Pour accroître l'accès à un médecin de famille: Legault menace de brandir le bâton

Publié le 20/10/2021 à 15:14

Pour accroître l'accès à un médecin de famille: Legault menace de brandir le bâton

Publié le 20/10/2021 à 15:14

Par La Presse Canadienne

«Il y a un bon nombre de médecins qui ne prennent pas en charge beaucoup de patients», a déploré M. Legault. (Photo: La Presse Canadienne)

Le premier ministre François Legault menace de légiférer à court terme pour forcer les médecins de famille à prendre en charge un plus grand nombre de patients.

Dans son discours inaugural, mardi, il avait donné le ton en disant qu’il s’impatientait, puis mercredi, en mêlée de presse, il a renchéri pour affirmer que la voie législative serait bientôt envisagée, si les médecins n’obtempèrent pas rapidement.

À quelques mois de l’échéance électorale, une partie de bras de fer s’annonce donc entre le gouvernement Legault et la Fédération des médecins omnipraticiens (FMOQ), qui refuse la manière forte.

Ce n’est pas la première fois que le ton monte et que le premier ministre Legault menace de brandir le bâton législatif si les médecins ne se soumettent pas à l’ultimatum de Québec, sauf que cette fois le temps commence à manquer, le gouvernement étant en dernière année de mandat, tandis que la situation n’a cessé de se détériorer.

En 2018, la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault s’était engagée à fournir un médecin de famille à tous les Québécois avant la fin du mandat. Il y avait alors 400 000 patients sur la liste d’attente. Il y en a actuellement le double, soit plus de 800 000, rendant la promesse difficile, voire impossible, à tenir d’ici octobre 2022.

«Il y a un bon nombre de médecins qui ne prennent pas en charge beaucoup de patients», a déploré M. Legault, se disant à bout de patience après trois ans de négociations infructueuses avec la FMOQ.

Pressé d’inverser la tendance, le premier ministre conclut «qu’il est temps que ça se règle», menaçant de recourir s’il le faut «à un projet de loi».

Moins de patients ont un médecin de famille, plus les salles d’urgence des hôpitaux sont engorgées, de même que les cliniques sans rendez-vous.

Plus tôt, le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait soutenu que si un règlement ne survient pas à très court terme «il y aura des gestes très forts qui vont être posés dans les prochaines semaines».

Dans le passé, brandir le bâton plutôt que la carotte devant les médecins a cependant donné peu de résultats, si ce n’est une méfiance réciproque et un climat de tension grandissant entre Québec et la profession médicale.

L’ex-ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette, avait adopté la loi 20 en 2015, sorte d’épée de Damoclès prévoyant des pénalités financières (mais jamais appliquées) à imposer aux médecins qui n’atteignaient pas les objectifs de productivité du gouvernement. Cette loi est restée en travers de la gorge des médecins.

Pour expliquer et justifier l’augmentation constante du nombre de patients orphelins, la FMOQ, de son côté, se défend en faisant valoir notamment qu’il manque environ 1000 médecins de famille au Québec, qu’on ne forme pas suffisamment d’omnipraticiens, qu’on leur impose de travailler en CHSLD et à l’hôpital, ce qui réduit d’autant leur disponibilité en cabinet, sans compter que les départs à la retraite se multiplient. Elle ajoute qu’il est faux de laisser entendre que le taux de productivité des médecins est faible, alors qu’en moyenne ils travaillent environ 45 heures par semaine.

Les médecins de famille prennent sous leur aile entre 1000 et 2000 patients. Toutefois, le fait de voir son nom figurer sur la liste des patients d’un médecin ne garantit pas automatiquement un accès à des soins ou à un rendez-vous au moment désiré.

En parallèle, le gouvernement veut imposer prochainement aux médecins une transformation de leur mode de rémunération, où le paiement à l’acte céderait le pas, en partie du moins, au nombre de patients inscrits sur leur liste. Québec croit que ce moyen pourrait aussi contribuer à faciliter l’accès à un médecin de famille. À ce sujet aussi, les négociations se poursuivent.

«Il faut revoir complètement la rémunération des médecins. C’est pas normal qu’aujourd’hui, avec le nombre de médecins qu’on a (…) qu’on ait 800 000 Québécois qui soient sur une liste d’attente», a tranché le ministre mercredi.

 

Décentralisation: mesure phare

Un des points forts du discours inaugural de mardi était la décision du gouvernement de décentraliser le processus décisionnel du réseau de la santé.

Le ministre Dubé est revenu à la charge mercredi pour affirmer que c’était la voie à suivre «probablement une de nos mesures phares les plus importantes des prochains mois, des prochaines années».

«Le principe, pour moi, c’est qu’une décentralisation, ce n’est pas une question de structure, c’est une question de culture. De culture, ça veut dire comment on gère localement», qu’il s’agisse des horaires de travail ou de l’utilisation des ressources, a-t-il fait valoir.

Le ministre a aussi annoncé que dans l’optique de diminuer la dépendance du gouvernement envers les agences de placement privées pour recruter des infirmières, il va transformer la plateforme de recrutement «Je contribue», utilisée au début de la pandémie, pour en faire une agence publique, sorte de banque de candidats qui pourraient être appelés au besoin.

Il a de plus transmis une directive aux directions des établissements publics et privés conventionnés des grandes régions de Montréal et de Québec visant à les inciter à mettre en place de nouveaux mécanismes pour réduire le recours à ces agences privées. Des plans de transition doivent être présentés d’ici le 1er décembre.

On veut ainsi réserver les quarts de travail plus intéressants au personnel régulier du réseau et laisser ceux qui sont moins prisés (soir, nuit et week-end) aux ressources provenant des agences privées.

 

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