Victoire de Giorgia Meloni: les investisseurs entre inquiétude et attentisme

Publié le 26/09/2022 à 08:00

Victoire de Giorgia Meloni: les investisseurs entre inquiétude et attentisme

Publié le 26/09/2022 à 08:00

Par AFP

La cheffe de Frères d'Italie, Giorgia Meloni (Photo: Getty Images)

Milan — Les investisseurs oscillaient entre inquiétude et prudence lundi après la victoire de la dirigeante post-fasciste Giorgia Meloni aux législatives en Italie, s'interrogeant sur sa capacité à prendre le relais de Mario Draghi, garant de la crédibilité d'un pays réputé instable.

Si la Bourse de Milan progressait de 0,49% vers 7h00, heure du Québec, signant la meilleure performance des places européennes, le taux d'emprunt à dix ans de l'Italie grimpait à 4,44%, contre 4,32% vendredi.

Reflet des inquiétudes persistantes des investisseurs sur l'énorme dette du pays, le «spread», c'est-à-dire l'écart très surveillé entre le taux d'emprunt à dix ans allemand qui fait référence et celui de l'Italie, augmentait de 7,41% à 237 points.

Toutefois, «cette hausse du “spread” est modérée. Les marchés adoptent une sorte d'approche attentiste, ils veulent savoir ce que Giorgia Meloni a en tête avant de réagir», a commenté à l'AFP Nicola Nobile du cabinet Oxford Economics.

«Les investisseurs partent du principe qu'elle maintiendra le statu quo et ne créera pas de fortes turbulences quant à sa politique budgétaire. Mais si elle dépasse les bornes en matière fiscale, ils réagiront très fortement», a-t-il prévenu.

À titre de comparaison, peu après l'arrivée aux commandes de l'Italie de l'ancien président de la Banque centrale européenne Mario Draghi en février 2021, le «spread» était passé en dessous de la barre des 100 points pour la première fois depuis 2015.

La victoire de l'extrême droite a été largement anticipée par les marchés qui s'interrogeaient surtout sur son ampleur afin de déterminer ses marges de manœuvre une fois que Giorgia Meloni aura pris ses fonctions, au plus tôt fin octobre.

Son parti, Fratelli d'Italia, recueillait plus de 26% des suffrages, selon des résultats provisoires. Avec la Ligue (anti-immigration) et Forza Italia (droite), Giorgia Meloni disposera d'une majorité absolue à la Chambre des députés et au Sénat.

Les entreprises canadiennes actives dans ce pays peuvent-elles en pâtir? (Re)lire le Zoom sur le monde de François Normand.

Quid des réformes de Draghi?

Le chemin du futur gouvernement italien apparaît d'ores déjà semé d'embûches et sans grandes marges de manœuvre.

Giorgia Meloni devra surtout gérer la crise engendrée par l'envolée des prix de l'énergie due à la guerre en Ukraine, alors que l'Italie croule déjà sous une dette atteignant 150% du PIB, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce.

«La plus grande inquiétude des investisseurs concernant Mme Meloni est de savoir si le nouveau gouvernement italien d'extrême droite s'écartera des réformes mises en place par Mario Draghi, qui ont permis à l'Italie d'obtenir le soutien de l'UE», a réagi Ipek Ozkardeskaya, analyste de Swissquote Bank.

«Draghi savait comment danser avec le reste de l'Europe. Il n'en va pas de même pour Meloni», a-t-il ajouté.

L'élection de Giorgia Meloni, fervent soutien du premier ministre nationaliste hongrois Viktor Orban, a suscité de vives inquiétudes en Europe, d'autant que l'Italie est la première bénéficiaire du plan de relance de l'UE, avec une manne de près de 200 milliards d'euros.

 

«Messages rassurants»

«Nous gouvernerons pour tous» les Italiens, a promis Giorgia Meloni, soucieuse de rassurer face aux remous que suscite son élection en Europe.

