Quel impact la pandémie a-t-elle eu sur l’investissement durable?

Publié le 22/04/2021 à 00:01

Lorsque le Forum économique mondial (FEM) a publié son livre blanc en 2011, l’investissement durable était alors présenté comme un vecteur de développement potentiel, une force nouvelle permettant de transformer la société à long terme. Pendant près de dix ans, la prise en compte de facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) a fait son chemin. C’était avant la pandémie et sa cascade de remises en question. Car en plus de confirmer la pertinence du modèle, la crise de la COVID-19 a eu pour effet de le rendre incontournable. De le rendre viral, diront certains.

Les plus récentes données sont éloquentes. À l’échelle mondiale, les sommes nouvellement investies dans les fonds ESG ont bondi de 88 % à 152,3 milliards $US au quatrième trimestre de 2020 par rapport à l’année précédente (source 1). Pendant ce temps, selon un sondage mené en septembre 2020, 45 % des investisseurs canadiens étaient davantage disposés à choisir l’investissement responsable qu’en 2019, un pourcentage atteignant 58 % dans la catégorie des ménages avec enfants. (source 2)

« Les gens ont en quelque sorte ressenti la nature fragile de notre économie », explique Brian Minns, Vice-président, Investissement durable chez Addenda Capital. La soudaine rareté de divers produits, par exemple, a permis de prendre toute la mesure de cette vulnérabilité. « Lorsque les chaînes d’approvisionnement se brisent, nous voyons que tout est interconnecté et que le système n’est peut-être pas aussi robuste qu’on le croyait. Ça fait réfléchir les gens. Il y a aussi de très grandes inégalités et je pense que la pandémie a fait comprendre au monde qu’il s’agit d’un problème, et que ce problème est sociétal. »

L’année 2019 avait déjà été marquée par le débat autour de l’empreinte carbone du transport aérien et de l’impact du tourisme international sur la lutte contre les changements climatiques, un mouvement menant notamment à la « honte de prendre l’avion ». « Des sujets comme celui-là arrivaient déjà à un point critique et bénéficiaient d’une conscience accrue » ajoute Brian Minns. « La pandémie a frappé et est venue en ajouter une couche. »

L’investissement durable peut être défini en quatre volets : la promotion de la durabilité des marchés financiers, l’intégration des enjeux ESG, l’intendance (par le dialogue avec les entreprises et l’exercice des droits de vote aux assemblées) et l’investissement d’impact. Ce dernier aspect, par exemple, désigne l’investissement qui vise à la fois à procurer des rendements intéressants et à générer des retombées positives au plan social et environnemental.

Cette perspective inclusive est vite apparue, dès les premières semaines de la pandémie, comme une condition sine qua non de tout investissement devant contribuer à la reprise économique. Malgré la catastrophe, les pays étaient alors devant une « occasion unique d’orienter le futur de notre monde vers une trajectoire plus durable et plus inclusive — une trajectoire qui s’attaque au changement climatique, protège l’environnement, freine la dégradation de la biodiversité et assure la santé et la sécurité de l’humanité à long terme », disait en avril 2020 le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres.

Cet état d’esprit a fait boule de neige, et les initiatives et projets d’investissement soulignant l’importance d’une perspective durable ont couvert un continent après l’autre. Mis de l’avant par les Nations Unies et repris à plusieurs sauces, le mouvement Rebâtir en mieux (Build Back Better), par exemple, vise à réduire les inégalités en misant sur une économie inclusive et plus sobre en émissions carbone. Au Canada, des organisations de tous horizons ont levé la main pour offrir leur appui, du monde des affaires aux villes en passant par les groupes de travailleurs.

Naturellement, devant l’espoir d’une relance verte et inclusive s’est dressée la nécessité d’une plus grande transparence sur ce que font les entreprises en matière ESG. La Nouvelle-Zélande, par exemple, a adopté en novembre 2020 le cadre d’analyse proposé par le Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques (Taskforce on Climate-related Financial Disclosures, ou TCFD). Le Royaume-Uni va également de l’avant. D’ici cinq ans, croit Brian Minns, le Canada fera partie du groupe.

Cette information est nécessairement au cœur des prochains chapitres de l’investissement durable. « Une plus grande divulgation des facteurs ESG aide les investisseurs à comprendre non seulement les risques potentiels pour l’émetteur, mais aussi les occasions », a relevé l’été dernier le Groupe de travail sur la modernisation relatives aux marchés financiers, en Ontario. Autrement dit, comme l’a affirmé un politicien britannique au début du 20e siècle : « Un pessimiste voit la difficulté dans chaque occasion; un optimiste voit l’occasion dans chaque difficulté ».

 

 Source 1 : https://www.reuters.com/article/us-global-funds-sustainable-idUSKBN29X2NM

Source 2 : https://www.riacanada.ca/research/2020-ria-investor-opinion-survey/

 

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