Recette (presque) facile pour étudiant


Édition de Septembre 2015

Recette (presque) facile pour étudiant


Édition de Septembre 2015

Annie Bélanger vient de déménager à Montréal pour des raisons professionnelles. Mais son fils Francis ne l’a pas suivie, préférant rester à Québec, près de sa blonde et de ses amis. À 17 ans, il a emménagé seul dans un 3 ½ près du Cégep de Sainte-Foy, loué 700 dollars par mois. «Je paie le loyer, Internet et tous les frais liés aux études, en plus de lui verser 75 dollars par semaine pour la nourriture, dit Annie, qui est séparée du père de Francis. Il devra bien gérer ce montant, car je n’ai pas l’intention de le renflouer. Ses sorties et ses jeux vidéo, il doit les payer avec son argent.»

Cadre dans une institution financière, Annie épaulera son fils dans la gestion de son allocation, mais elle déplore qu’il n’y ait plus d’éducation financière au secondaire. «Ce serait vraiment utile. Dépenser, c’est facile, mais planifier et épargner, c’est plus compliqué.» Vrai: quelque 30% des étudiants québécois du premier cycle regrettent de ne pas être assez disciplinés pour tenir un budget, et ils sont aussi nombreux à admettre qu’ils devraient réduire leurs dépenses discrétionnaires, selon un sondage mené en 2013 par TD Canada Trust.

Les étudiants ont tendance à sous-estimer leurs dépenses, remarque Francis Brousseau, directeur du Bureau des bourses et de l’aide financière de l’Université Laval. «Ils oublient de compter les menus achats, ce qui les mène parfois à un manque à gagner à la fin du mois. Pour avoir un portrait plus réaliste et voir où va leur argent, nous leur suggérons de noter toutes leurs dépenses pendant un mois.» Pour les aider, son Bureau a conçu le site Web faistonbudget.ca, qui offre un calculateur budgétaire interactif. L’étudiant voit ainsi s’afficher des messages un brin humoristiques selon les chiffres qu’il inscrit. L’objectif ? Rendre le budget moins monotone, tout en soulevant les incongruités pouvant fausser l’exercice.

Passer de la théorie à la pratique n’est pas si évident quand toutes les factures aboutissaient auparavant entre les mains de papa-maman. Beaucoup de jeunes partent en appartement sans avoir la moindre idée du coût de la vie. Combien coûte l’électricité? L’épicerie? Ils n’en savent rien. «Les parents ont un rôle de coach et de superviseur à jouer », selon Marie Lachance, professeure à la Faculté des sciences et de l’agriculture de l’Université Laval. «Aider l’étudiant à déménager et lui donner des petits plats maison, ce n’est pas suffisant! Il faut aussi lui apprendre à gérer son argent, une tâche qu’on devrait d’ailleurs entreprendre dès l’enfance », lance celle qui mène des études sur les compétences des jeunes en finances personnelles et en consommation.

C’est ce que Mélanie Tremblay a fait avec sa fille Aurélie, 19 ans. «Très tôt, je lui ai inculqué l’habitude de réfléchir avant chaque achat », dit la résidente d’Amqui, agente de développement dans un organisme de promotion de la santé. À 16 ans, son ado a voulu s’acheter une voiture avec son salaire de serveuse à temps partiel. Mère et fille en ont donc calculé le coût annuel. À la vue du montant, Aurélie a renoncé à son projet. «J’ai compris que je travaillerais seulement pour la faire rouler», se souvient-elle. Mieux valait emprunter la voiture de maman!

Il y a quelques semaines, la jeune femme a déménagé à Québec pour étudier en psychologie à l’Université Laval. Elle a encore songé à acheter une voiture. Et sa décision a été la même. Cette fois-ci, c’est le coût des vignettes de stationnement à plus de 600 dollars la session pour les meilleures places qui l’ont fait reculer. « L’auto n’est pas une nécessité, tranche-t-elle. Je peux me débrouiller avec le transport en commun et le covoiturage.»

