L'écoblanchiment inquiète les investisseurs carboneutres


Édition du 13 Avril 2022

L'écoblanchiment inquiète les investisseurs carboneutres


Édition du 13 Avril 2022

Par Charles Poulin

Comme il n’y a pas de règles universelles à suivre, les investisseurs et leurs conseillers doivent donc tenter de départager le vrai du faux en matière de critères ESG. (Photo: 123RF)

Malgré l’adhésion de plus en plus nombreuse d’entreprises aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), il n’en demeure pas moins qu’il y a un risque que certaines ne s’en servent que pour faire belle figure auprès des investisseurs. Les intervenants interviewés par Les Affaires sont unanimes: l’écoblanchiment est le problème qui inquiète le plus les investisseurs carboneutres.

Au cœur du problème: l’absence d’obligation légale de divulgation, de reddition de comptes et de règles universelles.

«C’est la difficulté principale liée aux fonds ESG, avance la professeure Marie-France Turcotte, professeure en responsabilité sociale des entreprises et directrice du Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM. La vulnérabilité fondamentale est qu’il n’y a pas de réglementation en matière de reddition de comptes ESG. Les états financiers des entreprises sont vérifiés, mais les rapports ESG ne le sont pas.»

Même lorsqu’il existe des règles, avec la mondialisation des échanges, il devient pénible pour les États de s’assurer que les normes sont respectées. Les entreprises peuvent aussi modifier leurs indicateurs ESG d’une année à l’autre, remarque-t-elle.

Le professeur Charles Séguin ajoute que certaines entreprises scindent leurs opérations et vendent les divisions à fortes émissions de gaz à effet de serre. «Elles lancent ensuite “regardez, nous avons amélioré nos émissions”», laisse-t-il tomber.

Marie-France Turcotte souligne que plusieurs institutions bancaires partout dans le monde se sont donné des règles ESG en matière d’investissement. Comme un pourcentage assez important des entreprises passent par elles pour obtenir du financement, cela ajoute à la pression des investisseurs pour qu’elles améliorent leurs bilans environnemental et social.

 

Débusquer l’écoblanchiment

Comme il n’y a pas de règles universelles à suivre, les investisseurs et leurs conseillers doivent donc tenter de départager le vrai du faux en matière de critères ESG.

Normalement, les gestionnaires de portefeuille font un travail en amont pour s’assurer que ce qui est avancé est véridique.

«C’est le travail du gestionnaire de portefeuille de faire beaucoup de recherche, de faire toute l’analyse fondamentale, affirme Mari Brossard, directrice principale de l’investissement durable à Banque Nationale Investissements. Il se doit de poser les bonnes questions et de développer une compréhension des entreprises dans le portefeuille pour prendre les bonnes décisions. Un bon processus d’investissement mène à une bonne sélection.»

Pour une personne qui voudrait sélectionner elle-même des entreprises carboneutres où investir, Marie-France Turcotte suggère de fouiller les rapports de développement durable, de citoyenneté d’entreprise ou de responsabilité sociale. Elle mentionne aussi de rester à l’affût de l’actualité pour toute controverse environnementale qui pourrait surgir.

Dans les rapports, il faut vérifier s’il y a des indicateurs de suivi concrets. Les entreprises plus matures auront un historique de plusieurs années de ces indicateurs de réduction de pollution, mais aussi pour les autres critères ESG. Plus les critères mis en évidence sont nombreux, plus ça donne une bonne indication de leur respect.

«Il existe des entreprises qui font mieux, qui suivent des guides comme le Global Reporting Initiative, indique Marie-France Turcotte. Certaines se dotent de mécanismes rigoureux de reddition de comptes et les font vérifier, mais ce n’est pas encore la norme.»

Sylvain De Champlain, président de De Champlain Groupe Financier, estime que la plupart des entreprises sont de bonne foi, mais que le risque d’écoblanchiment oblige les investisseurs et leurs conseillers à mieux s’informer.

«Les investisseurs ne sont pas dupes, avance-t-il. Il y a des gens allumés qui voient passer des choses. Ceux qui tentent d’embellir les choses, tôt ou tard, se font prendre.»

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