Être un citoyen corporatif actif en région pour attirer de la main-d'œuvre

Publié le 11/05/2022 à 13:00

Être un citoyen corporatif actif en région pour attirer de la main-d'œuvre

Publié le 11/05/2022 à 13:00

«Tous les ans, chaque usine, avec son personnel, doit aussi trouver une activité pour soutenir une banque alimentaire, soit par du bénévolat ou [par la cueillette] de dons», précise le vice-président des ressources humaines à Olymel, Louis Banville. (Photo: Ismael Paramo pour Unsplash)

RÉTENTION DE MAIN-D'OEUVRE. De grandes entreprises de l’industrie de la transformation alimentaire se font un devoir de contribuer à la dynamique socioéconomique des régions où elles sont implantées. Un moyen de signaler leur présence et, implicitement, de signifier qu’elles sont un employeur important dans de petites localités. 

La filière agroalimentaire approvisionne quotidiennement les épiceries pour nourrir la population. Elle a ainsi besoin de beaucoup d’employés : des professionnels, des travailleurs qualifiés, mais surtout des journaliers qu’elles forment de A à Z. Selon le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, ils étaient plus de 72 000 à pied d’œuvre pour fabriquer des boissons, des produits laitiers, des mets spécialisés et pour préparer des viandes, entre autres, en 2020. 

Pour grossir leurs effectifs, les transformateurs alimentaires ont recours aux agences de placement, au recrutement international, mais surtout à la main-d’œuvre locale. Elles ont ainsi avantage à être visibles dans les municipalités où ils se sont installés. 

Les usines du géant Olymel, qui se trouvent notamment en Montérégie, en Mauricie dans Lanaudière et le Centre-du-Québec, disposent d’un budget discrétionnaire pour soutenir les Chevaliers de Colomb, les équipes de hockey, les clubs quads et même les maisons des jeunes. 

« Tous les ans, chaque usine, avec son personnel, doit aussi trouver une activité pour soutenir une banque alimentaire, soit par du bénévolat ou [par la cueillette] de dons », précise le vice-président des ressources humaines à Olymel, Louis Banville. 

Selon lui, participer à ces initiatives communautaires organisées dans des municipalités comme Vallée-Jonction (Chaudière-Appalaches), Saint-Damase (Montérégie) et Saint-Esprit (Lanaudière) contribue à la stratégie de recrutement du transformateur agroalimentaire. « Quand ils entendent Olymel, les gens savent que c’est québécois et que c’est une entreprise de région », rapporte Louis Banville. 

La société agroalimentaire Industries Lassonde, établie dans la municipalité montérégienne de Rougemont, y est un citoyen corporatif d’importance. Son engagement dans la communauté se traduit par son apport au développement économique, mais également par l’octroi de commandites et le bénévolat de ses salariés. 

Mathieu Simard, chef de la direction des ressources humaines à Industries Lassonde (Photo: courtoisie)

« On encourage nos employés à s’impliquer à l’extérieur des murs de l’entreprise, mentionne le chef de la direction des ressources humaines à Industries Lassonde, Mathieu Simard. Je siège moi-même au CA de la Fondation pro études, qui fait la promotion de la persévérance scolaire dans la région. »

 

Une longue en histoire

Pour faire rayonner ses marques, Industries Lassonde peut aussi compter sur son histoire. L’entreprise a vu le jour en 1918, lorsqu’Aristide Lassonde a acquis une terre dans la « capitale de la pomme » pour y construire une conserverie. Chacune des trois générations Lassonde qui ont suivi lui a insufflé une nouvelle dynamique, au point où elle devenue la multinationale que l’on connaît aujourd’hui. 

Ce pan de l’histoire entrepreneuriale du Québec incite des travailleurs à vouloir prendre part aux prochains chapitres, estime Mathieu Simard. « Quand on demande leur motivation aux gens qui postulent, ils nous répondent souvent que c’est la fierté de travailler pour une entreprise québécoise en région », rapporte-t-il. 

L’histoire très riche d’Olymel, qui s’étend officiellement sur 31 ans, mais sur plus d’une centaine d’années si on considère les marques acquises au fil des ans — dont Lafleur, Flamingo et La Fernandière —, contribue aussi à attirer de la main-d’œuvre. Mais cet avantage tend à diminuer. 

« Il y a cinq ans, il n’était pas rare de voir dans nos établissements le grand-père, le père et le fils. C’est encore vrai, mais ce l’est de moins en moins », explique Louis Banville, qui soupçonne que les plus jeunes éprouvent un moins grand sentiment d’appartenance à leur région. Malgré tout, plus de 2500 salariés d’Olymel comptent au moins 25 années de service. La stabilité et la sécurité d’emploi sont des arguments plus convaincants pour recruter du personnel, selon le vice-président des ressources humaines à Olymel.

 

Les attraits régionaux

Pour encourager les travailleurs à demeurer en région et en embaucher de nouveaux, les transformateurs alimentaires font également valoir les attraits des localités où elles sont actives dans leur campagne de recrutement. Industries Lassonde vante notamment l’absence de congestion automobile, alors qu’Olymel souligne que le coût de la vie y est moins élevé. L’entreprise familiale duBreton, qui est basée à Rivière-du-Loup, fait pour sa part l’éloge de la tranquillité rurale. Un avantage qui a poussé quelques-uns de ses employés à déménager à Saint-Bernard, en Chaudière-Appalaches, pour y travailler, à la suite de la fermeture d’une usine à Montréal il y a cinq ans. 

« C’est parfait pour élever une famille », avance la vice-présidente des ressources humaines à duBreton, Line Breton. « Et à Rivière-du-Loup, il y a le plus beau coucher de soleil après Hawaï », s’empresse-t-elle d’ajouter. Son objectif est de stimuler le recrutement à l’abattoir qui s’y trouve, et qui emploie plus de 400 travailleurs. 

Autrement dit, pour réussir à attirer de la main-d’œuvre en région, les entreprises ont intérêt à démontrer un engagement profond et sincère envers les municipalités qui les accueillent. Elles doivent en quelque sorte devenir leur ambassadeur et participer à la vie de communauté, en plus de proposer des conditions de travail concurrentielles — salaires alléchants, avantages sociaux compétitifs, programme de reconnaissance, formations, etc. —, évidemment.

 

 


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