire au Trésor, chargé des relations économiques internationales, de l’ex-président Donald Trump, David Malpass avait été nommé par ce dernier en 2019. (Photo: Riccardo Savi pour Getty Images)

Washington — Le président de la Banque mondiale (BM), David Malpass, est sous le feu des critiques depuis le début de la semaine, accusé d’être «climatosceptique», une critique à laquelle il a tenté de répondre vendredi sans pour autant calmer les appels en faveur de son départ.

Tout est parti de l’ancien vice-président américain, Al Gore, qui avait estimé lundi que M. Malpass était «climatosceptique» et n’avait pas su améliorer le financement de projets climatiques dans les pays en développement.

Invité le lendemain à s’exprimer sur ces accusations lors d’une table ronde organisée par le New York Times, le président de la BM a refusé à trois reprises de dire s’il reconnaissait le rôle des énergies fossiles dans le réchauffement climatique.

«Je ne suis pas scientifique», avait-il fini par déclarer, poussé par le public, préférant mettre en avant «l’énorme effort» réalisé par la BM pour aider au financement contre le réchauffement climatique.

Sa réponse a outré les ONG spécialisées, qui ont dès lors appelé à son départ.

«Je ne démissionnerai pas, et je ne l’ai pas envisagé», a cependant répondu M. Malpass vendredi, interrogé par le média Politico. Selon lui, «aucun» des États membres de l’institution financière internationale n’a demandé sa démission.

Il a assuré ne pas être climatosceptique, en soulignant que les «gaz à effet de serre d’origine humaine sont la cause du réchauffement climatique». «Et notre mission est de mettre en place des projets et des financements qui ont un impact» pour réduire les émissions, a-t-il ajouté.

Une affirmation qu’il avait déjà prononcée la veille, sur la chaîne CNN International, en déclarant qu’«il est évident que les émissions de gaz à effet de serre sont d’origine humaine, notamment du fait de l’utilisation des énergies fossiles». «Et nous travaillons afin que cela change», avait-il dit.

«Je ne suis pas climatosceptique», avait-il insisté, expliquant s’être «embrouillé» et ne pas «être toujours bon lorsqu’il s’agit de répondre à des questions».

 Mais ses justifications n’ont pas calmé les critiques: à son tour, un groupe de scientifiques spécialisés dans les questions climatiques a appelé vendredi au départ de M. Malpass.

D’autant que si le président de la BM défend le bilan de son institution en termes de lutte contre le réchauffement climatique, certains lui reprochent de ne pas en faire suffisamment.

«Je m’inquiète pour la Banque mondiale», a ainsi déclaré lundi l’économiste Joseph Stiglitz, interrogé par l’AFP, «sur les enjeux majeurs, comme le réchauffement climatique, elle n’a pas pris la direction des opérations dont le monde aurait besoin».

 

Série de scandales au FMI et à la BM

Le profil politique de M. Malpass n’est pas étranger à l’attention dont il fait l’objet sur les questions climatiques. Républicain et sous-secrétaire au Trésor, chargé des relations économiques internationales, de l’ex-président américain Donald Trump, il avait été nommé par ce dernier en 2019 à la tête de la BM pour prendre la succession de son compatriote, Jim Yong Kim, démissionnaire.

Selon un mode de désignation pré-établi, les États-Unis choisissent en effet le président de la BM, alors que l’Europe prend la décision concernant la direction du Fonds monétaire international (FMI).

La part détenue par les pays au capital des deux institutions est la base de cette répartition, les États-Unis et l’ensemble de l’Union européenne en étant les deux principaux actionnaires.

Mais les institutions économiques internationales ont été confrontées à une série de scandales visant leurs dirigeants respectifs, parfois pour des raisons qui sont en lien avec des activités passées, posant dès lors la question de ce mode de désignation.

Les dernières accusations en date remontent à octobre 2021 et concernent la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, soupçonnée d’avoir fait pression pour favoriser la Chine dans un classement lorsqu’elle était directrice générale de la BM.

Ses deux prédécesseurs français, Dominique Strauss-Kahn puis Christine Lagarde, ont de leur côté été concernés par des enquêtes judiciaires et condamnations, respectivement pour agression sexuelle à New York en 2012 et dans le cadre de l’affaire de l’arbitrage entre le Crédit Lyonnais et Bernard Tapie en France.

Le prédécesseur de M. Malpass lui-même, M. Kim, a fait l’objet de critiques après l’attribution de bonus à plusieurs hauts dirigeants en 2014, avant de démissionner en 2019 afin de rejoindre une société d’investissements.

Il a également été concerné par les accusations visant Mme Georgieva, un rapport indépendant soulignant que M. Kim avait lui aussi fait pression sur le personnel de la BM afin de modifier les données concernant la Chine mais également l’Azerbaïdjan, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

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