«Pendant la campagne électorale, Giorgia Meloni a envoyé des messages rassurants sur la politique budgétaire et la relation de l'Italie avec l'UE, mais les investisseurs auront besoin de temps pour évaluer si elle a l'intention de tenir ces promesses», ont commenté les analystes d'UniCredit.

La banque d'investissement italienne Equita s'attend à une montée limitée du «spread» dans les prochaines semaines, autour de 230 à 250 points, «sauf s'il y a un changement de ton de la part du futur gouvernement».

«La position plus forte de Fratelli d'Italia par rapport à la Ligue», qui a recueilli moins de 9% des suffrages, «laisse supposer une politique économique probablement moins agressive», veut croire Equita.

Prudente, Giorgia Meloni avait pris pendant la campagne électorale ses distances avec les promesses coûteuses de la Ligue et s'est montrée réticente face à d'éventuelles rallonges budgétaires.

 

Vox

Ce séisme intervient deux semaines après celui qui, en Suède, a vu la victoire d’un bloc conservateur comprenant les démocrates de Suède (SD), parti issu de la mouvance néonazie qui a réalisé une forte percée, devenant la première formation de droite du pays nordique.

Dans ce qui a été (mal) perçu à Rome comme un avertissement sans frais, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a rappelé que l’UE disposait « d’instruments » pour sanctionner les Etats membres portant atteinte à l’État de droit et à ses valeurs communes.

« Les Italiens ont offert une leçon d’humilité à l’Union européenne qui, par la voix de Mme von der Leyen, prétendait leur dicter leur vote », a cinglé sur Twitter le président du Rassemblement national français Jordan Bardella.

Bêtes noires de Bruxelles, le premier ministre hongrois Viktor Orban et son homologue polonais Mateusz Morawiecki ont adressé dès dimanche soir leurs « félicitations » à Mme Meloni.

M. Orban, par la voix de son directeur politique, le député Balazs Orban, a ajouté ce message: « Nous avons plus que jamais besoin d’amis partageant une vision et une approche communes de l’Europe ».

Meloni « a montré la voie vers une Europe orgueilleuse et libre de nations souveraines », s’est réjoui de son côté le leader du parti espagnol d’extrême droite VOX, Santiago Abascal. 

 

«Grande inconnue»

Fratelli d’Italia doit son succès autant aux promesses non tenues de ses adversaires et au vent de « dégagisme » qui souffle sur la péninsule qu’au charisme de sa dirigeante.

Cette Romaine de 45 ans qui, jeune militante, disait admirer Mussolini, est parvenue à dédiaboliser son image et rassembler sur son nom les peurs et les colères de millions d’Italiens face à la flambée des prix, au chômage, aux menaces de récession ou à l’incurie des services publics.

Le gouvernement devra notamment gérer la crise causée par l’inflation galopante, l’Italie croulant déjà sous une dette représentant 150% du PIB, le ratio le plus élevé de la zone euro derrière la Grèce.

Dans ce pays à l’instabilité gouvernementale chronique, les experts s’accordent déjà sur la courte espérance de vie de la coalition victorieuse, un mariage de raison entre trois alliés aux ambitions concurrentes.

Pour Mme Meloni, « le défi sera de transformer son succès électoral en leadership de gouvernement qui puisse s’inscrire dans la durée, c’est cela la grande inconnue », a estimé dimanche soir Lorenzo De Sio, professeur de sciences politiques à l’université Luiss de Rome.

Mme Meloni, sans expérience gouvernementale à part un passage éphémère au ministère de la Jeunesse (2008-2011), aura fort à faire pour gérer ses encombrants alliés, bien plus expérimentés: Silvio Berlusconi a été plusieurs fois chef de gouvernement et Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et vice-premier ministre. 

Dans le dossier ukrainien, l’Europe et les alliés de l’Italie, membre de l’OTAN, scruteront également la répartition des portefeuilles entre les trois partis.

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