« Bonne décision ! S’il y a un poste qui grève un budget étudiant, c’est bien l’automobile. À un coût moyen de 5 000 dollars par an, c’est le salaire d’un emploi d’été qui y passe », applaudit Jean-François Vinet, auteur du guide Vivre et étudier à Montréal (Ulysse, 2014) et planificateur financier chez Gestion de patrimoine TD.

Parents et coachs financiers

En plus d’apprendre à sa fille, qu’elle a élevée seule, à faire des choix de consommation éclairés, Mélanie Tremblay lui a montré l’importance d’être autonome financièrement. «J’ai insisté pour qu’elle ne compte sur personne que sur elle-même en matière d’argent», dit celle qui a eu deux autres enfants avec son conjoint actuel. Aurélie a adhéré à la philosophie de sa mère, épargnant la quasi-totalité des revenus qu’elle tire de l’emploi qu’elle occupe depuis ses 15 ans. Résultat? Elle a pu faire une mise de fonds de 20 000 dollars sur une copropriété.

Cette décision d’acheter plutôt que de louer, la future psychologue l’a prise avec l’aide de sa mère. Une fois de plus, les deux femmes ont sorti leur calculette et dressé un budget sur Excel pour peser chacune des deux options. Pour éviter les mauvaises surprises, les revenus d’Aurélie ont été estimés au minimum. Le loyer que lui verse son amoureux, qui a emménagé avec elle, a aussi été pris en compte. Conclusion? La copropriété revenait plus cher mensuellement que la location de l’appartement, mais elle pourra le revendre après ses sept ans d’études. Ce qui n’est évidemment pas le cas de l’appart, qui aurait coûté en location quelque 84 000 dollars durant la même période.

Pour surveiller ses finances, Aurélie tient un budget et entend bien y noter la moindre dépense. «Ainsi, si je constate que je risque d’être déficitaire, je vais tout de suite rectifier le tir», dit la jeune fille, qui permet à sa mère de voir son budget par l’intermédiaire du logiciel de stockage et de partage de fichiers Google Drive. «Il n’est pas question que je contrôle ses dépenses précise Mélanie. Je souhaite surtout l’encourager, la rassurer et la conseiller au besoin. Être propriétaire à son âge, c’est une lourde responsabilité financière, mais je sais qu’elle est capable de l’assumer.»

Mélanie Tremblay incarne bien le rôle de parent coach financier dont parle Marie Lachance. En plus d’encourager leur enfant à faire un budget, idéalement, les parents d’un étudiant qui commence à voler de ses propres ailes devraient réviser mensuellement ses finances avec lui. Quand il vivait à la maison, était-il responsable, autonome? Payait-il sa facture de cellulaire sans qu’on ait à le lui rappeler? Gérait-il bien son argent de poche, ses revenus de travail? Ou au contraire, dé- pensait-il tout son argent pour ensuite en quémander ? Autant d’indices auxquels on peut se fier pour ajuster le degré d’encadrement et l’intervalle auquel l’aide financière parentale lui sera versée. Ainsi, si on sait que l’argent lui brûle les doigts, il est plus prudent de remettre à l’étudiant un montant hebdomadaire plutôt que mensuel.

Attention, toutefois : les prêts et les bourses sont généralement versés d’un coup. Pas toujours facile pour un jeune de faire durer cet argent pendant plusieurs mois ! Certains sont tentés de se gâter quand le montant arrive, et en arrachent ensuite. Le soutien et les conseils des parents peuvent tout changer.

Le devoir de payer

En vertu du Code civil du Québec, les parents doivent contribuer au financement des études de leur enfant, même si celui-ci a plus de 18 ans. D’ailleurs, bien des parents mettent la main à leur portefeuille, s’il faut en croire l’Enquête 2013 sur les conditions de vie des étudiantes et étudiants du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ainsi, 55,7 % des étudiants reçoivent de l’aide d’un tiers, le plus souvent des parents. Chez les moins de 20 ans, ce taux grimpe à 74%.

Combien donner ? Tout dépend des moyens et des valeurs de chacun. Anne Lebrun, cadre dans le domaine des services alimentaires, considère l’aide financière qu’elle accorde à sa fille Marie-Hélène comme un héritage qui se transmet de génération en génération. «Mes parents l’ont fait pour moi et c’est mon devoir de le faire à mon tour.»

