«Les Affaires» choisit «Kyiv» au lieu de «Kiev»

Publié le 02/03/2022 à 13:29, mis à jour le 02/03/2022 à 14:50

«Les Affaires» choisit «Kyiv» au lieu de «Kiev»

Publié le 02/03/2022 à 13:29, mis à jour le 02/03/2022 à 14:50

Par Marie-Pier Frappier

(Photo: 123RF)

En octobre 2018, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a lancé une campagne «CorrectUA» sur Internet avec le mot-clé #KyivNoKiev. L’idée était de demander aux médias étrangers d’utiliser la graphie «Kyiv» (dérivé de la langue ukrainienne Київ), plutôt que «Kiev» (dérivé du nom de la langue russe Киев), pour désigner la capitale de l’Ukraine. 

À cette époque, le gouvernement ukrainien souhaitait contribuer à éliminer «les reliques linguistiques de l’Empire russe et de l’Union soviétique en faisant la promotion de l’utilisation exclusive des translittérations en ukrainien pour les noms de lieux ukrainiens».

Depuis 1995, le gouvernement ukrainien a adopté officiellement la graphie «Kyiv». Même chose pour «Odesa» (ukrainien) au lieu d’«Odessa» (russe), «Kharkiv» (ukrainien) au lieu de «Kharkov», «Lviv» (ukrainien) au lieu de «Lvov» (russe). 

Dix des médias mondiaux anglophones ont décidé, en 2018, de faire le saut : Reuters, CNN, BBC News, Al Jazeera, Daily Mail, The Washington Post, The New York Times, The Guardian, The Wall Street Journal et Euronews. 

Les Affaires, à l’instar de plusieurs médias ailleurs dans le monde, a donc décidé de choisir dorénavant la graphie de «Kyiv». Depuis le début de l’invasion russe, le 24 février dernier, ce choix prend en effet tout son sens.

 

Pékin/Beijing?

L’équipe de rédaction a récemment soulevé la question de la graphie de Pékin/Beijing et, indirectement, celle des noms de villes étrangères. « La question avait déjà été soulevée au moment des Jeux olympiques de 2008 », rappelle le réviseur de Les Affaires, Marco Chioini.

«Disons-le d’entrée de jeu, il n’y a pas de règles coulées dans le béton concernant le nom des villes; les exemples et contre-exemples sont nombreux: Florence, Los Angeles, Londres, Moscou, etc.» 

«En ce qui concerne Pékin/Beijing, les Nations unies ont décrété, en 1977, qu’on doit réduire l’utilisation des exonymes (noms géographiques en une langue autre que celle d’origine) sur le plan international, poursuit-il. Cependant, la France (la francophonie) continue d’utiliser le système créé par les jésuites au 17e siècle dans leur effort de transcrire phonétiquement les noms chinois. Beijing est ainsi devenue Pékin, Nanjing, Nankin, Guangzhou, Canton, etc.»

Les Affaires avait décidé en 2019, suivant cela, de respecter la décision des Nations unies et d’utiliser l’appellation officielle de Beijing. Le nom officiel des Jeux olympiques est bien Beijing 2022. Dans la pratique, tout le monde dit les Jeux de Pékin.

Marco Chioini note que le nom des villes change relativement rapidement, notamment pour des raisons politiques ou lorsqu’ils relèvent d’un passé colonialiste, et l’utilisation de ces noms peut heurter certaines populations: Saint-Pétersbourg a remplacé Leningrad, par exemple. Par ailleurs, Mumbai est l’appellation officielle pour Bombay.

 

Pour retrouver toute notre couverture sur l'invasion russe en Ukraine, c'est ici.

 

Pour aller plus loin: 

Fini «Kiev», «Libération» écrira «Kyiv»

Kiev ou Kyiv ? – Langue sauce piquante

Kiev ou Kyiv ? Le dilemme des médias français

Québecor abandonne le nom «Kiev» au profit de «Kyïv»

 

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