Le Canada souligne la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

Publié le 30/09/2021 à 16:45

Le Canada souligne la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation

Publié le 30/09/2021 à 16:45

Par La Presse Canadienne

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées sur la pelouse, devant la tour de la Paix. (Photo: La Presse Canadienne)

Le soleil d’automne brillait de mille feux, jeudi, sur les terrains où de petits Autochtones avaient été forcés de fréquenter le pensionnat de Marieval, dans la communauté de la Première Nation de Cowessess, en Saskatchewan.

Ce pensionnat fédéral, tenu par des missionnaires oblats et des sœurs de Saint-Joseph, a fermé ses portes, il y a seulement 25 ans. Le pensionnat n’existe plus, mais c’est là que les membres de la communauté et leurs invités se sont réunis, jeudi, en cette toute première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation au Canada.

Le chef de Cowessess, Cadmus Delorme, a déclaré aux dizaines de personnes que cette journée était consacrée à la guérison. «Nous ne voulons pas de pitié: nous voulons guérir. Nous voulons devenir plus forts, a-t-il dit. La vérité va être très dure. Même pour les Autochtones, la confiance est difficile à regagner, à cause de la douleur. Mais nous ne pouvons pas avoir de réconciliation sans vérité. En ce jour, les gens doivent se rassembler.»

La communauté de Cowessess est l’une des nombreuses au pays à avoir découvert des sépultures non marquées près d’anciens pensionnats pour Autochtones, grâce à un radar à pénétration de sol.

Le gouvernement fédéral a annoncé en juin ce nouveau jour férié pour commémorer l’histoire et les impacts de ces pensionnats tenus par des communautés religieuses, où les enfants autochtones, arrachés à leur famille, ont été maltraités. L’objectif de ces pensionnats fédéraux était de «sortir l’Indien en eux». La création d’une Journée nationale de la vérité et de la réconciliation avait été recommandée par la Commission de vérité et réconciliation, dans ses «94 appels à l’action».

Une mer orange à Ottawa

Jeudi matin, la Colline du Parlement a été envahie par une mer orange, alors que plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées sur la pelouse, devant la tour de la Paix, pour une cérémonie matinale sous un ciel bleu éclatant.

L’organisatrice de l’événement, Jenny Sutherland, a déclaré que la journée devait être consacrée à la paix et non à la manifestation. «La nation s’éveille enfin à notre histoire», a lancé Mme Sutherland à la foule vêtue d’orange, qui n’a pas cessé de gonfler au cours de deux heures de discours, de chants et de prières. «Je peux vous sentir. Je peux vous sentir nous sentir, enfin! Sentir notre angoisse, nos supplications.»

Le premier ministre Justin Trudeau a indiqué de son côté que ce 30 septembre est dorénavant une journée pour réfléchir aux impacts douloureux et durables des pensionnats, et pour honorer les survivants, leurs familles et leurs communautés. « En ce jour, nous reconnaissons également les torts, les injustices et les traumatismes intergénérationnels que les peuples autochtones ont subis, et continuent de subir à cause du système des pensionnats, du racisme systémique et de la discrimination qui persiste dans notre société. »

On estime que plus de 150 000 enfants autochtones ont été forcés de fréquenter environ 140 pensionnats fédéraux un peu partout au pays à partir de 1831. Le dernier pensionnat a fermé ses portes en 1996.

 

«Assez d’excuses: passez aux actes»

En Colombie-Britannique, la cheffe de la première nation Tk'emlups te Secwepemc a affirmé que les Autochtones ont eu assez d’excuses et veulent maintenant que l’Église catholique et le gouvernement fédéral agissent, parce que la réconciliation exige l’honnêteté, la vérité et la transparence.

Rosanne Casimir a réclamé la divulgation de tous les documents pertinents de l’Église et du gouvernement pour aider à identifier les enfants autochtones disparus dans des pensionnats, y compris ceux qui se trouvent dans des tombes non marquées. Mme Casimir a aussi indiqué que les Autochtones veulent des «excuses significatives» du pape pour le traumatisme subi par les enfants et pour la souffrance intergénérationnelle.

La communauté de Tk'emlups te Secwepemc a annoncé en mai dernier qu’elle avait découvert les restes de plus de 200 enfants que l’on croyait longtemps disparus du pensionnat qui y fonctionnait entre 1890 et 1969.

Mme Casimir a rappelé jeudi que moins d’un hectare de terrain avait été fouillé autour du site de l’ancien pensionnat de Kamloops et qu’environ 65 hectares supplémentaires doivent encore être explorés.

Depuis lors, d’autres nations autochtones ont annoncé la découverte de tombes non marquées autour d’anciens pensionnats.

 

Une marche à Montréal

À Montréal, quelque 2500 personnes, surtout des Autochtones, mais aussi de nombreux allochtones, ont envahi le centre-ville, jeudi après-midi, pour une marche de vérité et réconciliation.

Pour une rare fois, la couleur orange qui dominait la rue n’était pas celle des cônes de construction, mais bien des gilets que portaient la majorité des participants. Cette couleur a été adoptée en hommage à une survivante des pensionnats pour Autochtones qui s’était fait enlever son chandail orange par les religieuses, qui le jugeaient trop «voyant».

Au départ de la marche, place du Canada, plusieurs personnes ont pris la parole, racontant les horreurs vécues par des membres de leur famille dans ces pensionnats. Une a raconté que sa mère avait eu les mains trempées dans l’eau bouillante «pour faire sortir l’Indien». Une autre a raconté que des enfants se faisaient planter des aiguilles dans la langue lorsqu’ils étaient surpris à parler leur langue maternelle.

Une autre oratrice a interpellé François Legault, affirmant que ce n’était pas aux victimes du racisme systémique de prouver son existence, mais bien au premier ministre de prouver qu’il n’existe pas.

La marche s’est déroulée dans le calme et la bonne humeur, mais le ton des slogans et des discours était non seulement au recueillement pour «les enfants qui ne sont jamais revenus», mais aussi aux revendications pour le respect des terres autochtones, de leur culture et de leur souveraineté.

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