Marie-Hélène vient de quitter la maison familiale de Boucherville pour étudier les sciences commerciales à l’Université d’Ottawa. Sa mère paie son 2½ de 750 dollars par mois, ses droits de scolarité et d’autres frais liés aux études. Une facture qu’elle évalue à 20 000 dollars par année et qu’elle assumera en grande partie seule, le père de Marie-Hélène étant décédé. La jeune fille de 20 ans, qui travaille à temps partiel dans une boutique, paie elle-même sa nourriture et ses dépenses d’automobile avec son salaire et la rente d’orpheline que sa mère a déposée pour elle dans un Compte d’épargne libre d’impôt (CELI).

Prévoyante, Anne Lebrun épargne depuis des années dans un Régime d’épargne-études (REEE). Et elle s’en frotte les mains aujourd’hui. «Il faut avoir la discipline d’épargner, mais ça allège de beaucoup le fardeau financier des études supérieures», constate celle qui est mère d’une autre fille, née d’une seconde union. Grâce aux subventions d’Ottawa et de Québec, qui peuvent atteindre 7 200 dollars et 3 600 dollars par enfant respectivement, le REEE est en effet un outil d’épargne incomparable!

Pour réduire encore sa facture, Anne espère que sa fille décrochera l’une des bourses d’études décernées par son employeur aux enfants de son personnel. Un type d’aide financière méconnu, selon Francis Brousseau. «Il existe de nombreuses bourses d’entreprises, de fondations et d’associations, souligne-t-il. Évidemment, il faut consacrer plusieurs heures à monter un dossier étoffé, mais l’effort peut être payant. » Les bureaux d’aide financière des établissements d’enseignement peuvent habituellement fournir une liste des bourses disponibles.

L’argent n’est pas un problème ? Marie Lachance considère que ce n’est pas un service à rendre à sa progéniture que de tout lui payer. « Une des tâches des parents, c’est de préparer leurs enfants à la vraie vie et de les responsabiliser. Et dans la vraie vie, il faut travailler, faire des choix de consommation et se priver parfois. » Selon elle, l’étudiant devrait payer une partie, même minime, de la note.

Il reste que nombre de parents se serrent la ceinture pour donner un coup de pouce financier à leur jeune. À part gérer cet argent avec discernement et donner une contribution à la mesure de ses moyens, faut-il lui imposer d’autres conditions ? « Pour qu’il puisse participer financièrement à ses études et acquérir en même temps une expérience de travail, il est bon de l’encourager à travailler l’été, et si possible quelques heures pendant l’année scolaire », estime Jean-François Vinet. Il est toutefois recommandé de ne pas dépasser une quinzaine d’heures par semaine, seuil au-delà duquel les études pourraient en souffrir. Quelque 43% des étudiants occupent un emploi pendant les mois d’études, selon l’Institut de la statistique du Québec.

Annie Bélanger, qui fait l’aller-retour à Québec chaque semaine pour voir son fils Francis, exige pour sa part que ce dernier mette les efforts nécessaires pour réussir. «Je vais vérifier ses notes. S’il échoue, je lui coupe les vivres et il s’installe à Montréal avec moi!» dit-elle, blaguant à moitié.

Elle a aussi demandé à son fils d’épargner la moitié du salaire qu’il a gagné cet été en travaillant dans une firme de location de jeux gonflables. Ses objectifs ? Qu’il se constitue un coussin pour les imprévus et qu’il prenne l’habitude d’épargner. Des économies qui lui seront sans doute bien utiles quand il sera à l’université. «Il sait déjà qu’il devra alors payer luimême son loyer, dit Annie. C’est ce que sa grande sœur a fait, et je tiens à être juste envers elle.»

Un rapport trouble avec le crédit La prudence avec le crédit devrait être une autre notion transmise de parent à enfant. C’est même une urgence: la moitié des jeunes ne comprennent pas le fonctionnement des cartes de crédit, pensant à tort qu’ils ne paieront pas d’intérêts s’ils font le versement minimal, selon une enquête de Marie Lachance.

