Nouvelles formes d’économie: coconstruire l’avenir

Publié le 28/10/2021 à 00:01

Par Institut Mallet

Entrevue avec Marguerite Mendell

«Les jeunes sont des architectes sociaux qui sont sur les chantiers pour coconstruire des initiatives, des projets. Ils sont passionnés par leur critique de la société actuelle. Ils ont des outils de développement, des initiatives entrepreneuriales dans tous les secteurs, y compris dans l’agriculture et le développement local.»

Défis environnementaux, numérisation de l’économie, augmentation des inégalités sociales ne sont que quelques-uns des défis contemporains qui poussent notre société vers l’impérieuse nécessité de penser et de pratiquer le développement économique autrement. De fait, de nombreuses initiatives sociales et solidaires émergent, souvent localement, pour concrétiser cette vision d’une économie plus inclusive et plus verte. Initiées par les communautés et souvent soutenues par le don, elles sont les premiers pas d’un changement que notre écosystème de la bonté doit propulser par l’éducation et par une contribution singulière, afin qu’il devienne culturel.

Investir le changement culturel

Ces initiatives dans l’économie sociale et solidaire doivent être soutenues financièrement et fédérées pour engager le virage, selon Marguerite Mendell, professeure à l’École des affaires publiques et communautaires de l’Université Concordia et future conférencière au prochain Sommet de l’Institut Mallet: « Il y a maintenant des discours qui sont intéressants comme l’économie régénérative, l’économie sociale et solidaire, l’économie circulaire. Ça me réjouit. Cela étant, c’est encore en silos. Il y a des réseaux autour de ces bonnes innovations de la pensée économique, mais comment peut-on mettre ça ensemble pour avoir un engagement sociétal? »

Au-delà des orientations plus sociales et écologiques de l’économie d’aujourd’hui, Mme Mendell plaide pour une autre façon de la penser, connectée à la société et à ses enjeux : « On parle de nouvelles formes d’économie, mais grosso modo, c’est l’économie politique qu’il faut récupérer, pour comprendre le contexte. (…) L’économie politique ça veut dire que l’économie c’est les hommes, les femmes, les enfants, c’est les institutions, c’est la culture, ce n’est pas qu’une science d’objets à comptabiliser. (…) La façon dont on agit ça ne doit pas seulement être techno-économique. L’économie verte ce n’est qu’une partie de la réponse. Ce n’est pas un capitalisme vert. On ne veut pas simplement reproduire toutes les relations existantes avec un ajout de couleur verte. (…) Pour moi l’économie sociale et solidaire c’est vraiment un autre modèle de développement. »

Selon Marguerite Mendell, le savoir et l’éducation économiques, spécialement auprès des jeunes, seront des outils de base pour cette reconception : « On mise trop sur les experts. Les citoyens, tout le monde doit prendre le contrôle de la connaissance, du savoir économique. (…) Il y a tout un comportement à changer. On a presque 40 ans de bombardement idéologique qui doit sauter. On a une ré-alphabétisation économique à mener. Et on doit commencer par les écoles primaires et secondaires. »

Si connaissance et savoir ont une si grand importance pour Mme Mendell, c’est qu’ils permettent une meilleure compréhension des enjeux et sont les éléments centraux du changement culturel qu’elle souhaite : « Si on comprend que les enjeux sociaux, démographiques, environnementaux sont reliés, ça nous équipe avec plus de possibilités d’agir de manière saine, avec des objectifs d’une économie inclusive et une économie soutenable. (…) Le grand défi est culturel : changer la culture dans laquelle on vit depuis des générations. Comment changer cette culture? Comment rentrer de nouveau l’approche économique-politique? Pour que les jeunes comprennent que l’économie est imbriquée dans une société, que ça ne flotte pas tout seul. L’économie est une construction sociale, ça n’existe pas en soi, ça dépend des relations sociales. »

La plus-value philanthropique

À la sortie de la pandémie, l’écosystème de la bonté aura plusieurs atouts à faire valoir, pour orienter la société et les politiques publiques : grâce à son expertise terrain et sa capacité à inventer des solutions innovantes basées sur la connaissance locale. Appuyé sur cette crédibilité, le secteur philanthropique devrait s’imposer comme interlocuteur privilégié de l’État pour orienter la reconception de la société.

« Il y a des acteurs au Québec qui ont la légitimité d’être parties-prenantes, d’être consultés sur l’avenir de l’économie, sur les budgets. Je pense que les fondations, étant donné leur volonté d’agir comme acteurs, sensibles aux enjeux, doivent aussi être parties prenantes de ces enjeux sociaux, économiques et environnementaux. (…) Si le milieu philanthropique investit dans l’économie qui innove vers l’élimination des inégalités sociales, vers la promotion de l’économie circulaire et régénératrice, vers la finance sociale par des investissements, la philanthropie a aussi une place autour de cette table. Et c’est enrichissant pour tout le monde. (…) C’est le moment propice pour la philanthropie d’entrer dans la conversation, de montrer qu’elle a évolué depuis longtemps, au-delà du caritatif. », précise la professeure de Concordia.

Et le secteur devra saisir le post-COVID-19 comme une opportunité de faire entendre de nouvelles voix et d’instituer de nouveaux processus plus inclusifs. « On ne veut pas dégager l’État de ses responsabilités. On veut qu’il soit un partenaire à l’écoute de la société et que cette écoute inclut la philanthropie, ainsi que les autres acteurs. (…) Ce n’est pas la taille qui est importante, c’est le processus : c’est le fait qu’il y ait l’implication de l’État, du privé, du social, de l’économie sociale, des syndicats, du milieu philanthropique.(...) C’est une volonté de montrer qu’on a la capacité, par nos instruments publics et par d’autres parties prenantes, de mettre sur pied des initiatives qui impliquent la société. (…) Il faut que les gouvernements comprennent qu’il faut aller au-delà, que l’économie ne dépend pas que des grandes entreprises. Et je crois qu’ils comprennent que l’avenir est à coconstruire. », précise la spécialiste d’économie.

« On ne va pas atterrir sur quelque chose demain matin, c’est un processus d’évolution. », prévient Marguerite Mendell.

 

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