Or, dès qu’ils atteignent 18 ans, les étudiants sont sollicités par les institutions financières qui leur proposent une carte de crédit. Anne Lebrun était favorable à l’idée que sa fille en ait une. Mais elle a posé une condition : le solde doit être payé en totalité chaque mois. Et elle vérifie le relevé. «Je lui ai bien répété que si elle n’a pas d’argent pour payer quelque chose, elle ne l’achète pas.»

Ce mot d’ordre, Nathalie Champagne aimerait qu’il soit davantage suivi. «Le crédit est banalisé, déplore la conseillère budgétaire du Centre d’intervention budgétaire et sociale de la Mauricie (CIBES). On fait croire aux jeunes qu’ils doivent demander une carte au plus vite pour se faire un bon crédit, mais plusieurs s’en font plutôt un mauvais.» Elle souligne que la carte de crédit est la première source d’endettement des jeunes, car ceux-ci — tout comme bon nombre d’adultes — font l’erreur de considérer le crédit comme un supplément de revenu.

Un autre piège les guette: la marge de crédit pour étudiants, qui leur permet de payer uniquement les intérêts sur le capital tant qu’ils sont aux études. Un instrument financier qui se base sur les revenus futurs de l’étudiant et qui a causé bien de l’inquiétude à Colette Miller, une conseillère en successions et en fiducies dont la fille de 27 ans vient de terminer ses études de dentiste à l’Université de Montréal. «Les institutions financières organisaient des cocktails pour courtiser les étudiants et leur offrir une marge de crédit, dénonce-t-elle. Caroline aurait pu facilement emprunter 200 000 dollars. Mais que serait-il arrivé si elle avait abandonné ses études ou changé d’orientation pour étudier dans un domaine où les emplois sont moins payants ?»

La marge de crédit est difficile à contrôler, car elle est liée directement au compte bancaire, fait remarquer Nathalie Champagne. « Si on ne fait pas de suivi régulier, on ne sait pas qu’on est dans la marge», dit celle qui est également coauteure du guide budgétaire Je pars en appartement (6 $ au CIBES). Son conseil aux étudiants : ouvrir un deuxième compte consacré à la marge de crédit. « Ce compte ne doit pas être relié à la carte de guichet, explique-t-elle. Au besoin, on transfère soi-même l’argent vers le premier compte. Ainsi, on est plus conscient de ce qui se passe. »

Tout au long des études de sa fille, Colette Miller l’a incitée à la prudence avec le crédit et l’a interrogée sur la nécessité de chaque achat important. Parfois avec succès, parfois non. Tout de même sensible aux mises en garde de sa mère, la future dentiste a mis la pédale douce sur les dépenses et s’en est tirée avec une dette substantielle, certes, mais nettement inférieure à 200 000 dollars. Ce qui n’est pas le cas de tous.

«Parce qu’ils avaient de l’argent “facile” à portée de la main, certains étudiants ont passé leurs étés en voyage et ils ont terminé leurs études endettés jusqu’au cou », déplore la femme de Magog, qui a payé avec son ex-conjoint une bonne partie des études universitaires de Caroline.

Francis Brousseau, du Bureau des bourses et de l’aide financière de l’Université Laval, constate lui aussi le problème. À la demande de la Faculté de médecine, son service donnera une séance d’information sur la marge de crédit cet automne, initiative qui pourrait être étendue à d’autres facultés où les étudiants sont appelés à empocher éventuellement de gros salaires. «Les étudiants connaissent mal son fonctionnement, et ils ne voient pas combien cette dette peut être lourde à porter une fois sur le marché du travail», dit-il. Forts de leur marge de crédit, certains s’abstiennent même de participer au programme de prêts et de bourses du gouvernement, dont les conditions de remboursement sont pourtant plus avantageuses.

Discuter finances avec un jeune en quête d’autonomie n’est pas toujours évident. Mais les parents ont plus d’influence qu’ils ne le pensent. Quelques jours avant de commencer sa carrière de dentiste, la fille de Colette Miller a pris rendez-vous avec un planificateur financier. Rencontre à laquelle elle a convié sa mère. Comme quoi, les conseils parentaux, ça compte!

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